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Quand la classe relais vient en aide aux jeunes en grande difficulté scolaireDes enseignants et des travailleurs sociaux collaborent étroitement pour tenter de sauver des élèves complètement paumés. Objectif principal : les réinsérer dans un cursus classique et une vie normale. Explications sur un ambitieux projet qui veut éviter la dramatique relégation promise à certains enfants |
Les choix politiques en matière déducation ont abouti depuis 25 ans à la réduction des filières dorientation (le nombre des 4e et 3e technologiques sont en diminution dannée en année) et à la massification dun enseignement dont lobjectif fixé est bien de se montrer compétent à instruire et éduquer, au travers du collège unique tous les élèves dune même classe dâge. Inévitablement, et très vite, sest posée la question de ces enfants marqués par le refus total du savoir scolaire. LEducation nationale a conçu trois types de dispositifs permettant de répondre à cette réalité : le « dispositif en plus », qui prévoit une intervention ponctuelle dun psychologue ou dun éducateur auprès du jeune en difficulté. Le « dispositif à côté » qui permet dalterner des périodes en classe ordinaire et des prises en charge de lélève à certains moments ou en cas de trop grande tension : cest le principe des classes sas. Enfin, le « dispositif à part » qui prévoit un détachement du jeune vers une scolarisation spécifique : cest le cas de la classe relais qui laccueille à temps complet.
Les premières classes relais datent de 1985. Mais, jusquen 1991, les pionnières restent bien isolées : on en dénombre alors pas plus de trois sur tout le territoire. Puis, la violence en milieu scolaire aidant, la pertinence de ces expériences finit par convaincre les autorités, et en 1995, elles sont au nombre de 35. En 1996, de nombreuses instructions du ministère de lEducation nationale encouragent leur multiplication. Mais, cest véritablement la circulaire du 12 juin 1998 qui lance le mouvement de création : « Cest en nous référant à ces expériences réussies que nous invitons les recteurs à prendre linitiative de créer de nouvelles classes relais en collège quand le besoin sen fait clairement sentir. » En septembre 1999, 130 classes se sont implantées et la commande ministérielle en prévoit au total 200.
La classe relais ne concerne pas les élèves qui sont accueillis dans lenseignement adapté ou spécialisé déjà existant : SEGPA (ancienne SES), 4e daide et de soutien, 3e dinsertion, CIPPA. Elle nest pas non plus destinée à recevoir les adolescents qui nécessitent une prise en charge lourde dans les Centres éducatifs relevant du ministère de la justice ou de laide sociale à lenfance. La classe relais sadresse à ces jeunes qui sont en échec scolaire et qui présentent une extrême passivité, une attitude de repli et dauto-dépréciation systématique, un refus de tout investissement réel et durable, à ces adolescents qui ont construit leur rôle de perturbateur à partir de leur impossibilité à sinscrire dans le jeu scolaire public particulièrement familier aux professionnels socio-éducatifs. Dintelligence normale, ils se font néanmoins remarquer par leur absentéisme plus ou moins chronique, leur refus du travail dapprentissage ou des règles de vie tant scolaires que sociales. Sur un collège de 500 élèves, cela ne concerne parfois pas plus dune dizaine de jeunes qui néanmoins épuisent les équipes pédagogiques et provoquent des situations qui, très vite, deviennent ingérables.
La classe relais va proposer à ces jeunes en grande difficulté deux types dobjectif. Créer, tout dabord, des conditions pour favoriser leur resocialisation : fixer des repères, recadrer leurs comportements à partir dun certain nombre de normes qui ne sont pas celles de la rue mais celles du respect de lautre, en un mot, leur faire vivre lapprentissage de la vie sociale et collective. Ensuite, arriver à les remotiver, en restaurant leur image délèves capables dapprendre et de réussir, expliciter auprès deux les procédures dacquisition des savoirs, tout cela devant aboutir à leur réintégration dans le système scolaire. Cet ambitieux projet implique déviter toute idée de relégation. Lorientation en classe relais ne peut en aucun cas être le résultat dune sanction disciplinaire. Elle est décidée par linspecteur dacadémie qui sappuie pour cela sur une commission dadmission. La demande en est faite par le collège dorigine qui doit justifier de tous les efforts engagés pour trouver des solutions en interne. Cette proposition est conditionnée par laccord du jeune et de sa famille, certaines classes relais ayant même institué la signature dun contrat. En outre, elle est conçue comme une période transitoire qui doit aboutir à un retour dans létablissement dorigine auquel le jeune continue dappartenir, et ce, après une période modulable dans le temps qui peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. Tout au long de son séjour, le contact est maintenu avec les enseignants des établissements dorigine afin de préparer le retour du jeune. Cette proximité du système scolaire est aussi lenjeu de la localisation de la classe relais. Dans la moitié des cas elle est intégrée dans un collège, ce qui a lavantage déviter lostracisme plus ou moins inhérent à une mise à part. Dans lautre moitié des classes relais, le choix a été fait de favoriser la remotivation en cassant le cadre ancien responsable de léchec.
Les pédagogies, qui sont employées au sein des classes relais, tournent le dos aux méthodes de cours classiques et font largement appel aux ressources déveil et aux supports attractifs. Les élèves sy voient proposer une alternance entre les phases dacquisition des notions de base (en français comme en mathématiques) et les phases dactivité de groupe.
La première dominante, cest lindividualisation des apprentissages : à partir de logiciels informatiques ou de fiches autocorrectives, le jeune fait le point sur létat de ses connaissances et tente de combler ses lacunes. En accord avec lenseignant, il se fixe un objectif précis : acquérir telle notion (la division à virgule, les fractions, telle conjugaison ) ou dépasser tel blocage. À lissue de sa démarche, le bilan est fait sur ce qui a pu être assimilé ou non et un nouveau contrat est établi, reprenant ce qui na pas été intégré ou passant à un autre apprentissage. Pour autant, le travail collectif est incontournable si lon veut progresser sur la socialisation. De nombreuses activités en commun sont aménagées sur des créneaux permettant une remédiation sociale : activités sportives, culturelles (expression corporelle, théâtre ), découverte du milieu professionnel (visites dentreprises), contact avec des intervenants extérieurs. Les temps dexpression collective peuvent être aussi un moment particulièrement important, tant en matière de groupe de parole que délaboration du règlement intérieur ou de conseil délèves. On peut illustrer cette phase essentielle de la vie de la classe relais en donnant lexemple de ce « Grand conseil » implanté dans certaines dentre elles et qui est directement inspiré des méthodes Freinet et de la pédagogie institutionnelle. Il regroupe toutes les personnes mineures ou adultes concernées par le fonctionnement de la classe. Un jeune en tient la présidence à tour de rôle, un autre assure le secrétariat et sera chargé de rédiger le compte rendu. Lordre du jour doit être fixé la veille au plus tard. Tous les vécus et incidents qui ont eu lieu au cours de la semaine y sont évoqués. Des sanctions peuvent y être décidées. Cest là un lieu dexpression et de propositions où les avancées et les progrès, mais aussi les dysfonctionnements et difficultés peuvent être nommés et explicités. Cest aussi lendroit où lon apprend à maîtriser la gestion des conflits. La parole sy édifie progressivement. Elle est, au début, chaotique et non-construite, mais finit par sordonner et sélaborer dans une logique dapprentissage de la citoyenneté et du respect de lautre.
Lun des aspects essentiels du dispositif est lintervention de professionnels de lEducation nationale et de léducation spécialisée dans de nombreuses classes relais. La Protection judiciaire de la jeunesse y prend une grande part. À partir de 1976, les jeunes pris en charge par cet organisme (alors appelée Education surveillée) ont cessé dêtre scolarisés en interne et ont relevé du système de droit commun. Très vite, la nécessité dune coopération sest avérée nécessaire. En 1985, une circulaire commune des ministres de la Justice et de lEducation nationale a fixé le cadre dune collaboration entre les deux administrations qui na cessé depuis de samplifier. Le dernier recensement, en date de lannée 1998/1999 faisait état de la présence déducateurs dans 65 % des dispositifs. Sur les 50 intervenants ainsi répertoriés, 40 étaient issus de la PJJ, les 10 autres se répartissant entre des mises à disposition des conseils généraux et des professionnels directement salariés par les crédits de fonctionnement des classes.
Avec la classe relais, il ne sagit pas de proposer une filière distincte, mais dagir pour réduire lécart entre ce que lélève est et ce quil devrait être. Ce quon cherche à réaliser, cest bien une transformation suffisante du jeune permettant son retour en scolarité normale. Cela est jugé possible dès lors quil manifeste des signes de changement manifeste quant à son comportement en groupe, sa relation à ladulte et son rapport à lapprentissage. Le problème est justement là : même si beaucoup de jeunes qui la fréquentent reconnaissent eux-mêmes avoir trouvé dans la classe relais un lieu de parole, découte et daide, cette communication étant alors créatrice de lien social et déducation à la citoyenneté, lévolution des résultats scolaires savère le plus souvent faible voire inexistante. Dès lors, le retour dans létablissement dorigine est porteur de risques importants quant au renouvellement de léchec scolaire quotidien, avec la résurgence inévitable des comportements antérieurs : absence découte, agressivité, insultes, mutisme, fuite
Aussi, pour éviter que la classe relais ne se referme sur elle-même, encore faut-il que les conditions du retour en aval puissent être aménagées. Pour les 15-16 ans, il y a toujours louverture vers le préapprentissage ou lapprentissage plus tourné vers le projet professionnel. Pour les 12-14 ans, les deux ou trois ans de scolarisation qui subsistent constituent une perspective angoissante que le passage durant quelques mois en classe relais ne permet pas toujours de dépasser.
Autre difficulté évoquée, celle de lapproche dune population particulièrement délicate à prendre en charge. Les jeunes accueillis forment, en effet, un public des plus hétérogène. Les causes de leur déscolarisation peuvent être multiples : familiale, sociale, culturelle, psychologique, ce qui rend complexe la réponse à apporter du fait de sa dimension unique et originale devant correspondre au parcours à chaque fois différent de lélève. Cela rend parfois un peu compliqué les relations entre lenseignant et léducateur spécialisé. Le premier, de par sa culture professionnelle travaille sur lélève à partir de ce quil attend de lui : le jeune devrait laisser à la porte de la classe une partie de son histoire et adopter lattitude adéquate pour être en mesure dentrer dans la relation pédagogique. Le second travaille avec le jeune dans la complexité du sujet, dans son historicité et sa singularité. Lun intervient sur les élèves et lui demande de faire, le second est plus dans laccompagnement et dans le vivre avec. Doù les inévitables formes darticulation qui vont de la franche opposition et incompréhension réciproque à la collaboration respectueuse des logiques propres à chacun.
Les adultes intervenant dans ces structures sont volontaires et sengagent à partir de leurs capacités à entrer en relation avec des jeunes en grande difficulté. Cela aboutit néanmoins à une inversion de la méthodologie de projet. En fait, celui-ci nest pas élaboré comme préalable à la sélection de compétences pouvant permettre sa concrétisation. Mais, cest à partir du volontariat qui se manifeste et des compétences qui savèrent ainsi disponibles que se construit le projet. Ce qui nest pas sans poser de problème en matière de cohérence du dispositif dont lune des grandes faiblesses se situe bien dans son évaluation et la construction dune méthodologie reproductible et mutualisable, les acteurs étant par ailleurs, souvent trop happés par la gestion du quotidien.
Les classes relais renvoient à lEducation nationale les limites de lambition du collège unique. Le désir quelles véhiculent dune réintégration plus ou moins rapide dans le système scolaire se heurte aux difficultés extrêmes des jeunes qui ne vont pas reconstruire en quelques mois ce que des années décole nont pas permis délaborer. Dès lors, on peut se poser la question dun dispositif alibi qui permettrait de se voiler la face et de se donner bonne conscience et sinterroger sur la nécessité dune réflexion bien plus approfondie quant à laménagement de conditions de retour dans le circuit ordinaire qui tiendrait compte de la spécificité de ces publics. Mais nest-ce pas là remettre en cause le sacro-saint postulat de la même offre dapprentissage offerte à toutes et à tous ?
Des solutions existent, telles celles proposées par Marie-Danielle Pierrelée (1) qui concernent la réorganisation du mode de fonctionnement des collèges : instauration dun système de tutorat, un professeur prenant en charge un groupe de dix élèves, les accueillant en début de chaque journée et les suivant dans leur itinéraire scolaire, servant de médiateur tant par rapport aux autres professeurs quaux parents, diminution massive des horaires de cours qui doivent cesser de vouloir remplir une ambition encyclopédique, abandon du groupe-classe au profit de groupes de niveau où chaque enfant trouverait sa place en fonction de ses aptitudes.
Reste à faire face à la fantastique masse dinertie dun corps enseignant dautant plus conservateur que les conditions denseignement quil sagit ainsi de moduler sont justement celles qui ont présidé à leur propre réussite. Alors, plutôt que de tout vouloir réformer, peut-être faut-il commencer par donner la possibilité aux instits et aux profs qui veulent bien se lancer dans des actions expérimentales, de le faire. Cela ne coûtera pas bien cher, sauf à bousculer quelques vieilles habitudes. Pour autant, les enjeux sont de taille : il en va de lavenir de lécole, de la sérénité de latmosphère qui y règne et de la construction de la citoyenneté dune génération qui demain sera adulte.
Jacques Trémintin
(1) « Pourquoi vos enfants sennuient en classe » Marie-Danielle Pierrelée, Agnès Baumier, éditions Syros, 1999, (225 p. ; 98 F).
Les dispositifs existants au cours de lannée 1998/1999 ont fait lobjet dune évaluation quantitative qui permet de se représenter les contours des classes relais. Elles reçoivent en moyenne 6 à 8 élèves âgés de 13 à 14 ans sur une durée allant de 4 à 5 mois, ce qui représente 20 à 25 jeunes sur lannée scolaire. Les enseignants sont à 70 % des instituteurs spécialisés, les professeurs intervenant plus ponctuellement dans leur discipline. Les autres acteurs sont les éducateurs spécialisés, les aides-éducateurs, ainsi que les autres professionnels du collège en certaines occasions : assistante sociale, infirmière, médecin scolaire, conseiller déducation, conseiller dorientation professionnelle.
La réflexion est venue de lEducation nationale et des associations de prévention spécialisée du département de Loire Atlantique : comment arriver à remobiliser les élèves qui manquent beaucoup lécole et quand ils y sont présents ne linvestissent pas ?
À ainsi été conçue lidée dorganiser des semaines de sensibilisation qui seraient vécues en internat, par un groupe de 8 jeunes « décrocheurs » et les adultes les encadrant. Deux lieux éloignés des villes ont été trouvés lun pour un groupe de Nantes, lautre pour un groupe de Saint-Nazaire. Quatre semaines avaient été prévues, réparties dans lannée scolaire 1998/1999. Seules les trois premières semaines ont pu être financées. Chaque jeune partait de son établissement avec une liste de tâches scolaires à accomplir établie par ses professeurs. Le matin, un certain nombre denseignants volontaires (en anglais, français, math, histoire-géo et technologie) assuraient des cours, un second prof étant présent dans la classe en doublure pour reprendre avec les jeunes les phases de travail individuel demandé ou les reformulations nécessaires. En cas de trop grande tension, lun ou lautre des élèves pouvait sortir et était alors accueilli par un éducateur de prévention qui faisait le point avec lui et laidait à se remobiliser afin de pouvoir très vite réintégrer le cours. Laprès-midi était répartie entre la réalisation du travail scolaire fixé par léquipe enseignante dorigine et des activités collectives (équitation et voile). Lensemble était programmé sur un planning clair et précis. Les moments de vie dinternat étaient assurés par léducateur spécialisé. Chaque soir était loccasion dun bilan de journée. À lissue de la semaine, un bilan général était effectué, le jeune sengageant dans une résolution quil devait tenir lors du retour dans son collège et qui était adressée au prof principal. Cette expérience très coûteuse na pas été reconduite lannée suivante. Elle a permis de noter néanmoins la très grande mobilisation des enseignants engagés sur les semaines dinternat (leur intervention étant assurée en plus de leur emploi du temps) mais le peu dinvestissement des équipes pédagogiques des établissements dorigine (ainsi sur les 8 élèves de la première semaine dans lun des groupes seul un est arrivé avec des consignes claires de travail scolaire à réaliser). Autre difficulté, celle concernant larticulation entre les profs et les éducateurs spécialisés un peu trop confondus par les premiers avec des agents de surveillance. La culture professionnelle différente na pas permis un travail déquipe, ni une articulation pertinente, démontrant la nécessité dune meilleure connaissance mutuelle pour arriver à vraiment travailler ensemble.
J. T.
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