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Les femmes-relais nhabitent pas systématiquement le quartier où elles pratiquent. Par contre, elles ont une connaissance assez précise des modes de vie populaires qui animent ces espaces car elles-mêmes en sont issues ou en ont une certaine « proximité ». Ceci ne pose aucun problème. Certes, les usagers apprécient de trouver des personnes qui partagent leur nationalité, leur culture ou leur langue pour les aider à sadresser à des services, mais ce qui semble primer pour eux cest avant tout la confiance que leur inspire ces services.
Nous avons retenu ce terme de femmes-relais car celui de « médiation », déjà usité bien avant 1997, correspond à des réalités très diverses même si les médiatrices sociales et culturelles qui uvrent dans les quartiers, couvrent pour ainsi dire la même réalité de pratique que les femmes-relais.
Dans lapparition de ce concept de médiation, existe un double mouvement, dune part celui qui émane des habitants qui sorganisent et produisent ces médiatrices et dautre part, celui qui vient den haut, voulu par des politiques publiques, tels que les emplois-jeunes qui font tous de la médiation « x, y ou z ». Alors que chez les femmes-relais le mot « relais » implique bien la fonction de « passeur » entre les usagers, les familles et les administrations ou les institutions, ce qui génère une réciprocité, à savoir que lusager doit saccorder à linstitution mais également que celle-ci tienne compte dun certain nombre de données sociales, culturelles qui aujourdhui composent notre société À linverse des autres formes de la médiation, où lusager doit sadapter à linstitution.
Les fonctions de femmes-relais sont loin dêtre un simple accompagnement. Il sagit carrément de transformer des institutions en les interrogeant sur leurs pratiques, leurs dysfonctionnements. Ces institutions, depuis longtemps, ont une forte tendance à fonctionner sur elles-mêmes sans nécessairement se faire comprendre par les usagers. Il sagit encore dinformer les usagers sur leurs droits, et surtout de savoir comment ils peuvent les faire valoir. Cest donc une pratique éducative et daccès à la connaissance, à tel point que bon nombre de femmes-relais ninterviennent plus seulement pour des populations en difficulté linguistiques ou culturelles, mais également pour des populations bien françaises de souche qui se retrouvent dans des situations dexclusion ou de relégation.
Elisabeth Morel (1) affirme volontiers que ce nest pas à proprement parler un métier car les femmes-relais remettent en question une certaine conception du fonctionnement institutionnel. Elles sont nées des besoins criants sur les quartiers où des habitantes se sont organisées « avec les moyens du bord » pour répondre à une demande. Elles auraient, donc, plutôt un rôle citoyen et civique. Or, une reconnaissance statutaire pour elles équivaudrait à un renoncement de certains éléments liés à la militance qui a été à leur origine. Pourtant notre étude montre quelles ont une mission de lien social et de rupture de lisolement qui nest pas spécifique aux « quartiers sensibles ». Dès lors, il parait nécessaire que leur pratique soit reconnue et quelles accédent à des formations dans le travail social.
En Italie, effectivement, les femmes-relais sont très nombreuses, en Espagne également et dans certains pays du Nord de lEurope, comme en Allemagne ou en Hollande où elles occupent des fonctions transitoires et très liées à la question de lintégration et de limmigration. Nous travaillons actuellement en partenariat étroit avec ces deux pays
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Elisabeth Morel est chercheuse au GREFOSS (Groupe détude et de formation sur le sanitaire et le social, IEP Grenoble).
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