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Lors de sa participation au Conseil national consultatif des personnes handicapées, le 25 janvier dernier, le Premier ministre a conclu son intervention relative au plan handicap du gouvernement, sur la nécessité dadapter cette loi dans les meilleurs délais. À ce titre, il a pris lengagement quun projet de loi sera déposé au Parlement avant la fin de cette session.
Deux raisons principales expliquent les retards pris : tout dabord, lintérêt qui sattachait à concerter soigneusement ce texte avec nos partenaires. Nous avons donc organisé des ateliers de concertation et animé des réunions régionales sur les différents thèmes concernés par cette réforme. Nous avons ensuite élaboré un texte qui a été présenté et débattu à la section sociale du CNOSS (Comité national de lorganisation sanitaire et sociale). Nous avons ensuite reçu individuellement toutes les organisations et représentants dans le secteur social et médico-social, et à lissue de ces concertations nous avons apporté des modifications, parfois conséquentes, au projet initial.
La seconde raison est plus politique : depuis lété 1997, le ministère de lEmploi et de la Solidarité a porté devant le Parlement de nombreuses réformes correspondant aux priorités sociales du gouvernement : les emplois-jeunes, la lutte contre les exclusions, la réduction du temps de travail, la couverture maladie universelle, sans évoquer le fait que dorénavant, chaque année, il convient de déposer un projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
Il faut bien comprendre quune loi rénovant lorganisation dun secteur qui ne fonctionne pas trop mal, et qui existe déjà, comme cest le cas de la loi de 1975, est nécessairement défavorisée dans le calendrier parlementaire, au regard de projets de loi représentant une urgence politique forte ou une obligation comme les plans de financement de la Sécurité sociale.
Il en existe mais elles ne sont pas nombreuses. La loi de juillet 1998 de lutte contre les exclusions a pour objectif principal laccès de tous aux droits fondamentaux en matière demploi, de logement, de santé, de justice, déducation, de formation et de culture, de protection de la famille et de lenfance.
Il sagit donc dune loi transversale, très interministérielle, visant à prendre en compte, par son champ extrêmement large, la réalité très multiforme de lexclusion. Elle met donc en scène une multiplicité de dispositifs visant tous, à favoriser lintégration des populations les plus vulnérables.
Une réforme des institutions sociales et médico-sociales relève dune autre logique : celle dorganiser rationnellement un dispositif doffres relevant dun seul ministère et qui touche quatre publics : les exclus certes, mais aussi la famille et lenfance, les personnes handicapées, les personnes âgées.
Alors que la loi de lutte contre les exclusions constitue en quelque sorte un dispositif législatif finalisé sur lintégration ; la loi « sociale » est un texte dorganisation de loffre, créant un lien logique entre une gamme détablissements et de services, leur planification, les autorisations qui en découlent, les modes dallocation des ressources affectées à ces structures et lévaluation de leur efficacité et de leurs qualités.
Il reste que cest la loi de 1975 qui détermine les procédures dautorisation de la plupart des structures de première ligne spécialisées dans la lutte contre lexclusion comme les CHRS, les hébergements durgence, les boutiques de solidarité ou les Samu sociaux.
Lun des principaux enjeux de cette réforme est de placer lusager au cur du dispositif, non seulement en déclinant leurs principaux droits mais aussi en précisant les modalités dexercice de ces droits.
Notre projet prévoit ainsi une charte des personnes accueillies, lobligation dinstaurer dans chaque établissement et service un règlement de fonctionnement précisant les droits et obligations des usagers comme des professionnels, la mise en place dun contrat ou dun document individualisé garantissant ladaptation de la prise en charge ou des prestations aux besoins des personnes, le recours possible à un médiateur en cas de conflits entre lusager et léquipe animant la structure, la participation des usagers et de leurs familles à des conseils détablissement rénovés, lexigence, enfin, dun véritable projet de service fondé sur un projet de vie, danimation et de socialisation, toutes choses qui existent parfois, et souvent depuis longtemps, mais pas partout.
Par ailleurs, le projet de réforme prévoit une gamme très diversifiée détablissements et de services, mettant en uvre des prestations très variées. À cet égard notre projet est particulièrement souple et organise un régime expérimental de structures afin de favoriser et promouvoir linnovation sociale et médico-sociale qui est particulièrement féconde dans ce secteur.
Sur ce point je tiens dentrée à vous préciser que structurer un secteur par voie législative et allouer de nouvelles ressources à ce secteur sont deux exercices différents qui ne relèvent pas de la même logique et nempruntent pas les mêmes voies.
Cest ainsi quavant même le vote de la loi de juillet 1998 de lutte contre les exclusions, a été adopté en conseil des ministres, en mars de la même année, un « programme triennal de prévention de lutte contre les exclusions » mobilisant plus de 50 milliards de francs.
Sagissant des personnes âgées dépendantes, Madame Aubry a annoncé, fin novembre dernier, lors de la clôture de lannée internationale des personnes âgées, un plan pluriannuel de médicalisation des établissements accueillant ces personnes.
Vous savez également que le Premier ministre, lui-même, le 25 janvier 2000, a présenté la politique du gouvernement en matière de handicap, assortie dune programmation financière sur trois ans particulièrement conséquente, soit 1,6 milliard de francs à partir de 2001.
Ces trois exemples, correspondant aux trois principaux publics qui relèvent des institutions sociales et médico-sociales, montrent bien la différence existant entre une construction législative organisant ce secteur et lexpression dune volonté politique pour définir des plans daction et des programmations financières pluriannuelles améliorant la situation des usagers du dit secteur.
Bien sur ! Et ce de plusieurs manières. Ainsi les professionnels du social seront-ils tout dabord directement associés à lélaboration du projet de létablissement ou du service définissant les principales caractéristiques des prises en charge ou des prestations délivrées, se fondant sur un véritable projet de vie et de socialisation.
Par ailleurs notre ambition est de généraliser les démarches évaluatives. Nous souhaitons instaurer une obligation dévaluation de la qualité des prises en charge.
Un conseil national de lévaluation sociale et médico-sociale devrait être chargé de valider des référentiels de bonnes pratiques. Mais il doit être clair que de tels référentiels ne doivent pas venir du haut, car pour être adoptés il convient que les professionnels eux-mêmes proposent les outils nécessaires, quitte à ce que le futur conseil national procède à des synthèses soumises ensuite à des validations sur le terrain.
La rénovation de la loi de 1975 repose à mon sens sur trois principales intentions :
Au total, nous proposons des outils juridiques rénovés contribuant directement à une revitalisation de laction sociale de notre pays.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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