Numéro 536, 22 juin 2000

Art et handicap

Un foyer occupationnel fait la promotion de la personne handicapée

Le centre Hubert Pascal ne veux pas se limiter à la mission qui lui est confiée : accueillir des «improductifs» et des «inutiles» au monde du travail. Lieu de loisirs, de formation et de vie on y rencontre d’authentiques artistes

Au départ, en 1987, le centre Hubert Pascal (1) aurait dû être un foyer occupationnel, une de ces structures banales et codifiées susceptible d’accueillir des personnes que l’handicap place en situation de n’être pas des « salariés » ; dit autrement et de façon plus crue, d’accueillir des improductifs et des inutiles au monde du travail. De ces inutiles à eux-mêmes et à la société pour reprendre les mots utilisés par Jean-Jacques Rousseau au Livre 1 de l’Emile afin de justifier la non nécessité de les éduquer. Mais dès le départ, Guy Suisse, l’actuel directeur, se refuse à s’inscrire dans cette dénomination et dans ce marquage occupationnel. Nourri de ses engagements militants et de son passé d’animateur de mouvement d’éducation populaire, il décide de faire de ce foyer occupationnel un centre d’accueil et de promotion de la personne. Pour Guy Suisse, les « inaptes au salaire », que sont ces personnes lourdement handicapées , vont se mélanger à ces autres inaptes au salaire que sont les mères de famille qui sur leur temps libre animent des activités diverses dont le but est de mettre en forme cet autre objet utile qu’est le lien social. Très vite, personnes handicapées ou de passages, dépendantes ou bénévoles se mêlent de création artistique et s’emmêlent au sein de la structure. Dans ce contexte, il recrute Annette Gibert pour animer l’atelier Ressource terre. Annette est céramiste et elle se définit plus comme étant une artiste à la recherche du bel objet que de l’artisan occupé à fabriquer l’objet utile. Artiste céramiste donc, dont la vie prend un autre sens lorsqu’elle est appelée à venir animer un atelier terre au sein du centre Hubert Pascal.

De centre d’accueil, l’association Hubert Pascal devient peu à peu centre de rencontres, puis service d’accompagnement des loisirs et enfin, et de façon presque naturelle, centre de formation. Il faut entendre par là, non pas une école chargée de transmettre un programme mais un lieu où, de façon ponctuelle, se regroupent des personnes ayant envie de transmettre une technique à d’autres qui désirent l’apprendre ou la perfectionner. C’est dans ce cadre que Hubert Pascal reçoit en stage, dans les ateliers de création artistiques, des élèves éducateurs en formation de France et d’ailleurs. Dernièrement, c’est le Maroc qui fait partie de cet ailleurs avec au départ Hischam, un élève éducateur envoyé en France pour accomplir sa formation. Il a servi d’intermédiaire entre l’association Hubert Pascal et l’AMSAHM, Association Marocaine de Soutien et d’aide aux handicapés Mentaux (2). Cette association, reconnue d’utilité publique par les autorités marocaines se soucie de l’intégration sociale des personnes trisomiques, notamment par le biais de la pratique des techniques artisanales. Pour conduire cette mission, l’AMSAHM s’appuie elle-même sur le Centre des Arts traditionnels de Rabat. Ainsi les ponts sont jetés de part et d’autre de la Méditerranée par le biais à la fois de la céramique et de la personne handicapée.

Le reste se fait naturellement. Annette met sur pied un projet de voyage au Maroc avec cinq artistes trisomiques du groupe Ressource terre de Hubert Pascal. Il s’agit d’aller rencontrer des gens passionnés par le même art et de confronter des techniques. Le résultat dépasse actuellement de beaucoup ce qui était attendu au départ. Il a commencé par une exposition céramique à l’Alliance Franco-Marocaine et par le poème d’une artiste trisomique du foyer Hubert Pascal, composé à l’occasion du voyage et lu à l’antenne de Radio Rabat. Et le voyage n’est toujours pas fini. La boucle Nîmes Rabat aller et retour n’en finit pas de louvoyer et les artistes de poursuivre leur chemin de vie et de création. Les potiers trisomiques marocains et les potiers trisomiques français sont allés à la rencontre des potiers trisomiques espagnols à Gaudis tout près de Grenade. Ensembles ils y ont évoqué d’autres ailleurs possibles…

Philippe Gaberan

(1) FIP Hubert Pascal, 318 rue des Costières, 30900 Nîmes. Tél : 04 66 23 06 00

(2) AMSAHM, 13 rue Sanaat, Rabat (Maroc)


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