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Il en était question depuis fort longtemps et quelques dates le rappelleront : promulguée le 30 juin 1975, la loi relative aux établissements sociaux et médico-sociaux donnait, il y a un quart de siècle, un statut distinct des établissements sanitaires aux structures daccueil pour les personnes âgées et les personnes handicapées ; vingt ans plus tard, en octobre 1996, après la remise dun rapport de Marie-Thérèse Join-Lambert, inspectrice générale des affaires sociales, sur le sujet, le ministre des Affaires sociales, Jacques Barrot, annonce devant le CNOSS sa volonté de refondre la loi. Dautres études le rapport Hespel-Thierry sur laide à domicile (septembre 1998), le rapport Lyaziel sur lautonomie des personnes handicapées (août 1999) et le rapport Guinchard-Kunstler intitulé Vieillir en France (septembre 99) sont également venus enrichir la réflexion. Lan dernier, en juillet, le député Pascal Terrasse est nommé à la tête dune mission parlementaire composée de huit députés de toutes tendances sur la réforme de la loi de 75. Le 22 janvier dernier, Jacques Chirac, Président de la République, se déclarait dailleurs très attentif à la révision de ces textes ; le 25 janvier suivant, Lionel Jospin, premier ministre, intervenant devant le Comité national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) auquel, entouré de sept ministres, il participait , annonçait officiellement le dépôt du projet de loi sur la révision de la loi de 1975 avant la fin de la session parlementaire.
Ouvrant, la semaine dernière, un colloque parlementaire sur cette réforme attendue de la loi du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales, la secrétaire dÉtat à la Santé et à lAction sociale, Dominique Gillot, a divisé son propos en trois axes : en premier lieu, « refondre la loi de 1975 dans le cadre dun texte autonome est devenu une nécessité », et cela compte tenu « de lévolution de la société, de lévolution de ses besoins et de lévolution des aspirations individuelles au cours de ce dernier quart de siècle ». Ce quil est convenu dappeler la montée de lexclusion, lémergence de la notion de droit des usagers, un partage des compétences et une régulation financière pas toujours pertinente, mais également les progrès médicaux qui ont permis lamélioration du pronostic vital de beaucoup denfants handicapés, ne sont pas étrangers, par exemple, à cette nécessité impérieuse de changement.
Quant à la place des usagers et de leur famille, cest aujourdhui une demande forte, insuffisamment prise en compte, de lavis de tous les professionnels, usagers et tutelles concernés. Par ailleurs, et malgré diverses modifications introduites en 1985, 1986 ou 1991, limpact de la décentralisation na pas été suffisamment prise en compte, avec à la clé une belle confusion des compétences entre lÉtat et les conseils généraux, souvent dénoncée.
En deuxième lieu et sagissant des grands axes de la réforme, la ministre dégage quatre pistes : affirmation et promotion du droit des usagers du secteur social et médico-social « afin den permettre lexercice effectif » (charte de la personne accueillie, règlement intérieur, contrat de prise en charge, recours possible à un médiateur en cas de conflit, projet détablissement fondé sur un projet de vie, rénovation des conseils détablissements ) ; « meilleure définition et élargissement des missions de laction sociale, médico-sociale et médico-éducative, en reconnaissant mieux les possibilités dinnovation » ; mise en uvre dune « véritable programmation médico-sociale et médico-éducative efficace par linstauration de schémas pluriannuels » ; instauration, enfin, dune « réelle coordination entre les décideurs » (conventionnement, système dinformation commun, généralisation de démarches évaluatives grâce à létablissement de référentiel de bonnes pratiques, etc.).
Mais « la refondation de la loi de 75 sinsère dans la politique générale du gouvernement de lutte contre toutes les formes dexclusions », relève encore Dominique Gillot. Ce toilettage doit prendre place dans un très large dispositif, aux côtés de la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions, de celle du 27 juillet 1999 portant création dune couverture maladie universelle, mais aussi de celle du 9 juin 99 sur les soins palliatifs, ou encore du dispositif emplois-jeunes.
Des dispositions « de nature à améliorer la prise en charge des personnes dépendantes » seront prises, telles que la création dun seuil de recours concernant les donations ou laccroissement du seuil de recours sur succession ; les conditions dutilisation de la prestation spécifique dépendance (PSD), dautre part, seront assouplies, avec par exemple la possibilité dêtre globalisée sur plusieurs mois.
Rappelant que le plan de trois ans en direction des personnes handicapées sélevait à « 2,5 milliards de mesures nouvelles », elle en rappelle de nouveau les grandes lignes : création dans tous les départements, dici 2003, dun centre daide à la vie autonome ; financement de 5000 postes dauxiliaires de vie à léchéance 2003 ; aide aux personnes sourdes par le développement de linterprétariat et la constitution de centres régionaux dinformation sur la surdité ; développement de service médico-sociaux daccompagnement des familles et dappui à lintégration scolaire grâce à loctroi de 300 millions supplémentaires, auquel sajoutent 170 millions de francs destinés à financer des matériels pédagogiques et techniques adaptés.
Menée par lInsee et les services statistiques du ministère de lEmploi et de la Solidarité, une enquête HID (Handicap Incapacités Dépendance) doit prochainement fournir des précisions supplémentaires elle « améliorera notre connaissance, extrêmement lacunaire » (dixit la secrétaire dÉtat) sur les besoins des personnes handicapées et lévolution de ceux-ci.
Le terrain dapplication couvert par le texte est très vaste. Dans une présentation succincte du secteur social et médico-social, Pierre Gauthier, directeur de laction sociale, laisse tomber quelques chiffres : 24 500 établissements tous types confondus accueillent 1,2 million de personnes, avec près de 400 000 salariés. Environ 60 % de ces places sont occupées par les personnes âgées, 30 % par les personnes handicapées, 10 % par lAide sociale à lenfance et les centres dhébergement et de réadaptation sociale (CHRS).
Le 4 août 1999, la Direction de lAction sociale avait rendu public un Projet de réforme de la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales : les modifications, ajoutées en italique au texte fondateur, proposaient une adaptation de la loi existante sur lorganisation de laction sociale et médico-sociale. Même si ce texte reste un « document de travail », les axes récurrents entendus le 8 janvier étaient pour la plupart déjà couchés sur papier.
Même si les champs dapplication de la loi sont déjà multiples, son périmètre pourrait, devrait sélargir par exemple jusquaux lieux de vie , propose la DAS, et laide à domicile, comme la tutelle aux majeurs protégés, devront faire lobjet de nouvelles dispositions ; une « reconnaissance législative explicite » est ainsi préconisée pour les services polyvalents daide à domicile (voir ci-joint linterview de Pierre Gauthier, sur lensemble de la réforme).
Plus globalement, une planification « sérieuse, mais souple et adaptable » doit être envisagée, afin daméliorer la compatibilité entre les objectifs des schémas et les créations dunités de vie. Enfin, dénonçant un « ping-pong diabolique » entre les secteurs, « létanchéité constituant un frein à linnovation » (le directeur de la DAS prendra plusieurs exemples, dont la prise en charge des personnes atteintes du sida, de la maladie dAlzheimer, ou encore de laccueil des toxicomanes ), il est « impérieux de développer des prises en charge réellement médico-sociales ». Plusieurs points sont soulignés, tels la qualité et la pluralité des prestations dispensées, le recrutement de directeurs diplômés, ou lamélioration des conseils détablissements.
Même si cette vieille loi de 75 a « réussi sa crise de croissance », estime, indulgent, Luc Broussy, directeur du Mensuel des maisons de retraite, appelé à la tribune pour un bilan mitigé de 25 ans de loi sociale, celle-ci présente dévidentes faiblesses en termes de disparités entre les départements, mais aussi en matière dévaluation de la qualité.
Pour aborder cette question, il fallait donc plusieurs voix. « Il sagit davantage dune véritable demande plutôt que dun effet de mode » : une table ronde sur la question du droit des usagers et de lévaluation de la qualité a réuni, autour de Paulette Guinchard-Kunstler, députée PS du Doubs, un certain nombre dassociations. En mai 1998, celles-ci, autour de lUniopss, avaient déjà, dans un document, rappelé leurs attentes : « Elles attendent ainsi de la loi future », écrivaient-elles alors, « quelle encourage une action sociale de proximité dans les établissements et services à taille humaine qui la caractérisent aujourdhui, action diverse et multiforme, tant par les personnes à qui elle sadresse que par les acteurs quelle mobilise. La primauté de lHomme appelle un « projet pour lusager » et non une « offre pour le client ».
Aujourdhui, la parlementaire voit trois axes à développer : celui relatif au droit ; la qualité dans son sens de professionnalisation, et lindividualisation de la prise en charge. Jean-François Bauduret, chargé de mission à la DAS, estime que non-discrimination, accès à la dignité, libre choix des prestations adaptées entre établissement et domicile, libre accès à linformation font partie des droits fondamentaux des personnes prises en charge ; alors sept dispositions, conseille-t-il, sont à prendre par les établissements : livret daccueil, charte des droits et des libertés des personnes accueillies, obligation dun document contractuel pour tout séjour de plus de six mois, médiation en cas de conflit usager/famille institution, instauration dun règlement de fonctionnement, définition des options de chaque structure en matière danimation, de soins, etc., et rénovation des actuels conseils détablissements, afin de mieux y associer les usagers.
De même, il émet la proposition dobligation dévaluation de la sécurité et de la qualité des prestations dispensées (1) ; la création dune instance nationale viendrait en outre garantir la validation des bonnes pratiques. Les associations de terrain y vont alors de leurs observations : pour lAssociation des paralysés de France, il est temps de faire appel à davantage de « rigueur méthodologique », et lorateur Philippe Gaudon, directeur technique national insiste sur certains aspects quotidiens et relationnels, tels que le vouvoiement, le respect de lintimité, la question de la vie sexuelle « Nous sommes à la veille dun grand projet », confirme pour sa part Pascal Champvert, président de lAssociation des directeurs détablissements dhébergement pour personnes âgées (ADEHPA), qui suggère la « démocratie directe » à mettre en place dans les petites structures, l« évaluation citoyenne, pluraliste, experte et démocratique des politiques publiques », et rappelle en amont de tout cela, limportance dun des droits, celui de laccès à la solidarité nationale, ce qui renvoie ipso facto à ladéquation et à la pérennité des budgets.
Pour le vice-président de lUnion nationale des Polios de France, Vincent Assante, en revanche, « cette loi ne répond ni au souci dintégration qui est le nôtre, ni aux attentes des usagers » : pointant lorganisation « défaillante » des CDES et des COTOREP, mais aussi une confusion entretenue entre handicap et vieillesse, il déplore vertement « une loi balai entérinant un dispositif dysfonctionnant » La Fédération nationale des associations de réadaptation sociale (FNARS), elle, rappellera par la voix de son trésorier, Alain Simon quil y a « bien des progrès à faire en matière de droits des usagers » Bref, sur le fond, le consensus est large.
En fin de journée, le député Pascal Terrasse, organisateur de la journée et responsable de la mission parlementaire sur la réforme de la loi, résumera les quatre principales orientations : affirmer et promouvoir les droits des bénéficiaires et de leur entourage, en définissant les droits fondamentaux des personnes, en précisant certaines modalités de ces droits (charte, contrat, projet détablissement, etc.), mais aussi en rénovant le statut de certains établissements et des services ; moderniser les missions de laction sociale et médico-sociale en prenant en compte les évolutions observées depuis 20 ans quant au contenu des actions, ou en intégrant la base légale de structures nouvelles ; améliorer le pilotage des actions, avec de véritables diagnostics et programmations, des schémas sociaux et médico-sociaux pluriannuels, un régime rénové des autorisations, une régulation financière globale, une base juridique pour les règles de tarification ; instaurer une réelle coordination des décideurs, des acteurs et organiser de façon plus transparente leurs relations, avec un nouveau « cadre formalisé de concertation et de partenariat »
Mais la mission a également énuméré un certain nombre de points dont « elle souhaite que le futur projet de loi puisse se renforcer » : travail à domicile (2), réponses adaptées aux personnes âgées vivant avec un handicap, décloisonnement du secteur sanitaire et médico-social, reconnaissance des « structures daccueil non-traditionnelles dites lieux de vie », aide à lhébergement temporaire, protection des personnels dénonçant la maltraitance subie par des personnes fragiles, meilleur pilotage régional en matière de coordination et de concertation. « On dit que la valeur dune société moderne », a-t-il conclu, « se mesure au regard de la place quelle réserve aux plus fragiles de sa population. Quelle préfère les rejeter, quelle se contente de les assister ou quelle veuille les intégrer, cest la nature première du contrat social qui est aujourdhui posé. Ce contrat social a été au cur de nos débats, il reste à en préciser les axes et à analyser les conditions de sa mise en uvre ». À suivre encore pour les quelques semaines à venir, donc.
Joël Plantet
(1) Une Méthode dévaluation interne à lusage des institutions sociales et médico-sociales intitulée Un guide pour des interventions de qualité a été éditée, en août 1999, par le CREAI-Rhône-Alpes 46 rue du Président Herriot 69002 Lyon Tél. 04 72 77 60 60. E-mail : creai.ra@wanadoo.fr
(2) Un document intitulé Pour une intégration effective des services aux personnes à domicile dans le champ de la loi du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales a été publié en juin 1999 par lUniopss.
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