Numéro 520, 24 février 2000

Oui le sport adapté est un moyen d’insertion !

Par George-Ray Jabalot

George-Ray Jabalot est président de la fédération française du sport adapté (1)


Comment un sport est-il sélectionné pour être pratiqué par les personnes handicapées mentales ?

La FFSA est fédération délégataire du ministère de la Jeunesse et des Sports, cela signifie qu’elle doit mettre en place des règles spécifiques. Dans le cadre des règlements destinés aux sportifs handicapés mentaux, ce n’est pas le côté technique du sport qui est modifié mais ses règles qui sont simplifiées pour devenir plus accessibles intellectuellement, tout en préservant la logique de la discipline. C’est pour cela que nous avons, pour chaque sport, trois divisions spécifiques, avec des règlements dont les adaptations vont décroissant. Nous avons, actuellement, une vingtaine de disciplines sportives nationales. Pour être nationale, une discipline doit être pratiquée dans plusieurs régions, et par un certain nombre de participants. On y retrouve, par exemple, les activités motrices qui s’adressent à ceux qui sont le plus lourdement handicapés, ainsi que l’athlétisme, le football, l’équitation, le tir à l’arc, la natation, etc. En outre, il existe une dizaine de disciplines qui, sans avoir le statut national, se pratiquent dans certaines régions, comme la pelote basque dans le Sud-Ouest ou l’aviron dans l’Est ou le char à voile dans le Nord-Ouest.

Le nombre de régions et de participants sont-ils les seuls critères pour être homologuée discipline nationale ?

Non cela est nécessaire mais pas suffisant. Cela dépend également de notre capacité à encadrer une pratique sportive, ou à passer une convention avec la fédération délégataire de la discipline pour la formation de son encadrement à l’accueil des personnes handicapées mentales. Notre idéal est que nos sportifs puissent s’entraîner le plus souvent possible en milieu ordinaire. Qu’il y ait donc une insertion au travers du sport, cela va de soi dans les disciplines les plus techniques, telles que l’équitation. Car on ne va pas créer un club d’équitation uniquement pour personnes handicapées mentales… Ainsi, les éducateurs sportifs de la discipline ont dans leur cursus de brevet d’état, une option « handicap mental » et sont capables d’accueillir ce public particulier.

Quels sont les moyens dont dispose votre fédération et les écueils que vous rencontrez ?

La FFSA c’est 25 000 licenciés, 600 associations, 5 000 bénévoles, 1 000 rencontres par an. Nos revenus — 10 millions de francs par an — proviennent pour un tiers de subvention de la jeunesse et des sports, un tiers des licences, et un tiers de la formation aux modules des brevets d’état et fédéral d’éducateurs en sport adapté. Nous manquons, certes, de moyens financiers, mais surtout nous sommes les seuls à ne pas puiser notre bénévolat au sein même des sportifs. Ainsi les entraîneurs de la Fédération française de football ont tous été des licenciés du foot ; nos sportifs handicapés mentaux ne pourront jamais être encadrants. Dès que nous avons cinq licenciés supplémentaires, il nous faut trouver un bénévole compétent à l’extérieur du mouvement. C’est là que se situe le besoin réel.

Pourrait-il-y avoir des passerelles entre les éducateurs spécialisés et les éducateurs sportifs ?

Cela existe déjà, puisque l’acquis dans la connaissance du handicap mental, ou du sport, donne des validations pour une partie de la formation. Il n’est cependant pas question de confier l’entraînement en sport adapté, à des personnes qui ne seraient pas compétentes dans les deux domaines.

Le sport adapté est-il un moyen d’insertion par excellence ?

Oui, et même si notre fédération est réservée à une population particulière et donc pourrait paraître ghettoïsante. Mais, sans l’existence de la FFSA, ces personnes ne pourraient pas pratiquer leur sport favori sous la forme qu’ils souhaitent (loisir, compétition…). Ainsi il se peut qu’un joueur de tennis soit parfaitement capable techniquement de faire des tournois à la FFT, mais s’il n’est pas latéralisé, il a besoin qu’on lui indique de quel côté servir, à chaque engagement. Chez nous l’arbitre va lui désigner le bon côté… Si nous n’existions pas, même ce joueur techniquement capable, ne pourrait pas pratiquer la compétition car les règles de la FFT ne sont pas adaptées. Il en va de même pour les autres disciplines. En outre, le fait d’avoir accès aux installations sportives publiques, de participer à des rencontres où les élus sont présents, d’avoir une licence comme n’importe quel sportif ordinaire, représentent une intégration fondamentale. Enfin, le fait d’être une fédération délégataire comme n’importe quelle autre, est aussi significatif de cette intégration.

Propos recueillis par Guy Benloulou

(1) FFSA - 182 rue Raymond Losserand - 75014 Paris Tél. 01 44 12 60 10


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