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Face à la multiplication des dénonciations, avérées ou non, de violence à enfant, les questions qui se posent à toute direction de service ou détablissement socio-éducatif, mais aussi à tout travailleur social sont nombreuses : faut-il signaler à la moindre inquiétude ? Faut-il vérifier au préalable ou non la crédibilité de la plainte ? Quel délai est-il accordé ? Quels sont les risques de devoir rendre des comptes à la justice soit pour dénonciation trop tardive, soit pour dénonciation calomnieuse ? Peut-on faire confiance à la justice ? Est-elle la mieux placée pour juger la réponse sociale ?
Jean-Pierre Rosenczveig, président, respectivement, de lANCE et du tribunal pour enfant de Bobigny, propose des réponses claires et précises à tous ces questionnements dans une petite brochure disponible au siège de lANCE. (1)
Pour ne pas souffrir de difficultés, explique tout dabord Jean-Pierre Rosenczveig, il faut sinscrire dans ce quil appelle le « jeu des 7 lois » que constituent les 7 registres normatifs suivants : la loi pénale (qui organise la sanction de toute infraction, délit ou crime), la loi civile (qui régit les conflits entre personnes physiques ou morales), le droit du travail (qui concerne les rapports entre les employeurs et les employés), la morale ambiante (évolutive dans le temps, à limage de ces écrivains pédophiles qui pouvaient encore décrire publiquement et librement leurs méfaits il y a de cela quelques années, qui ne le pourraient plus aujourdhui), les règles du service (répartition des responsabilités, organigramme, habitudes de travail ), la déontologie (normes convenues dans la profession) et léthique (les valeurs qui font agir en conscience). Si tous ces crans normatifs sont au même niveau, la mécanique ne senrayera pas. Si lun des crans nest pas au même niveau, il y a là une source de dysfonctionnement qui peut amener à se justifier devant une instance judiciaire ou disciplinaire.
Pour ce qui est de la justice, le législateur et la jurisprudence vont, depuis quelques années, dans le même sens. Cette tendance peut sentendre comme une hiérarchisation des objectifs : face au danger constitué pour un mineur, ce qui lemporte, cest tout dabord de faire cesser lagression. Cest ensuite déviter son renouvellement. Cest enfin la punition de lagresseur. Ce qui prime donc cest bien la protection de la victime. Le secret professionnel nest pas opposable au signalement de la maltraitance à enfant de moins de 15 ans ou à personne vulnérable. Certes, lintervenant qui est tenu à cette obligation, a le choix de parler ou de ne pas parler. Mais, si le fait de se taire permet à lagression de se perpétuer, le professionnel ne pourra pas être jugé pour non-dénonciation de crime ou de délit mais pour non-assistance à personne en péril qui est sanctionnée de 5 années demprisonnement et 500 000 francs damende (là où la violation du secret professionnel fait encourir à son auteur 1 an demprisonnement et 100 000 F damende). Dans le doute, ce qui doit lemporter donc, ce nest pas labstention, mais la prévention. Si lon est aussi garant de la dignité et de lhonneur des adultes soupçonnés, en aucun cas, cette crainte ne doit éviter un signalement. Tout au plus, peut-on demander conseil au parquet, en évitant dans un premier temps, par exemple, de donner lidentité de la personne soupçonnée. Quant aux poursuites pour dénonciation calomnieuse, la condition pour quelles soient possibles ne se limite pas à ce que le mis en cause soit innocenté. Encore faut-il que la personne ayant signalé ait eu une volonté manifeste de nuire et ait eu connaissance préalable de linexactitude partielle ou totale des informations transmises.
Toute maltraitance à enfant doit donc faire lobjet dun signalement, que cette violence soit le fait des familles ou des professionnels. Le temps où lon sabstenait dintervenir auprès de tel ou tel membre du personnel pour éviter de salir linstitution ou pour ne pas faire de vagues, doit être révolu. Mais il ne faut pas se contenter dêtre ferme et intraitable quand les incidents surviennent. La meilleure prévention, cest aussi la promotion dune pratique qui soit respectueuse de lusager. Cela passe, par exemple, par une élimination des pratiques individuelles ou collectives basées sur la violence. Si, parfois, on ne peut toujours éviter une contention violente, en aucune manière cette intervention doit être élevée au rang de système. Cela passe aussi par un projet pédagogique qui fixe clairement les règles du jeu et un fonctionnement largement ouvert vers le reste de la société. Sans oublier des fiches de poste précises, la professionnalité des intervenants assise sur une formation solide et une personnalité trempée, une direction reconnue pour ses compétences autant de facteurs qui contribuent à éviter les dérives institutionnelles.
Si la justice ne reprochera jamais aux professionnels de navoir pas réussi à mettre fin à un péril, elle pourra toujours leur demander des comptes sur ce quils ont mis en uvre pour tenter dy arriver. Cest cette obligation de moyens qui fonde la responsabilité en la matière. Et cest lhonneur de ces professions que dêtre prêtes à justifier de leurs actions.
Jacques Trémintin
(1) « Lettre ouverte aux directeurs détablissements et autres intervenants en institution sur les réponses à apporter aux maltraitances à enfants et à personnes vulnérables » Jean-Pierre Rosenczveig, décembre 1999, (63 p. ; 80 F), ANCE - 145 Bd de Magenta - 75010 Paris. Tél. 01 44 63 51 15 - fax : 01 42 85 56 14
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