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Méconnues en France, quelques associations organisent des échanges de travailleurs sociaux avec létranger ; le Council of international fellowship (CIF) (1), pour sa part, est une fédération internationale comptant des représentants dans quatre-vingts pays. Il a été fondé en 1962 « avec lobjectif de promouvoir le perfectionnement professionnel des intervenants du champ social à travers des stages et des conférences, tout en favorisant les échanges entre les différents pays ». Sa branche française organise des sessions de formation dune durée de quatre semaines à un an, dans une vingtaine de pays membres. Différentes approches sont proposées : au plan théorique, lorganisation et la politique sociale du pays daccueil sont explicitées au moyen de conférences et de diverses visites ; pratiquement, un terrain de stage est choisi en fonction du domaine de travail ou des intérêts professionnels du participant ; la dimension internationale est garantie aussi par les échanges avec les autres participants venant de différents autres pays ; enfin, sur le plan culturel, lhébergement en famille daccueil favorise un certain nombre dactivités.
Tous les salariés et bénévoles dau moins vingt-cinq ans, ayant une expérience professionnelle de trois ans minimum dans le domaine social, éducatif ou culturel peuvent bénéficier de la formule. Mais il est nécessaire de pratiquer langlais, ou éventuellement la langue du pays daccueil.
Karine est ainsi partie pour un séjour court, du 23 avril au 30 mai 1993 ; assistante sociale dans un service dAEMO francilien, possédant une bonne connaissance de la langue allemande, elle a opté pour Vienne et Budapest, après avoir obtenu laccord de la direction de son association et de son équipe. Elle raconte : « Nous étions six dans notre groupe CIF : deux Finlandaises, lune AS à lhôpital, lautre en secteur ; une Suédoise, AS dans un camp daccueil de réfugiés politiques ; une Thaïlandaise, AS dans un hôpital psychiatrique ; un Chinois, enseignant auprès denfants handicapés ». Après un week-end de prise de contact convivial, chaque participant reçoit une liste « sur mesure », selon les souhaits exprimés dans le dossier. Des contacts sont pris avec une quinzaine de services, et chaque participant est accueilli dans une famille autrichienne. Karine est hébergée par la responsable dun service de soins aux personnes âgées. Elle estime que ses contacts professionnels et culturels ont été fructueux, y compris avec les étudiants et les formateurs dune « école sociale », au service documentation du ministère du Travail et des affaires sociales, au musée de la Résistance, à lONU Elle visite des foyers denfants (les kinderheim bastiengasse autrichiens) et maternels, des lieux daccueil mères-enfants, une sorte de CMPP intégré à lhôpital général, un centre spécialisé dans les abus denfants ; elle rencontre des équipes daide éducative, mais aussi des équipes daide thérapeutique et de thérapie familiale.
En Hongrie, elle est logée par Délia, orthophoniste-psychologue, qui lui apprend que les travailleurs sociaux nont ici que quelques années dexistence légale En un séjour plus court, elle rencontre tout de même léquipe de lhôpital psychiatrique et visitera un lieu de thérapie familiale et un centre de toxicomanes.
Dans un compte rendu de son voyage détude, elle raconte les quelques points qui lont frappée : diagnostics et orientation des enfants en difficulté faits minutieusement « par des équipes réellement pluridisciplinaires », le travailleur social restant le même avant, pendant et après le placement ; une intégration du handicap physique et mental dans des groupes denfants hétérogènes ; une « cité de lenfance » (Stadt der Kinder), dont les ateliers de loisirs ainsi que la piscine sont à disposition des habitants du quartier ; labsence dAEMO judiciaire en Autriche ; laccueil « non spécialisé, qui permet à lusager de choisir la façon détablir le contact » de trois lieux daccueil pour toxicomanes ; des services découte, de conseil et dorientation téléphoniques en plusieurs langues
« Cette formule tripartite professionnelle, culturelle, contacts personnalisés avec des personnes du pays daccueil et les autres participants du programme me paraît idéale », conclut Karine, « pour profiter au maximum dun séjour détudes de cinq semaines ».
Et dans lautre sens ? Theodoric Rajaonary, par exemple, est venu lan dernier de Madagascar en France ; accueilli à Nîmes pour un stage dorientation, il suit des cours le matin pour connaître le système de politique sociale, et visite, laprès-midi, les centres sociaux de la région. Puis, accueilli dans une famille bretonne, il aura des échanges avec une éducatrice denfants sourds, et lIME dans lequel travaille le père daccueil
Créée voici presque 20 ans, lassociation International Learning Exchange in Social Education (ILEX) (2) se propose, elle, denvoyer en stage aux États-Unis des travailleurs sociaux dune dizaine de pays européens (voir interview ci-jointe).
De même, en partenariat avec des organisations non-gouvernementales et inscrites dans le réseau européen Socrates, lécole déducateurs spécialisés de Versailles, Buc Ressources, a contribué, en 1994, à la création dune école de cadres sociaux en Haïti et a plus récemment recensé, au Mali, les besoins de formation des intervenants sociaux et éducatifs
De nécessaires et intéressants, ces échanges vont devenir incontournables. La dimension européenne dune part, les effets de la mondialisation et de lInternet dautre part, vont probablement accélérer la demande de mille dialogues à établir avec nos voisins, et avec les autres
Joël Plantet
(1) CIF France Claire Narme101 rue de la Borde 45800 Saint Jean de Braye ou 71 rue Fernand Christ 02000 Laon. Tél. 03 23 23 30 79.
(2) International Learning Exchange in Social Education (ILEX) 106 Lafayette street Yarmouth Maine 04096 USA. Tél. 207 846 1500 E-mail : YHILEX@aol.com Internet : www.ilexchange.org.
En France, sadresser à Martine Brétèché, IRTS - 145 avenue Parmentier - 75010 Paris. Tél. 01 42 06 24 60.
En tout début dannée, la Direction parisienne de laction sociale, de lenfance et de la santé (DASES) (1) organisait, dans le cadre de ses conférences-débats ou Mardis de Chaligny, un rendez-vous intitulé New York, Tokyo et Paris, une première conférence sanitaire et sociale, où un conseiller scientifique, Robert Poinsard, exposait une démarche originale, initiée il y a deux ans.
Paris intra-muros, un peu plus de deux millions dhabitants, peut être comparé au first ring de New York City (Manhattan + Bronx + Queens + Brooklyn + Staten Island) et aussi au centre historique de Tokyo, celui des vingt-trois ku (ou quartiers). Une base de donnée été constituée, prenant en compte différents indicateurs : taux de familles monoparentales (8,2 % à Tokyo historique, 14,7 % dans Paris intra-muros, 37,1 % à Manhattan ), proportion dhabitants de plus de 85 ans ou de moins de quatre ans, taux de chômage, de pauvreté, pourcentage de mère de moins de dix-huit ans, mortalité infantile, incidence de la tuberculose (prise en compte énergique à New York City, alors que la maladie gagne du terrain à Paris), pollution en dioxyde de soufre (plutôt, là, à lavantage de Paris).
Lenquête exhaustive est loin dêtre terminée : les systèmes de santé des trois villes ont déjà été comparés ; des travaux vont être lancés sur des secteurs comparables de laction sanitaire et sociale, sur la protection de lenfance, etc. ; des enquêtes communes pourraient être initiées sur certaines populations des trois métropoles (en étant vigilants quant aux différences culturelles, la notion de suicide, pour ne prendre quun exemple, nétant pas du tout entendue de la même manière au Japon quen Europe ou aux Etats-Unis) ; une collaboration approfondie avec la mairie de New York est dores et déjà prévue, des visites de résidences pour personnes âgées ou des rencontres avec des responsables de lutte contre la tuberculose envisagées, etc. Un document sera édité dans les mois à venir.
Lexemple de la lutte contre la tuberculose est présenté comme une illustration pertinente de ce que peuvent sapporter les différents partenaires : en effet, le traitement ambulatoire mis en place à NYC a suffisamment convaincu la mairie de Paris, par exemple, pour envisager de mettre en place un tel système dans la capitale française, en partenariat avec le Samu social.
(1) DASES Centre de Chaligny - 15 rue de Chaligny 75012 Paris.
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