![]() |
||
Vous avez suivi de nombreuses affaires où des travailleurs sociaux ont été mis en cause par voie de justice. Leurs réactions sont diverses et certains sinscrivent même dans un processus de culpabilisation.
Oui, il est frappant de noter les attitudes et la manière dont réagissent les gens face à la justice. Il y a ceux qui intègrent les fautes reprochées et les risques de condamnations pénales. Ils restent isolés. Il y a ceux qui sont plus « extravertis » qui vont se révolter contre le fonctionnement de la justice. Je crois quil faut trouver un équilibre entre ces deux types de réaction. Toutefois, je pense quil faut lutter contre lisolement et les effets des procédures en matière de justice pénale. Cest ce que lon peut attendre dun groupe professionnel. Il faut toutefois faire une distinction entre les fautes volontaires et involontaires. Il est certain que lon ne va pas se solidariser avec quelquun qui est accusé de crime volontaire mais au niveau des actes involontaires, il faut réagir. Cest là dessus que jessaye de plus en plus de réagir. Cest à limage de ce qui se passe pour les élus accusés sur des motifs de responsabilité sur des actes involontaires. Une réflexion est engagée par le législateur avec des projets de changer la loi sur cette question. Cela nempêche pas la mise en uvre dune solidarité nécessaire au niveau des travailleurs sociaux.
Finalement, justice et travail social font rarement « bon ménage ». Quels conseils pouvez-vous donner quand sengage une procédure judiciaire dans le cadre dune intervention sociale ?
Justice et travail social ne font pas bon ménage, mais il faudrait quand même que les deux champs se rapprochent. Tout le monde est daccord pour dire quil y a un lien nécessaire. Ce que lon peut constater cest que cest quand même le degré zéro de la coopération quand lun des partenaires met lautre en prison. Ce qui différencie beaucoup le champs social de celui de la justice, cest le rapport à lécrit et là il pourrait y avoir des améliorations du côté social. Je crois quon nécrit pas assez dans le secteur social, or la justice fonctionne essentiellement sur des procédures écrites. Je crois que là, on aurait beaucoup à apprendre, notamment dans le cadre de procédures contradictoires. On aurait beaucoup à apprendre dans le secteur social des méthodes élaborées par la justice. Le conseil cest toujours décrire. À partir du moment ou débute une affaire, on sait quelle sera jugée 2 ans ou 3 ans après. Sil est question de jurisprudence administrative cela peut dépasser les 10 ans. Vous comprendrez quil vaut mieux avoir des traces écrites de ce que lon a fait, de ce que lon a pensé plutôt que de vagues souvenirs. Cest comme cela. Jaurais des craintes sur une justice trop rapide. Je crois que le temps permet aussi un recul par rapport à lévénement et je me méfierais dune justice trop rapide ce qui de toute évidence nest pas le cas actuellement.
La responsabilité pénale et civile des professionnels ne risque-t-elle pas dêtre paralysante pour le travail social ?
Oui, je crois. Le grand problème de la responsabilité pénale est quil y a des conséquences sur la prise en charge des usagers. On saperçoit que la prise de risque, qui est nécessaire, va être évaluée dune certaine manière à la baisse. Le grand danger par exemple est quon renferme les personnes alors que tous les efforts des dernières années étaient de les sortir des établissements. La prise de risque est diminuée dans les projets pédagogiques. Pour les professionnels, lambiance dans le travail et même le plaisir de travailler est nettement diminué. Les conséquences les plus néfastes sont pour les usagers qui restent sous la pression des décisions des magistrats. Ils le sont aussi en matière civile avec les assureurs. Ces dimensions peuvent fortement influer sur les projets pédagogiques et les rendre moins innovants quils nétaient ces dernières années.
Propos recueillis par Didier Dubasque.
| Revenir à l'index, à la page de garde. |
Droits de reproduction et de diffusion réservés; © Lien Social 2000 |