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Au terme de sept ans de procédure, deux responsables de lInstitut médico-éducatif du Parc de lAbbaye à Saint Maur (Val de Marne) viennent dêtre condamnés à six mois de prison avec sursis et 150 000 francs de dommages et intérêts suite au décès de Laël, jeune fille épileptique de douze ans, morte noyée dans son bain le 15 juin 1993 (1). À Lyon, il naura fallu que deux ans de procédure pour que Pierre Brun, éducateur spécialisé, se retrouve lui aussi devant le tribunal correctionnel où il vient dêtre condamné ce 15 mai à 7 mois de prison avec sursis et près de 200 000 francs de dommage et intérêt suite au décès dOmar, enfant de neuf ans retrouvé mort noyé dans sa baignoire, le 9 décembre 1998. Hasard de lactualité ou bien médiatisation daccidents jusque-là gardés confidentiels, il nen reste pas moins que la concordance de ces deux faits divers illustre le contexte de pénalisation accrue auquel sont confrontés les travailleurs sociaux. Il ne sagit pas de banaliser les conséquences de tels drames - en loccurrence la mort dun enfant - mais, puisque semble-t-il, tout le monde saccorde pour dire que le « risque zéro nexiste pas », ces deux jugements interpellent les professionnels de laction sociale sur la façon dexercer un métier à risque de façon à être responsables sans pour autant devenir automatiquement coupables. Dautant plus quune différence majeure sépare ces deux faits divers à première vue identiques. Dans le premier cas à Créteil, en dépit dune « série noire » - deux décès consécutifs et un blessé grave - lassociation gestionnaire du centre, lAfaser, et la direction sanitaire des affaires sanitaires et sociales du Val-de-Marne restent solidaires des professionnels concernés et maintiennent leur confiance en un travail de qualité mené auprès dune population reconnue difficile. Dans la seconde affaire, Pierre Brun se retrouve seul sur le banc des accusés. Le soir de laccident, le directeur prévient la famille par téléphone du décès de lenfant et ne juge pas nécessaire de la recevoir. Demblée, Pierre Brun est soupçonné davoir commis une « faute » puisquil nétait pas présent au côté de lenfant. De fait, passant outre une enquête nayant pas réussi à établir les circonstances de laccident et ne retenant pas les retournements de témoignage au moment du procès, le juge retient le « défaut de surveillance caractérisé » et donc la culpabilité de léducateur responsable ce soir-là de la sécurité dOmar. Dans une lettre au personnel et dans le droit de réponse, publié dans Lien Social n°532, le bureau de la Sauvegarde de lenfance et de ladolescence du Rhône, lassociation gestionnaire de létablissement, maintient quil revenait à Pierre Brun de savoir organiser son temps de travail, pour faire face aux tâches à exécuter de même quil se devait de ne pas laisser lenfant seul. Pour les dirigeants donc, quid du travail déquipe et quid de la responsabilité du directeur dans lorganisation des horaires et la répartition des charges de travail ? Est-ce une manière particulière de traiter la délégation de responsabilité ? Est-ce à dire que, en labsence de faute avérée, une direction et une association peut se désolidariser de ses professionnels et être exonérée de toute responsabilité ? Les questions ne sont pas anodines à lheure où le projet de loi du sénateur Pierre Fauchon sur les « délits non intentionnels » propose de différencier les responsables, selon quils seraient « directement ou indirectement à lorigine du dommage ». Cela pourrait-il conforter lidée quun défaut de surveillance est de la seule responsabilité du professionnel présent sur le terrain ? À Lyon, dans le grand hall du tribunal correctionnel, ils sont une douzaine déducateurs présents à discuter les effets de la sentence. Selon un chef de service, cité comme témoin dans laffaire et lui aussi venu entendre le verdict, le doute sur la solidarité entre employeur et employés pourra être légitimement entretenu mais il pèsera sur la qualité du travail effectué auprès des enfants ou des personnes accueillies dans létablissement. Il veut croire au caractère exceptionnel de la position adoptée par la Sauvegarde, et il pense que le bon sens prévaudra dans le secteur social où aucune relation éducative ne peut être conduite sans une confiance partagée entre les différents acteurs. Vu pieux ou futur vrai ? Lavenir le dira.
Philippe Gaberan
(1) Aujourdhui en France, 27 avril 2000
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