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Oui, mais pas seulement. Bien sûr, le chômage, la compétition de plus en plus rude plongent des personnes dans une grande détresse matérielle et morale, au point que certaines perdent les repères élémentaires qui fondent lautonomie. Mais des transformations structurelles sont également à lorigine de lémergence dun nouveau public. Par exemple, la politique douverture des établissements psychiatriques a permis, et cest bien, à bon nombre de malades de quitter ces structures denfermement. Mais limportance et la gravité de leurs pathologies conduisent les magistrats à prononcer une mesure de tutelle afin de leur assurer une protection « hors les murs ». Autre exemple, le vieillissement de la population en général, et celui des personnes handicapées en particulier, génère de nouvelles situations de dépendance. Dans un certain nombre de cas, la mesure de protection juridique est destinée à permettre une gestion ordonnée de leur patrimoine. Nous avons proposé à M. Favard, président de la Commission de réforme de la protection juridique des majeurs, la création dune mesure nouvelle, le Conseil patrimonial et social. Il sagit dune mesure destinée à la gestion des prestations sociales avec un parti pris daccompagnement et de gestion sociale destinés à conduire vers plus dautonomie. Nous avons en cela repris une demande dun nombre important de juges des tutelles qui sont confrontés eux aussi quotidiennement à ces problèmes.
Soyons clairs, ce sont les magistrats qui décident et ordonnent les mesures de protection juridique. Ils peuvent le faire à la suite dune enquête sociale ou dune expertise confiée à une association. Nous avons dailleurs fait des propositions concrètes pour faire reconnaître lutilité de ces enquêtes afin de fixer leur déontologie et les conditions de leur réalisation. Par ailleurs, il me paraît normal que les juges des tutelles, et les juridictions en général, entretiennent avec le monde associatif un partenariat confiant sans lequel les uns ne peuvent aider les autres. Mais il est faux de dire quil existerait un lobby des associations pour faire pression sur les juges. Cest méconnaître gravement lindépendance de la magistrature et le respect quont les associations tutélaires tant pour leurs partenaires que pour les familles quelles ont en charge.
50 % des mesures de protection juridique sont assurées par les familles elles-mêmes. On oublie trop souvent limportance des solidarités familiales et les conséquences dramatiques quaurait leur désengagement. Mais, il faut prendre conscience de la lourdeur que peut générer pour une famille la prise en charge dun de ses membres mis sous tutelle. La mesure de tutelle contient un paradoxe elle protège la personne en la privant de ses droits qui la rend difficile à gérer. Cest la raison pour laquelle nous avons proposé la mise en place dune aide aux tuteurs familiaux.
Il est clair que certains veulent contenir lextension de ce secteur et le prix mensuel dune mesure de tutelle. Or, ces dernières années, la croissance du nombre des personnes protégées a été de 12 à 15 %. Les « Assises de la tutelle » ont traduit la volonté des associations de faire évoluer un système de protection qui a fait ses preuves mais qui doit sadapter aux nouvelles données sociologiques.
Propos recueillis par Guy Benloulou
(1) Union départementale des associations familiales
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