Numéro 529, 27 avril 2000

Faut-il faire de la psychothérapie une profession à part ?

Pour le moment, en France, tout un chacun peut s’autoproclamer psychothérapeute et avoir pignon sur rue. À l’exception des charlatans qui s’en accommodent parfaitement, tous les professionnels concernés par la pratique de la psychothérapie souhaitent que soit mis fin à ce vide juridique. Néanmoins, les moyens pour y arriver diffèrent parfois énormément. Nous avons interrogé deux psychologues : Serge Ginger et Philippe Grosbois . Pour le premier, il s’agit d’une profession à part nécessitant une formation particulière — 7 ans après le bac ! —, pour le second, au contraire, créer une profession spécifique à part serait dangereux, les psychiatres et les psychologues étant tout indiqués pour cette « activité ». Alors justement s’agit-il d’une activité ou d’une profession ? La psychothérapie s’adresse-t-elle à des patients, ou bien à des clients ? Les psychiatres — avec le conseil de l’ordre, par exemple — et les psychologues — avec le SNP, autre exemple — sont-ils sur la même longueur d’onde ? Rien de moins sûr… Néanmoins un projet de loi est déposé. Et ailleurs comment cela se passe- t-il ?

Réunissant quatre mille personnes et quatre-vingts pays, une nouvelle association internationale, le World council for psychotherapy (WCP) organisait en juin 1997, à Vienne, son premier congrès mondial. L’International federation for psychotherapy (IFP) avait, certes, déjà pignon sur rue — elle organise un congrès tous les trois ans —, mais la première a voulu marquer sa différence en revendiquant l’autonomie de la psychothérapie comme profession légalisée. Le congrès de Vienne, en effet, définissait clairement la psychothérapie comme une profession indépendante de la psychologie et de la médecine.

Un certain nombre de pays en Europe — tels la Suède, les Pays-Bas ou l’Autriche — ont déjà nettement adopté une position de protection du titre de psychothérapeute ; 3 800 praticiens autrichiens, par exemple, ont suivi une formation de sept années, dont cinq consacrés à une méthode spécifique. La Sécurité sociale, dans ce pays, rembourse le « désordre émotionnel » (1) . La Suisse, elle, considère la psychothérapie comme une discipline scientifique indépendante exercée, selon les cantons, par psychologues et des médecins, ou par les bénéficiaires d’une formation spécialisée.

D’autres pays en revanche, comme l’Allemagne ou la Belgique, considèrent la psychothérapie comme indissociable de la médecine ou de la psychologie reconnues ; en Angleterre, le projet de loi proposant un statut officiel pour la psychothérapie a été rejeté en 1981 et, dans l’attente d’une prochaine loi, le gouvernement tolère que des formations spécialisées soient mises en place par la United Kingdom standing conference for Psychotherapy ; la réglementation italienne, enfin, a créé un ordre de psychologues, par une loi de 19 décembre 1989 ; le psychothérapeute, titulaire d’un diplôme de médecin ou de psychologue, doit en outre suivre une formation de quatre années dans un institut spécialisé. Mais en France, les associations et syndicats de psychologues et de psychiatres ne sont, globalement, pas favorables à l’évolution de la législation vers un statut de la psychothérapie.

Des diplômes universitaires existent : un mastère interuniversitaire européen (franco-ibéro-suisse) de psychothérapie clinique est même apparu.

S’agit-il d’une activité ou d’une profession ? La psychothérapie s’adresse-t-elle à des patients, ou bien à des clients ? Comment « faire le ménage » — impératif que tous reconnaissent comme essentiel — dans ce secteur ? La psychothérapie représente-t-elle un exercice illégal de la médecine ? Ce n’est, en tout cas, pas une spécialité enseignée en tant que telle à la fac de médecine, et la mention « psychothérapeute », rappelait, il y a peu, le Conseil national de l’ordre des médecins, ne peut être apposée ni sur les plaques, ni sur les ordonnances. Ils sont douze mille en France à exercer pour l’instant, leur « profession » en dehors de tout cadre légal ; mais une enquête estimait à 30 000 le nombre de psychothérapeutes nécessaire pour répondre aux besoins de la population de l’hexagone… Depuis quelques années, la Fédération française de psychothérapie (FFd, dont Serge Ginger est le secrétaire général milite pour un statut : elle a ainsi demandé à l’Association française de normalisation (Afnor) de dégager des lignes communes, en vue d’un hypothétique dénominateur commun et, pourquoi pas, d’un code de déontologie.

Mais d’autres professionnels, psychologues et psychiatres confondus, estiment, eux, que la psychothérapie ne peut et doit être exercée que dans le cadre de leurs professions. Ainsi, le Syndicat national des psychologues (SNP) rappelait, à l’occasion de son congrès national en 1996, la différence fondamentale existant, selon lui, entre une fonction psychothérapique d’une part, et l’exercice d’une profession réglementée de psychothérapeute d’autre part, en déclarant son opposition à toute création d’instance ordinale.

D’inspiration freudienne — ou jungienne et lacanienne —, la psychothérapie analytique s’inspire des théories de ces praticiens prestigieux ; mais un autre courant, initialement d’origine comportementaliste et anglo-saxonne, est venu élargir la notion de thérapie (jusqu’aux thérapies sexuelles, par exemple) et souligner l’importance de l’histoire, du contexte du patient. Et puis, dans les trente dernières années, se sont multipliées les initiatives, plus ou moins crédibles et efficaces, rapides ou longues, s’adressant à des individus, des couples, des familles ou des groupes : analyse transactionnelle, hypnose, dynamique de groupe, analyse primale, rebirth, Gestalt-thérapie, programmation neuro-linguistique (PNL), thérapie systémique, sophrologie, musicothérapie, etc.

À l’initiative de l’Association européenne de psychothérapie (EAP), un Diplôme européen de psychothérapeute est actuellement en chantier : il requerrait, à partir du niveau bac + 3, quatre années d’études spécifiques de psychothérapie, dont une au moins comprenant un travail supervisé avec des patients.

Il convient, selon nombre d’intervenants, de distinguer les soutiens psychologiques ponctuels qui prennent leur place dans un cadre déterminé, sans contrat psychothérapique en tant que tel : ainsi, l’infirmière, l’éducateur, le juge, le médecin généraliste, l’avocat ont souvent, dans leur relation d’aide, leurs entretiens cliniques, leurs suivis, des attitudes psychothérapiques ; mais celles-ci n’ont pas à voir avec les psychothérapies à cadre homogène, explicitement définies par leur cadre inscrit dans le temps, ses références théoriques, sa technique propre.

(1) in Projets de réglementation européenne de l’exercice de la psychothérapie : vers une nouvelle identité au-delà de la pluralité des pratiques ?, article de P. Grosbois (voir interview ci-jointe) dans le n°12 de La Revue française de psychiatrie et de psychologie médicale (novembre 1997), p. 82.

Léo Grenel


Proposition de loi relative à l'usage du titre de psychothérapeute

Mesdames, Messieurs,

Deux professions de la santé mentale sont formées par les universités françaises : les psychologues et les médecins psychiatres. Les conditions d'accès et d'utilisation de ces titres sont étroitement encadrées par la loi.

Pourtant, il existe un grave vide juridique concernant l'exercice de la psychothérapie. La profession de psychothérapeute n'est en effet à ce jour toujours pas définie par le Code de la santé publique.

Ainsi, de trop nombreuses personnes insuffisamment qualifiées, voire non qualifiées, se déclarent et s'instituent psychothérapeutes en toute impunité, faisant courir les plus grands dangers à des personnes qui par définition sont vulnérables et risquent de voir leur détresse et leur pathologie aggravées. A l'heure où nos concitoyens exigent, à juste titre, une sécurité sanitaire accrue, il importe dans ce domaine que le législateur prenne ses responsabilités.

C'est pourquoi il vous est proposé de combler cette lacune réservant strictement l'appellation « psychothérapeute » d'une part aux titulaires du diplôme de docteur en médecine qualifié en psychiatrie et d'autre part aux titulaires d'un diplôme de troisième cycle en psychologie.

Article unique

Il est inséré, après l'article L. 360 du Code de la santé publique, un article L. 360-1 ainsi rédigé :

« Art. L 360-1. - L'usage du titre de psychothérapeute est strictement réservé d'une part aux titulaires du diplôme de docteur en médecine qualifié en psychiatrie et d'autre part aux titulaires d'un diplôme de troisième cycle en psychologie. »


Les psychothérapeutes soutiennent que la psychothérapie est une profession spécifique impliquant 7 années de formation

Le titre et l’exercice de la psychothérapie ne sont ni définis ni protégés par la loi et n’importe qui peut se prétendre psychothérapeute, ce qui donne lieu à certains abus sans parler des charlatans et des sectes. Aussi, les professionnels qualifiés, et notamment la FFdP, militent très activement pour une réglementation officielle de cette profession. »

Serge Ginger

Psychologue clinicien, psychothérapeute didacticien en Gestalt-thérapie, vice-président de la FFdP, représentant de la France à l’EAP. Fondateur de l’École Parisienne de Gestalt (EPG) ; auteur de La Gestalt, une thérapie du contact, Hommes et Groupes, Paris 1987 (6e édition : 2000) et La Gestalt : l’art du contact, Guide de poche Marabout, Bruxelles, 1995 (3e édition : 1997).

Quel est l’état des lieux de la profession de psychothérapeute ?

La Fédération française de psychothérapie (FFdP) a été créée en 1995 pour réunir l’ensemble des méthodes de psychothérapie couramment pratiquées en France. Leur nombre s’élève à plus d’une quinzaine : la psychanalyse dans ses diverses variantes (Freud, Lacan, Jung, etc.), le comportementalisme et le cognitivisme ainsi que les psychothérapies dites « humanistes » ou « existentielles » (Gestalt-thérapie, analyse transactionnelle, analyse psycho-organique, psychosynthèse, etc.). La FFdP regroupe une cinquantaine d’organismes : associations nationales ou régionales, écoles et instituts de formation, syndicats qui luttent tous pour la reconnaissance de la profession spécifique de psychothérapeute, en référence à la Déclaration de Strasbourg, signée en 1990, par un certain nombre de pays d’Europe, et qui a été la première pierre de l’Association européenne de psychothérapie (EAP), présente aujourd’hui dans 37 pays d’Europe et rassemblant environ 100 000 psychothérapeutes. Cette charte précise que la psychothérapie est une profession spécifique, autonome, impliquant un haut niveau de formation (7 années d’études après le bac), concrétisé notamment par le Certificat européen de psychothérapie (CEP).

En quoi cette discipline diffère-t-elle du métier de psychologue et de la pratique psychiatrique ?

Je suis moi-même psychologue clinicien et il va de soi que je ne critique ni les psychologues ni les psychiatres. D’ailleurs, au bureau de la Fédération française de psychothérapie, sur 9 membres élus, il y a 3 médecins, 3 psychologues et 3 psychothérapeutes venant d’autres horizons (sociologie, ethnologie, sciences politiques, etc.).

Néanmoins, il faut rappeler que le cursus universitaire d’études de psychologie ne comprend pas de formation explicite à la psychothérapie. Il existe certes une information sur la psychanalyse et quelques autres méthodes, mais rien d’approfondi en matière de méthode, de techniques et de pratique supervisée. De plus, la plupart des méthodes impliquent une psychothérapie personnelle préalable de la part du psychothérapeute lui-même, ainsi qu’une supervision régulière de sa pratique et un engagement déontologique spécifique.

La Fédération européenne des psychologues professionnels (EFPPA) le reconnaît bien, puisqu’elle propose, après la fin des 5 ans d’études universitaires de psychologue, deux ans de pratique, suivis d’une spécialisation complémentaire de 3 années dans une méthode définie de psychothérapie. Or, certains psychologues s’autorisent d’eux-mêmes à pratiquer des psychothérapies sans avoir suivi une thérapie ou analyse personnelle et sans formation spécifique spécialisée. En effet, pour le moment, le titre et l’exercice de la psychothérapie ne sont pas définis ni protégés par la loi et n’importe qui peut se prétendre psychothérapeute, ce qui donne lieu à certains abus, sans parler des charlatans et des sectes. Aussi, les professionnels qualifiés, et notamment la FFdP, militent très activement pour une réglementation officielle de cette profession, réglementation que les pouvoirs publics envisagent enfin de mettre en place cette année, sans doute.

Quant à la psychiatrie, la situation est voisine, puisqu’il n’existe toujours pas d’enseignement universitaire de psychothérapie en faculté de médecine (en dehors d’un DU naissant à l’université de Lyon I). Même les cours de psychologie sont facultatifs pour les médecins et ils sont bien éloignés de la psychothérapie proprement dite. Les psychiatres en sont donc réduits à des études de cas au cours de leur internat, à moins d’entreprendre, à titre personnel et à leurs frais, une formation personnelle approfondie dans un institut privé.

Psychiatrie, psychologie clinique, et psychothérapie, sont-elles des pratiques complémentaires ou concurrentes ?

Il existe, en effet, une concurrence corporatiste entre ces trois professions qui revendiquent volontiers le monopole de l’exercice de la psychothérapie :

Bien entendu, nous sommes favorables à ce que les psychologues et psychiatres formés à la psychothérapie puissent l’exercer en toute liberté, mais nous considérons comme dangereux qu’ils la pratiquent sans formation.

Cela représente une position unanime des psychothérapeutes français. De même, nous ne désirons pas une prise en charge par la Sécurité sociale — ce qui limiterait la responsabilité aussi bien des bénéficiaires que des psychothérapeutes lesquels seraient placés sous un contrôle tatillon administratif et médical. Cette position implique la mise en place de consultations publiques pour les personnes en difficulté financière.

Les chances de voir notre profession enfin reconnue, apparaissent aujourd’hui raisonnables, si l’on en croit les échanges réguliers que nous avons avec les conseillers techniques du Premier ministre et ceux de la santé, de même qu’avec les parlementaires et les associations de consommateurs. Ce mouvement est d’ailleurs transversal à toute l’Europe et une réglementation spécifique est déjà en place dans plusieurs pays, tels que l’Autriche et la Grande-Bretagne.

Propos recueillis par Guy Benloulou


Les psychologues et les psychiatres revendiquent la légitimité d’exercer la psychothérapie comme une fonction parmi d’autres

« Si la profession de « psychothérapeute » était créée en France, l’un des risques serait que le public pourrait croire, de bonne foi, que seuls ces professionnels « labellisés » par l’Etat ont les compétences requises pour pratiquer la psychothérapie, ce qui ne correspond pas à la réalité socioprofessionnelle de notre pays. »

Philippe Grosbois

Philippe Grosbois travaille comme psychologue à l’Université catholique de l’ouest d’Angers où il dirige le Centre de psychologie clinique (centre de consultations psychologiques et psychothérapiques). Il est responsable de la commission « Psychothérapies » du Syndicat national des psychologues et préside au nom de l’ANOP (Association Nationale des Organisations de Psychologues) le « Standing Committee on psychotherapy » de la FEAPP (Fédération Européenne des Associations Professionnelles de Psychologues).

Psychologues et psychiatres sont-ils favorables à l’émergence d’une profession de psychothérapeute qui serait proche de la leur ?

D’abord, il ne s’agirait pas d’une nouvelle profession proche des métiers de psychologue ou de psychiatre car ceux-ci, de par leur formation, ont une conception de leur exercice professionnel qui déborde largement le champ de la psychothérapie, de l’expertise aux tests, en passant par l’animation de réunions et la supervision d’équipes soignantes, pour ne citer que quelques-unes de leurs activités possibles.

Il est vrai que les professionnels travaillant dans les secteurs sanitaire, social ou éducatif ne verraient pas d’un bon œil l’émergence d’une nouvelle profession qui ne pourrait qu’ajouter à la confusion auprès des usagers. Par ailleurs, les besoins sur le plan de la santé publique ainsi que dans les établissements sanitaires, sociaux et éducatifs ne justifient pas la création d’une telle profession. Ces établissements ainsi que le secteur libéral proposent déjà largement au public des psychothérapies ; le public à la recherche de ce type de prestations se tourne déjà vers des consultations psychothérapiques publiques ou privées effectuées en majorité par des psychologues ou des psychiatres.

Si la profession de « psychothérapeute » était créée en France, l’un des risques serait que le public pourrait croire, de bonne foi, que seuls ces professionnels « labellisés » par l’Etat ont les compétences requises pour pratiquer la psychothérapie, ce qui ne correspond pas à la réalité socioprofessionnelle de notre pays. Par ailleurs, un autre risque serait que l’exercice de la psychothérapie, conçu comme une profession à part, soit soumis à l’obligation légale de porter le titre de « psychothérapeute », titre professionnel qui serait soumis lui-même à la définition de critères quantitatifs de formation et à l’agrément par l’Etat de certains organismes de formation au détriment d’autres. Les psychologues et les psychiatres revendiquent la légitimité d’exercer la psychothérapie comme une fonction parmi d’autres, sous couvert de leur statut professionnel, même s’ils reconnaissent que cet exercice nécessite une formation complémentaire à leur formation initiale. Toute tentative de définition d’un monopole de l’exercice de la psychothérapie par certaines catégories de professionnels ne peut, à terme, que déboucher sur une « chasse aux sorcières » qui serait préjudiciable à la pratique elle-même.

Le soi-disant vide juridique relatif à l’exercice de la psychothérapie, évoqué par les promoteurs des récentes propositions de loi (le député RPR Bernard Accoyer et le député vert Jean-Michel Marchand), ne concerne en fait que l’activité psychothérapique exercée en dehors des professions réglementées de psychologue et de médecin. La revendication de la création d’une nouvelle profession de « psychothérapeute » illustre la volonté de cette nébuleuse « psy » de faire reconnaître la formation de leurs élèves la plupart non-médecins et non-psychologues et pose un problème de responsabilité vis-à-vis du public qui court le risque d’être victime de leur incompétence. Je rappellerai simplement la réponse qu’avait faite, en mars 1998, Bernard Kouchner à un parlementaire l’interrogeant au Sénat sur cette question : « Les différents professionnels pratiquant la psychothérapie ne sont pas unanimes à en souhaiter la réglementation […] Les exemples étrangers montrent que l’exercice de la psychothérapie est subordonné à la possession d’un diplôme de médecin ou de psychologue, ce qui rejoint dans les faits la pratique française, puisque les professions réglementées de médecin et de psychologue utilisent les techniques de la psychothérapie. »

Vous dites : « Les psychologues et les psychiatres reconnaissent que l’exercice de la psychothérapie nécessite une formation complémentaire à leur formation initiale ». Laquelle pour les psychologues, par exemple, puisque c’est ce que vous êtes ?

Il y a une tradition historique en France, très influencée par la référence au modèle dominant de la formation du psychanalyste, qui fait que la formation à la psychothérapie n’est pas dispensée à l’université. Une précision à ce sujet : les départements de psychologie (au niveau de la spécialisation en psychologie clinique ou en psychopathologie) et certaines facultés de médecine (au niveau de la spécialisation en psychiatrie) sensibilisent leurs étudiants à ce qu’on appelle une attitude psychothérapique, attitude présente dans le cadre de la pratique des entretiens cliniques à visée de soutien psychothérapique, de relation d’aide. Par contre, la pratique de la psychothérapie en tant que méthode spécifique, c’est-à-dire sous-tendue par des aspects théoriques et techniques explicites, nécessite une formation pratique qui est effectuée actuellement hors du cadre universitaire. Il semble difficile, dans le contexte universitaire actuel, d’exiger des étudiants qu’ils s’engagent dans une psychothérapie personnelle pour valider un cursus universitaire, mais il existe par contre certaines formations du type diplôme universitaire suivies après la formation initiale qui proposent un cursus à la fois théorique et pratique à certaines approches psychothérapiques. La formation psychothérapique est donc conçue essentiellement comme une formation post-universitaire apportant une qualification supplémentaire.

C’est d’ailleurs la position qui a été adoptée en juillet 1996 par la FEAPP (Fédération européenne des associations professionnelles de psychologues) qui recommande aux praticiens de ses 30 pays membres, se spécialisant en psychothérapie, de suivre une formation comprenant :

En outre, les organisations de psychologues ont exprimé récemment leur souci d’une meilleure protection du public en refondant leur code de déontologie en France et en élaborant une charte européenne qui mettent tous deux l’accent sur certains principes éthiques, notamment celui de la responsabilité et de la compétence que le public est en droit d’attendre vis-à-vis de ces professionnels. Enfin, la plupart des associations regroupant des professionnels exerçant la psychothérapie ainsi que toutes les associations de psychanalystes sont opposées à un quelconque contrôle par l’Etat d’une formation qui déboucherait sur un titre protégé légalement de « psychothérapeute » (ou de psychanalyste, d’ailleurs), signifiant par là que ce type de formation doit laisser place à la liberté du sujet quant au choix de la démarche psychothérapique personnelle.

Que dites vous à ceux qui n’ont pas de formation médicale, psychologique ou paramédicale et qui revendiquent néanmoins le fait d’être reconnus par la loi comme « psychothérapeutes » ?

Il faut bien souligner que cette revendication est le fait d’une minorité qui pratique surtout en libéral des « thérapies » à médiation corporelle se rattachant au courant de la psychologie dite « humaniste » (bioénergie, cri primal, rebirth, groupes de rencontre, etc.). Ces pratiques se sont développées en Californie à la fin des années 60 en réaction au courant psychanalytique nord-américain de l’époque et sont à ranger davantage dans la catégorie des méthodes de développement personnel plutôt que de la psychothérapie.

Propos recueillis par Guy Benloulou


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