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Près de 25 ans après son adoption, le divorce par consentement mutuel continue à faire jeu égal (42 %) avec le divorce pour faute (43 %). Cest dire si la séparation constitue pour nombre de couples une épreuve pleine de souffrance. La passion qui a pu présider à lunion peut fort bien se transformer en une haine farouche et implacable, propice à toutes les dérives. Toute raison disparaît alors derrière une incommensurable rancune. Vouloir faire payer à lautre, peut aller jusquà utiliser les enfants contre lui. Lun des moyens possibles consiste alors à laccuser dagresser sexuellement son enfant à loccasion du droit de visite. Malveillance ou naufrage de tout entendement et de tout discernement dans le flot dhostilité qui a alors submergé lindividu ? Toujours est-il que la justice a déjà condamné de tels excès. Cela nest toutefois pas suffisant pour comprendre le phénomène. La fausse allégation peut aussi se dérouler dans les conditions de bonne foi. Si la séparation est difficile à vivre pour les parents, il en va tout autant sinon plus, car ils nont pas les moyens de rationaliser et daccepter pour les enfants. Quand la fin du couple parental se manifeste par un conflit intense, cela provoque chez lui une profonde déchirure intérieure qui constitue un terrain fertile aux projections inductrices du parent inquiet.
Pour autant, dans la plupart des cas, y compris en cas de séparation parentale, lagression est bien réelle. Cela signifie quune révélation dabus sexuel doit entraîner la même attention et la même vigilance dans une problématique de séparation ou de divorce que dans tous les autres contextes. Le Collectif féministe contre le viol (1) a alerté, il y a quelques mois, lopinion publique, sur un traitement judiciaire qui lui semblait tout particulièrement dysfonctionner dans ce cas de figure. Lévaluation proposée porte sur les années 1996, 1997 et le premier semestre 1998. Elle concerne 67 enfants dont 78 % de filles, âgés pour 88 % dentre eux de moins de 7 ans. Le constat est fait que la situation de séparation porte un discrédit complet sur la parole de lenfant. Alors que 77 % dentre eux décrivent précisément les faits et désignent leur agresseur, leurs témoignages semblent peu pris au sérieux. Les certificats médicaux ne semblent pas non plus convaincre les juges. Il en va de même pour la sollicitude des mères qui semble constituer un élément de doute sur la crédibilité des révélations de lenfant. Quelles se montrent déprimées et anxieuses, et on leur reproche de projeter sur leur enfant leur propre souffrance. Quelles affirment croire leur enfant, et leur parole est discréditée. « Il y a encore peu de temps, on accusait systématiquement les mères dêtre aveugles face aux agressions sexuelles commises par le père ou même complices de ses agissements délictuels ou criminels. Aujourdhui, lorsque de plus en plus de mères osent entendre et protéger leurs enfants et quelles agissent avec diligence et persévérance, on les accuse systématiquement dêtre des manipulatrices » affirme le collectif. Pourtant, des intervenants dûment formés peuvent valablement distinguer le comportement, les paroles, les réactions physiques et psychologiques dun enfant victime dagression sexuelle, des attitudes et propos dun enfant manipulé. Or, la justice semble se contenter, dans nombre de cas, denquêtes préliminaires bâclées, denquêtes sociales et expertises partiales, de procédures interminables, dabsence de mesures provisoires de protection des enfants réexposés à leur agresseur etc. Car, cest bien là le plus terrible, dans les cas de classement sans suite (51 %), lenfant se trouve confronté à nouveau à son agresseur avec qui il peut être amené à nouveau à partager la vie quotidienne. Dans lhypothèse dune fausse allégation, ce nest que justice. Sil sagit du résultat des manipulations perverses de lagresseur qui ont permis de tromper la justice, cest la perspective dune reproduction possible de labus, avec pour différence que désormais, lenfant ne parlera plus. Le collectif propose un certain nombre de mesures qui permettraient non pas déviter toutes dérives, mais de les limiter : formation initiale des intervenants judiciaires à la problématique des abus sexuels, enquête rapide, exhaustive et sérieuse dès le dépôt de plainte, désignation dexperts différents pour lagresseur et pour les enfants victimes, contrôle par un collège professionnel de lactivité des experts, suspension des contacts entre lenfant et son agresseur présumé pour éviter toute pression.
Malveillance, mauvaise interprétation ou déni de justice ? Une fois de plus, la nécessité se fait jour dun traitement au cas par cas, hors de tout a priori et de toute généralisation hâtive, seul garant du positionnement de lenfant au cur des préoccupations.
Jacques Trémintin
(1) Collectif féministe contre le viol : 9 villa d’Este - 75013 Paris. Tél. 01 45 82 73 00
Viols-Femmes-Informations : N° vert : 0 800 05 95 95
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