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Etes-vous favorables à lapplication des normes de qualité en CAT ?
Philippe Calmette : Le SNAPEI est une fédération professionnelle qui regroupe les associations de parents gestionnaires détablissements pour personnes handicapées mentales. Tout ce qui peut apporter des garanties sur les conditions de prises en charge de la personne handicapée est, pour le SNAPEI, le bienvenu. De plus, lorsquon a des responsabilités de gestionnaire, il est normal quon sintéresse au rapport qualité/coût dans chacun des établissements dont on a la responsabilité.
Gérard Zribi : Il faut tout dabord bien distinguer les domaines lorsque lon parle de normes de qualité dans le secteur social et médicosocial : normes pour les produits fabriqués dans les CAT et les AP ou normes de qualité des services sociaux et médicosociaux ? Sil sagit de certification de qualité pour les activités de production propre ou de sous-traitance industrielle effectuées par les CAT et AP, cela est recevable et intéressant, bien que sa généralisation ne me paraisse pas a priori utile ni dénuée de dérapages éventuels. Par contre, les critères de qualité appliqués à un domaine dans lequel le relationnel est important me semblent devoir être maniés avec beaucoup de prudence.
Luc Dahan : Cest exact ! Ces normes ont dabord été créées dans le souci doptimiser la qualité des produits finis, en visant un objectif de « 0 défaut ». Le principe repose sur la traçabilité de la vie du produit, avec des contrôles tout au long des différentes étapes de la fabrication. La démarche qualité dans lactivité de production dun CAT, peut être tout à fait judicieuse dans son aspect organisationnel et apparaît comme une logique de « bon sens » pour suivre la vie dune affaire et se pencher sur lorganisation du travail afin déliminer les redondances et combler les manques. Néanmoins, cest une philosophie dont lapplication stricte en CAT relèverait du délire
Est-il possible justement dans le secteur médicosocial, de déterminer des instruments capables de mesurer de façon objective « la qualité » ?
Philippe Calmette : Cest dans les missions de nos établissements à financement public et à vocation sociale, de rechercher la qualité pour leurs usagers. Les instruments de mesure seront, dans notre secteur, différents dans leur contenu et dans leurs formes, de ceux que lon trouve dans le monde industriel
Gérard Zribi : Les services auprès des personnes ne peuvent échapper, pour une bonne part, à la subjectivité ; cela ne signifie pas toutefois, quil faille écarter une méthodologie susceptible daméliorer les réponses.
Luc Dahan : La « qualité » de service que nous devons rendre aux travailleurs handicapés, relève avant tout dune éthique, dune volonté de les « tirer vers le haut ». Produire, même avec de la qualité, ne va pas forcément leur apporter cela. Ce qui nexclut pas une traçabilité visible de notre travail.
Ces « référentiels qualité » ne risquent-ils pas de favoriser la rentabilité au détriment de lépanouissement de la personne handicapée ?
Philippe Calmette : Dans le monde du travail protégé, il ne sagit pas de confondre production/rentabilité et qualité. Si on établit des référentiels qualité dans les CAT, ils seront articulés autour et pour la personne handicapée ; cest la qualité des prestations et de laccompagnement des personnes handicapées qui sera évaluée.
Gérard Zribi : Lapplication de normes strictes généreraient certainement des dérives. Le concept de qualité est, en effet, abordé trop souvent, comme une source de progrès pour lentreprise (sociale ou pas) et de valorisation pour les professionnels. Si les démarches-qualité sont nécessaires les usagers ont droit aux meilleures prestations il y a lieu de se garder de la recherche dune perfection sans fin qui aboutirait immanquablement à élaborer des services normalisés, uniformes et peu adéquats à la grande diversité des besoins.
Luc Dahan : Je narrive pas à imaginer de quelle manière justement, il sera possible dévaluer la portée de notre travail sur « lhumain », à partir dun référentiel ? En outre, comment seffectueront les contrôles, quand on connaît le peu de temps dont disposent les inspecteurs de la DDASS pour visiter nos établissements ? Si lon nous oblige à respecter un cadre normatif nécessitant de consacrer un temps considérable pour consigner toutes nos actions afin de mieux les quantifier, jai bien peur que nous passions à côté de lessentiel, à savoir la disponibilité.
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Syndicat national des associations de parents et amis de personnes handicapées mentales.
Elaboré par un groupe de 23 professionnels représentant une dizaine de métiers différents, issus de 16 associations gestionnaires et de 8 types détablissements et services, ce guide entend différer « sensiblement de toutes les approches existantes ISO, IDQS, Creai Rhône-Alpes, etc. dans son esprit et sa démarche » : proche de la démarche de management par la qualité et de la méthode ÉCARTS (Élaboration coopérative et adaptée de référentiels pour tracer des stratégies), il estime en préambule que « la définition de la qualité doit sinscrire dans un processus dynamique et ouvert de confrontation, de médiation des divers points de vue où sexpriment plusieurs « mondes », plusieurs cultures et intérêts, où émergent des « ententes » recherchant la cohérence nécessaire entre les contraintes de chacun ». Ainsi, elle ne saurait être exclusivement définie ni par les autorités sauf à nêtre quun outil dinspection et de contrôle , ni par les seuls travailleurs sociaux, sous peine de ressembler à un « outil de congratulations entre collègues, enlisée dans les jargons des modes théoriques successives empruntées »
Rejoignant le secteur sanitaire dans cette dualité, les deux objectifs visés par la qualité sont la satisfaction de la personne accueillie et un développement (ou un maintien) de ses compétences. Il est rappelé que dans tout service, il y a « coproduction ( ) entre le professionnel et le « client », soit un ensemble dinteractions, de transactions complexes entre les personnes » ; dailleurs, au terme de prise en charge, accusé de masquer la lisibilité des actes professionnels et dattribuer « une dimension dassistanat », sera préféré ceux de service, de prestation de service, deffet(s) produit(s) chez la personne accueillie et daction(s) effectuée(s) par un(e) professionnel(le).
De même, récusant le terme d« usager » considéré comme trop administratif, le guide préconise de le remplacer par celui de « personne accueillie » ou « personne suivie » ; décrire ensuite la prestation de service ne doit pas exonérer de lintérêt que lon doit porter « dabord au service rendu, cest-à-dire aux effets de lintervention, en termes de développement (ou de maintien) de toutes les compétences de la personne, motrices, cognitives, affectives, relationnelles, sociales, etc. » ; le recueil de la satisfaction de la personne concernée doit saccompagner dune observation compétente des conséquences de son action professionnelle : « Comment est-ce que je verrais (ressentirais) les choses si jétais à la place de la personne accueillie, si jétais cet enfant, ce jeune ou cet adulte, cette personne âgée dont je moccupe ? Comment est-ce que je verrais (ressentirais) les choses si cette personne accueillie était mon enfant ? » enfin, lévaluation interne doit se doubler dun audit externe, exercé par un organisme neutre, indépendant des décideurs ou financeurs.
Trente-six fiches qualité, chacune correspondant à un indicateur général (éthique, partenariat, lisibilité, respect du droit, concertation, etc.), constituent un ensemble de questions et réponses spécifiques. Mais le guide entend aussi permettre à un établissement ou à un groupe détablissements de construire son propre guide, « par sélection pertinente au sein des indicateurs existants et/ou par une description plus précise (ou spécification) de certains indicateurs qualité ».
« Traçabilité : aptitude à retrouver lhistorique, lutilisation ou la localisation dune entité au moyen didentifications enregistrées » : un glossaire, en fin de guide, explicite les différents termes utilisés.
Joël Plantet
(1) CREAHI Poitou-Charentes - 23 boulevard du Grand Cerf - 86000 Poitiers. Tél. 05 49 88 22 00. creahi@iris.asso.fr
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