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Tout dabord, spécifions que la norme de qualité ISO 9000 sorganise en :
Cela implique pour le secteur médicosocial deux aspects : lun (normes dassurance de la qualité) a trait aux activités de production des établissements de travail protégé (1) ; lautre (normes de management) concerne plus particulièrement le personnel de ces centres médico-sociaux. Il sagit, ni plus ni moins, dune forme dévaluation des pratiques du travail social.
Les arguments avancés en faveur dune telle démarche qualité dans le secteur du travail protégé, en ce qui concerne la qualité des produits, sont assez proches du discours professé par les entreprises du secteur privé. Il sagit dassurer une maîtrise des coûts de production, de maintenir et/ou conquérir des nouveaux marchés, ou tout simplement de survivre dans un milieu concurrentiel et compétitif. Rien de particulièrement choquant a priori, nombre de CAT et dAtelier Protégé fournissent des prestations de qualité pouvant justifier un désir de légitimation via un label de qualité. Cependant, des interrogations subsistent, particulièrement pour les CAT. Ainsi, Alain Blanc (2) sinterroge à juste titre sur lambiguïté qui caractérise le milieu protégé. Doit-il sorganiser au nom du droit commun et saligner sur le mode du travail en milieu ordinaire ? Ou au contraire, convient-il de lui préférer un droit particulier, en marge du monde du travail ? Questions épineuses qui, toutes deux, comportent leurs inconvénients. Si le secteur médicosocial sorganise en fonction du milieu de travail ordinaire, le risque est grand deffectuer une sélection accrue de la population de travailleurs handicapés afin de pouvoir répondre aux exigences et pressions induites par le marché du travail et spécialement des donneurs dordres. Mais, par ailleurs, si un droit particulier est invoqué, lacheminement de ces établissements vers une « ghettoïsation » du travail peut se présenter, augmentant du même coup la discrimination de sa population. De prime abord, le problème peut paraître insoluble, mais il repose en fait sur une gestion des risques spécifique à ce milieu.
Plus préoccupante nous paraît être la question des normes de qualité du management.
En effet, la qualité entendue comme référentiel de bonnes pratiques ne manque pas dinterroger sur les enjeux, tant pour les établissements (et son personnel) que pour les bénéficiaires (en loccurrence les travailleurs handicapés). Le fait de vouloir instaurer des conditions assurant une lisibilité et une cohérence du service social ne doit pas nous faire oublier certaines questions fondamentales. Nous pouvons en lister quelques-unes.
La qualité, de quoi sagit-il ? Cette question interroge la nature des prestations proposées en termes de démarche qualité des pratiques médicosociales. La réponse fréquemment apportée consiste à la mise en uvre dune démarche globale, homogène et lisible (la « traçabilité » de la procédure). Se pose ici la question de la quantification et de la qualification de la qualité et, en corollaire, des risques de falsification voire doccultation de la réalité des pratiques médicosociales. Ce souci de rationalisation de laction sociale au service du bénéficiaire risque fort de conduire au déni du travail (3).
Autre question : comment vont être instaurées ces démarches qualité ? Ici vont apparaître les enjeux liés à la reconnaissance (laccréditation), cest-à-dire la question du pouvoir. Pouvoir-relation, pouvoir-loi, pouvoir-norme dont parle Michel Foucault. Enjeux stratégiques pour les différents partenaires (professionnels, institutions, etc.) qui risquent de nuire aux bénéficiaires.
Enfin, pourquoi cette volonté de sacheminer vers une exigence de qualité ? Au-delà, ou plutôt en-deçà du discours de convenance, il convient de nous interroger sur les soubassements idéologiques, symboliques et imaginaires dune telle nécessité.
Faut-il donc vouer aux gémonies la démarche qualité du secteur médicosocial ? Il est évident que la question ne peut être épuisée en quelques lignes et mérite dautres prolongements. Tout au plus pouvons-nous mettre laccent sur quelques limites et dérives susceptibles de se présenter sous le couvert dune démarche qualité. Les effets de technocratisation et de la mythification du facteur humain ont été maintes fois analysés et dénoncés, quil sagisse du culte de la performance (Erhenberg A., 1991), du coût de lexcellence (Aubert N. & de Gaulejac V., 1991) ou de la gestion des risques (Castel R., 1981). Ce que lon peut craindre nest pas tant linstauration dune démarche qualité que les conséquences de lidéologie qui la sous-tend. Cette dernière peut très rapidement servir de stratégie de défense en déniant laltérité par un « blanchiment de la souffrance », pour reprendre une formulation de Fabrice Gutnik (4). Rappelons ces mots de Stiker « Si la passion de la normalisation et de lintégration est bien le point de vue à partir duquel nos traitements de linfirmité (réglementaires, financiers, institutionnels, etc.) deviennent intelligibles, elle ne permet pas den percevoir toutes les conséquences parfois inattendues » (5).
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Certains établissements de travail protégé ont déjà entamé des procédures de démarche-qualité. Voir la revue I.T.A., N° 121, avril-mai 1999.
(2) Blanc A. (1995). Les handicapés au travail. Analyse sociologique dun dispositif dinsertion professionnelle. Paris, Dunod.
(3) Un glissement sémantique du terme « rationalité » est fréquemment opéré. « Ratio » pouvant être perçu dans le sens de « raison » (sens épistémologique) et de « calcul » (sens axiologique). Cf. le numéro spéciale de Revue Internationale de Psychosociologie, IV, 8, 1997. Par ailleurs, cette dérive de la rationalisation du travail est bien analysée par Yves Clot (1995). Le travail sans lhomme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie. Paris, La Découverte.
(4) Dans un article (Lidentité des cadres chômeurs de longue durée au risque des formations aux techniques de recherche demploi, à paraître dans la revue Education), lauteur sinterroge sur le phénomène de normalisation observé chez une population bien différente de celle du secteur médicosocial. Cependant, ce saisissant contraste nous fait apercevoir une problématique assez proche de la nôtre.
(5) Stiker H-J. (1996). Handicap et exclusion. La construction sociale du handicap, in Paugam S. (eds). Lexclusion : létat des savoirs. Paris, La Découverte. 311-320.
* Pascal Boes est également auteur dun travail de recherche : « Handicap, travail et temps. Approche psychopathologique du travail des personnes handicapées en milieu protégé ». Conservatoire National des Arts et Métiers, 1999.
Les normes Iso 9000 ont pour objectif premier dharmoniser une relation entre des clients et un fournisseur. Cela part du principe que, pour arriver à un service de qualité, il faut gérer les activités qui permettent de réaliser ce service, de façon maîtrisée. Ce sont donc des normes qui sintéressent à lorganisation de lentreprise. Elles se présentent sous la forme dune série dexigences qui vont de la manière de pendre en compte les besoins du client, à celles dy répondre et à la façon dont lentreprise gère les incidents.
En fait, lassurance de la qualité du service est décrite au travers de ces normes. Leurs origines remontent en 1987 où les grands manufacturiers (aéronautiques, armements, automobiles ) ont exigé létablissement de ces normes. Celles-ci, cependant, présentent un caractère générique et sont censées sappliquer à tout type dorganisation quelles quen soient la taille et lactivité.
Ainsi, depuis cinq ans, le secteur des « services », est de plus en plus concerné par cette « démarche ». La norme Iso 9002 concerne plus particulièrement le secteur de linsertion et celui du médicosocial (CAT). Certains lexpérimentent déjà, mais les questions demeurent nombreuses quant à ses applications. En effet, la recherche de la qualité est avant tout un argument commercial vis-à-vis des donneurs dordre (pour les CAT) et il y a un « effet marketing » très fort dans le fait dannoncer : « quon est le premier à obtenir la norme Iso 9002 ». Ainsi, ces normes peuvent générer des dérives.
LAtelier des Hermones, CAT de lAPEI de Thonon, en Savoie, qui emploi 133 travailleurs handicapés, sest lancé en 1998 dans une démarche qualité, en vue dobtenir une certification ISO, pour son secteur de production composé dune cuisine centrale qui fournit 700 repas par jour, dune menuiserie, dun atelier espaces verts, dune blanchisserie et de quelques ateliers de sous-traitance dans des secteurs comme le montage, lemballage ou le mailing Pas de chance, après expertise dun bureau agréé, le système de production nest pas certifié aux normes qualité. Toutefois lAtelier des Hermones soucieux de ne pas laisser de côté tout le volet accompagnement social des travailleurs handicapés lors de la mise en place de la procédure de certification a décidé de formaliser cette démarche professionnelle puis de linformatiser et de la proposer à la certification daprès un référentiel ISO 9002, comme le système de production, car il nexiste pas encore de référentiel qualité spécifique au médico-social dans un CAT. Et là, surprise. En septembre 2000, le bureau Veritas accorde un certificat qualité ISO 9002 pour les activités médico-psycho-sociales « prouvant lexcellence professionnelle croissante de nos personnels » précise avec satisfaction le directeur du CAT. Bien sûr, le travail continue pour que le système de production soit certifié aux prochaines échéances.
LAtelier les Hermones - BP 157 - 74204 Thonon-les-Bains cedex. Tél. 04 50 71 02 02
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