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Martine Bretèché, sociologue, est responsable du département des formationscadre, Audi-Conseil à lIRTS Paris Ile-de-France.
La finalité de ces échanges internationaux, destinés aux cadres des établissements sociaux, est la découverte des politiques sociales des autres pays et une interrogation des évidences implicites des pratiques professionnelles quotidiennes. Il sagit donc de mettre en parallèle des approches comparatives du travail social, les lois, les programmes ou du management pour le « Master » notamment. Il existe aussi un programme transatlantique : un stage professionnel aux Etats-Unis dans le cadre de ILEX (International Learn Exchange) créé en 1982 et qui sinscrit dans une politique douverture des Américains envers les idées émergeant dautres pays. Dix pays européens participent à cet échange de travailleurs sociaux (surtout éducateurs spécialisés avec trois ans dexpérience minimum), qui viennent de pays dEurope où léducation spécialisée est formalisée (Suisse, Danemark, Italie, Pays Bas, Norvège, Allemagne, Espagne, Suède, Grèce etc.). Cette exclusive des éducateurs spécialisés est due au fait que ce corps de métier nexiste pas aux Etats-Unis.
Oui, il y a des assistants sociaux aux Etats-Unis, mais la pratique éducative spécialisée telle quelle sélabore en France nexiste pas. En effet, aux Etats-Unis, le travail éducatif y est encore axé autour du collectif et du groupe. Les équipes travaillent en groupe à une resocialisation des jeunes. Les travailleurs sociaux ne sont pas formés à linteraction individuelle. Or, cest cette question-là qui est centrale dans les échanges de ILEX.En conséquence ce programme ne concerne que les éducateurs issus de différents pays européens, transférés vers une institution américaine et qui seront amenés à analyser, à partir de leur expérience, telle ou telle situation, et à faire des propositions pour former les équipes américaines à leurs approches. Ce sont donc des échanges de compétences « in situ » complétés par des séminaires à luniversité de New England.
Il existe, pour lEurope, la possibilité daccéder au master, il est ouvert à tous les travailleurs sociaux y compris les assistants sociaux, ainsi quà tous les professionnels qualifiés de niveau II (DUT en carrière sociale) qui ont une expérience de terrain de trois à cinq ans. Cest une maîtrise, en fait un master of arts de luniversité Nord de Londres, sous légide du Conseil de lEurope. Il se déroule à Maastricht et tous les pays de la CEE y participent. Cest un diplôme qui requiert une bonne maîtrise de langlais parlé et écrit.
Tout dépendra de sa maîtrise des langues européennes car il est recommandé de connaître outre langlais, une 3e langue en plus de la langue maternelle. Depuis les accords de Schengen, officiellement, tout le monde peut travailler dans nimporte quel pays européen, mais, officieusement, cela dépend du niveau de connaissance de la langue du pays. Ainsi, les travailleurs sociaux qui se lancent dans le Master, sont-ils plutôt sollicités par des organismes européens ou des organismes non gouvernementaux. Ces derniers sont à la recherche justement de gens ayant lexpérience du terrain, en vue de devenir des « experts techniques », car dans le secteur social peu de personnes ont à la fois une expérience confirmée du travail social, des compétences transversales et une vision globale et prospective des situations.
Cela signifie, par exemple, que ces professionnels doivent être capables de concevoir des programmes, de mutualiser des expériences positives, par exemple, dans le domaine de la drogue ou de lexclusion, etc. et de diagnostiquer si dans tel pays, celles-ci peuvent être transférées de façon efficace. Il est intéressant de constater que nombreux sont les professionnels du social de lEurope de lEst qui viennent suivre ce master, avec des bourses européennes, pour justement reconstruire tout le travail social dans leur pays à partir de ces expériences réussies ailleurs en Europe.
Celui-ci est surtout cité sur les questions de lutte contre les exclusions, notamment tout ce qui se fait en matière de politique de la Ville, mais également autour de la prise en charge des personnes âgées. Par contre, sur le plan des institutions pour enfants ce nest pas encore le cas
Oui, surtout au niveau des directeurs détablissements sociaux, où existe le réseau EURODIR qui est soutenu par lEcole nationale de la santé publique de Rennes, et aussi par le ministère des Affaires sociales dans les échanges au niveau du DSTS. Cest donc un appui modéré Cest dommage, car en Allemagne, dans certains Landers un pourcentage est pris sur tous les frais dinscriptions dans les écoles de travailleurs sociaux et les universités pour envoyer des étudiants à létranger. Cette forte présence crée des dominances dans les modèles référents du secteur social en Europe. La France, dans ce domaine, est un peu la « lanterne rouge » de lEurope.
Nous préparons à lIRTS Paris Ile-de-France un échange avec des professionnels Irlandais et il y a un début déchanges de formateurs avec lAllemagne, et nous encourageons les travailleurs sociaux à sinvestir dans ces programmes en créant des ateliers danglais et des journées sur le droit social Européen. Les problématiques sociétales ne sont pas uniquement franco-françaises, mais touchent toutes les sociétés occidentales. Il est certain que plus on favorisera ces échanges dexpériences, plus on autorisera lémergence de solutions innovantes aux problèmes posés par le social.
Les directeurs détablissements sociaux, par exemple, dans la mesure où ce sont eux qui gèrent les budgets, doivent prendre conscience des possibilités que ces échanges permettent à leurs personnels, en terme de lutte contre lusure professionnelle, du « penser autrement », et donc des incidences en cascade pour une meilleure prise en compte des usagers.
Propos recueillis par Guy Benloulou
Contacts : E-mail : irtsparis.idf@wanadouo.fr
E-mail : YHILEX@aol.com
Internet : http:// www.ilexchange.org
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