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A la fin des années soixante, le gouvernement de l’époque juge l’initiative privée insuffisante et le recours à l’Etat providence excessif. L’idée s’impose, dans ce contexte, de créer un organisme indépendant pour stimuler, par un élan de générosité, l’éclosion de multiples projets privés. Le ministre de la Culture André Malraux, grâce à la mobilisation de capitaux privés issus d’organismes financiers et bancaires donne ainsi naissance en 1969 à la Fondation de France qui sera une institution privée, reconnue d’utilité publique, indépendante, apolitique et laïque.
La Fondation de France intervient aujourdhui dans tous les domaines de lintérêt général : solidarité, santé, recherche scientifique et médicale, culture et environnement. Elle collecte des fonds privés (en trente ans un million de personnes lui ont fait parvenir des dons) pour aider à répondre aux besoins prioritaires de notre société. Elle finance ainsi la réalisation de nombreux projets, portés par des associations ou des acteurs de terrain. Elle sait aussi détecter des besoins nouveaux et favoriser des expériences innovantes. À titre dexemple, à la fin des années 70, la Fondation de France encourage le développement des crèches parentales qui pourront ensuite être reconnues par le ministère des Affaires sociales. Elle donne aussi son soutien, au milieu des années 80, à la création de maisons de parents, formule daccueil à proximité dhôpitaux pour les familles denfants hospitalisés.
La Fondation de France est également devenue aujourdhui le premier organisme au service du mécénat, dans tous les domaines de lintérêt général. Elle permet à toute personne ou entreprise, qui souhaite poursuivre une uvre généreuse, de créer sa propre fondation sous son égide, en bénéficiant de ses conseils de suivi et de gestion. Une intervention bien accueillie, puisque de 1970 à 1999 les fondations avec dotation (1) sont passées de 3 à 490.
La majorité des fondations abritées par la Fondation de France sont créées à linitiative des particuliers. Mais il existe 50 « fondations dentreprise ». Par exemple, la célèbre fondation Agir contre lexclusion (FACE), créée par Martine Aubry, à linitiative des organisations syndicales et des entreprises EDF-GDF, est reconnue dutilité publique et estcomplètement indépendante. On pourrait également citer la Fondation du Club Méditerranée, qui lutte contre lexclusion des enfants ou encore la Fondation des Mutuelles du Mans qui soutient les projets de jeunes handicapés à la suite dun accident. Autant dentreprises qui ont bénéficié des conseils et des outils de la Fondation de France sur le mécénat, pour quelles puissent sengager financièrement sur des projets, tout en étant actrices et partenaires de ces initiatives.
Autre pôle dactivité : la Fondation de France assure le développement des associations en les aidant à réaliser leur mission. Pour cela, elle lance des appels à projet ou reçoit des candidatures spontanées transmises par les associations. Forte de son expertise, elle a contribué au formidable essor du monde associatif et à son organisation, en France comme en Europe, aussi bien sur le plan éthique que celui des pratiques. Le Comité de la charte de déontologie des organisations sociales et humanitaires, qui fait appel à la générosité publique (une vingtaine dassociations adhérentes), est né en 1989 autour de la Fondation de France et de lUniopss (Union nationale interfédérale des uvres et organismes privés sanitaires et sociaux)
Grâce aux dons et par sa volonté de répondre aux besoins les plus urgents de notre société, la Fondation de France met en place des programmes dintervention dans les grands domaines dintérêt général. Le premier et principal domaine de mécénat, sous lappellation « solidarité », a pour vocation de favoriser lintégration des personnes en difficulté dans la collectivité. « Par solidarité, il faut entendre toutes les actions dordre social, autrement dit la lutte contre lexclusion socio-économique, lexclusion liée à lâge, au handicap, ou à toute autre situation difficile. », précise Sylvie Guichard, responsable des programmes « insertion ». Des actions qui concernent aussi bien linsertion que les solidarités de proximité, le logement, lemploi, autant de problèmes imbriqués les uns dans les autres. Lidée forte de ces divers programmes part du constat que toute personne, quels que soient ses problèmes, possède des ressources et des compétences quelle peut mobiliser. Chacun doit ainsi être reconnu comme acteur de la société. Le budget annuel engagé pour le domaine « solidarité » dépasse actuellement les 15 millions de francs.
Dans le cadre du programme « solidarité de proximité », un premier volet « Agir ensemble » soutient les actions des personnes en difficulté sociale, afin daméliorer leur vie quotidienne. Ces actions sont le plus souvent initiées par des associations de quartier ou caritatives, et des travailleurs sociaux. Tous se chargent de mobiliser les personnes dans le besoin pour quelles résolvent ensemble les problèmes concrets auxquels elles sont confrontées. Ce programme sadresse donc avant tout aux personnes qui sont impliquées dans laction. Une démarche volontaire qui va quelque peu à lencontre de la culture dassistance, pratiquée au quotidien dans le secteur social (attribution du RMI et de diverses prestations sociales ). La question est alors de savoir comment le travailleur social, coincé dans un ensemble de règles « bureaucratiques », peut respecter les procédures de décision pour laide financière des bénéficiaires tout en leur demandant dêtre eux-mêmes acteurs. Si « Agir ensemble » sait mettre le doigt sur cette contradiction et innove par sa démarche originale, « la nécessaire assistance sociale et la mobilisation du bénéficiaire doivent être en tout cas complémentaires », déclare Sylvie Guichard.
Depuis 1995, six cents projets ont pu être soutenus dans cet esprit. Ces projets sont très divers, mais on trouve en particulier plusieurs « épiceries sociales » qui, tout en fournissant des denrées alimentaires aux familles en difficulté, à des prix très bas, sont également cogérées par ces mêmes personnes. Ce sont aussi plusieurs bars sans alcool qui ont été soutenus, comme « La Barque », à Tours. Dans ce café ouvert à tous, chacun peut être alternativement client ou responsable du bar, du service, de laccueil, de la caisse ou de louverture du bar. Il suffit de sinscrire sur le planning. Il sagit de créer les conditions pour permettre aux personnes de simpliquer, si elles le souhaitent, en dehors de tout engagement à long terme. Cette démarche, à la fois souple mais très forte, est indispensable dans ce lieu qui accueille aussi bien des gens ordinaires que des gens en situation précaire. Second axe dintervention du programme « solidarité » : « Initiatives et citoyenneté ». Celui-ci encourage les dispositifs locaux de soutien à linitiative des habitants dun quartier. La politique de développement social de la ville, depuis 1975, sest toujours articulée autour de la participation des habitants, pour quils donnent leur avis sur tel programme ou tel projet. Avec « Initiatives et citoyenneté », la démarche est inverse. Le principe consiste à écouter les idées des habitants, au lieu dêtre en présence dune offre de participation par la ville. Un nouveau dialogue peut alors sengager entre administrés et gestionnaires, non plus à partir de la vision des élus, mais à partir de celle des habitants. Cela va donc dans le sens dune démocratie plus participative. Quarante dispositifs locaux ont été ainsi lancés depuis février 1997 par des municipalités, des associations de quartier ou des centres sociaux. Les projets des habitants sont aussi divers quune laverie communautaire dun immeuble, un match de foot ou un concert de rock organisé par les jeunes
Du côté du logement, la Fondation de France a mis en place un programme intitulé « Logement et solidarité de voisinage ». Avec un budget de lordre de 5 millions de francs, elle soutient des organismes qui viennent ainsi directement en aide aux populations les plus touchées, en leur proposant un accueil, un hébergement et un soutien dans les démarches pour retrouver un droit au logement. La Fondation de France a dabord centré ses interventions sur des réponses durgence, afin dapporter une solution souvent temporaire aux personnes en détresse : lieux daccueil de jour pour les sans-abri, amélioration des centres dhébergement, création de résidences sociales. Mais depuis 1999, laccent du programme est mis sur les actions permettant à chacun daccéder à la sécurité dun logement durable, décent et autonome. Le but est dobtenir de véritables logements par lintermédiaire dateliers collectifs de recherche de logement, dagences immobilières à vocation sociale, de regroupement de particuliers en vue de lachat dun logement.
Une fois le logement obtenu, laction de la Fondation de France aide également les nouveaux bénéficiaires à bien vivre dans les locaux et le quartier environnant. Les personnes arrivant dans un nouvel immeuble sont, par exemple, accueillies par des voisins pour quelles puissent se familiariser au plus vite avec le voisinage. Le soutien de la Fondation de France aux structures dinsertion par lactivité économique (entreprises dinsertion, associations intermédiaires ) a constitué, sur le front de lemploi, son action majeure, dès 1985 et jusquen 1998. Désormais, dans le cadre du programme « emploi, activité », une nouvelle réponse est donnée avec le soutien au développement des « services solidaires ». Ces actions cherchent dabord à reconstruire les liens sociaux en résolvant les problèmes de la vie quotidienne : transports, garde denfant, commerces de proximité, loisirs Tous ces services dits de « proximité » associent les prestataires et les utilisateurs du service qui répondent ainsi à des besoins collectifs de la vie quotidienne. La Fondation de France vise ainsi à la création demplois utiles sur le plan local, stables et qualifiés. Les services de proximité napparaissent alors plus comme des métiers dénigrés ou des « petits boulots », dépendant des entreprises dinsertion. Une association locale qui met en place une laverie collective dans un immeuble pourra, par exemple, embaucher une ou deux personnes pour gérer linstallation. Ces services de proximité incluent également tous ceux qui sadressent aux personnes âgées et aux personnes handicapées (services de repas à domicile, garde à domicile, auxiliaire de vie ) dont les actions sont menées conjointement avec les programmes « personnes âgées » et « personnes handicapées ».
La Fondation de France encourage les professionnels, les accompagnateurs, les associations venant en aide aux personnes de grand âge, avec le souci dune réelle prise en compte de la qualité de vie au quotidien. La personne âgée dépendante doit vivre dans la dignité, avec un droit au choix et un droit au risque, au sein des divers établissements et structures daccueil. Dans quelle mesure peut-on, par exemple, intervenir lorsquune personne démente sénile, en perte de repères, tente de séchapper de la structure ? Un appel à projet en lan 2 000 mettra laccent sur la vie en établissement, le droit au choix, le droit au risque. Celui de 1997 sétait pour sa part articulé autour du respect de la parole des résidents, de la réalité de la notion de « chez soi » en structure collective et de louverture des établissements sur la communauté locale. Quant à la notion de « vieillir chez soi », elle est ciblée sur lamélioration des conditions de vie des personnes âgées vivant à domicile. Un appel à projet « Service de tutelle et accompagnement social des personnes âgées » a donné lieu, en 1997, à seize réalisations lauréates. Divers projets concourant à bien vivre chez soi ont été aussi développés : soutien aux familles aidantes, accueil temporaire, portage de repas à domicile, etc.
La Fondation de France consacre aussi une bonne part de ses actions auprès des personnes handicapées. Elle a en particulier entrepris une vaste réflexion sur le problème du vieillissement des personnes handicapées (voir Lien social N° 470). Plusieurs études et recherches ont tenté de répondre aux nombreuses questions que se posent les professionnels du handicap et lentourage : quels soins ? quels modes dhébergement ? quel accompagnement social apporter ? comment diversifier les formules de prise en charge des personnes handicapées vieillissantes ? Un cycle de six Rencontres de la Fondation de France, qui sest déroulé en 1997-1998, a pu mettre en valeur dix ans de soutien et daccompagnement des équipes de recherches et des acteurs de terrain, des promoteurs de projet et des familles. Actuellement, la Fondation de France souhaite aider à mieux prendre en compte les répercussions du handicap sur la vie familiale et lorganisation de la vie quotidienne. Le prochain appel à projet va dailleurs concerner lannonce du handicap. À noter encore que le vaste domaine de la solidarité noublie pas la prévention de la violence chez les jeunes. Une prévention qui, selon la Fondation de France, doit faire lobjet dactions dès le plus jeune âge, notamment au niveau de la maternelle et de lenseignement primaire. Pour soutenir les initiatives, cette institution travaille sur trois axes dintervention : la prévention de la violence dans la famille, à lécole et dans la cité. La politique généreuse de la Fondation de France seffectue également à travers ses actions pour les « solidarités internationales ». Leffort principal de ce secteur a porté sur la mise en uvre dun programme de post-urgence pour soutenir les populations frappées, en 1998, par le cyclone Mitch, en Amérique centrale. Par ailleurs, dans le cadre du programme « famille et socialisation », lappel à projet « Déstructuration du lien familial et social dans les pays en situation de crise » a suscité cinquante-trois réponses, dont douze ont obtenu un financement. En matière de lutte contre les exclusions, la Fondation de France ne saurait oublier aucun secteur où lhumain est au cur des préoccupations. Le devoir de solidarité sapplique donc aussi dans les domaines de la santé et de la recherche médicale, afin dêtre à lécoute de ceux qui souffrent et de ceux qui les entourent (soignants, bénévoles, familles ). Laccompagnement des personnes en fin de vie et les soins palliatifs constituent à cet égard un engagement fort, de même que la solidarité et le partage des savoirs sur le sida. Un appel à projet national est organisé chaque année sur le thème de laide à la vie quotidienne des personnes concernées par le VIH. La Fondation de France intervient en particulier auprès des personnes en grande difficulté, comme celles qui font usage de drogue ou se prostituent, ou encore celles qui vivent dans les quartiers difficiles, à la périphérie des grandes agglomérations.
Dans le domaine de la culture, la Fondation de France a une vocation de médiateur entre les artistes et la société. Le programme « nouveaux commanditaires » a justement été mis en place pour favoriser les rapprochements entre ces deux parties. Il sagit de permettre à des citoyens isolés ou regroupés (association, comité dentreprise, habitants dun quartier, etc.), de pouvoir passer commande à des artistes contemporains, grâce à lintervention dun médiateur délégué par la Fondation de France. Un médiateur qui aide ces « nouveaux commanditaires » à formuler leur demande, à élaborer leur projet et à organiser le financement de luvre avec dautres partenaires, privés ou publics. Comme bel exemple de cette pratique originale, lembellissement des lieux daccès aux familles de la maison darrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault). Ici, des uvres picturales furent inaugurées le 29 avril dernier, pour mieux accueillir dans la dignité les visiteurs et les familles des détenus, notamment leurs enfants, et participer ainsi au maintien de liens parentaux menacés. Ces lieux de rencontre, ainsi que les parloirs et leurs accès devinrent beaucoup moins déstabilisants, en particulier pour les enfants et les personnes âgées. Une telle initiative a été conduite par la direction de la maison darrêt, le service insertion, lassociation de visiteurs de prison et daccueil des familles Aviso, les surveillants et le Barreau de Montpellier. Ils ont constitué un groupe de commanditaires qui ont effectué une commande auprès de deux artistes, Hervé Di Rosa et Jean Le Gac.
Quelles réponses peut-on apporter et quels sont les lieux à inventer face à la rupture des liens sociaux et laccroissement du stress de la vie urbaine ? La Fondation de France a trouvé une solution. Dans le cadre de son action dans le domaine de lenvironnement, elle encourage des formes nouvelles de participation de la population à la conception et à la gestion despaces dits « naturels » : jardins associatifs, espaces verts, agriculture urbaine, etc. Ce sont des espaces que lon peut cultiver ensemble, à proximité de chez soi, autrement dit des lieux de liberté et de créativité favorisant la communication entre les citoyens.
Une institution dune telle envergure ne peut pas sarrêter aux frontières de lHexagone. La Fondation de France a participé, en 1989, à la création du Centre européen des fondations, afin détablir le lien entre ces organismes. Ce centre, basé à Bruxelles, abrite désormais un site Internet au service de tous. « Un site de sites » qui permet à la fois daccéder à un très grand nombre de fondations et dêtre un outil de recherche de projets et de financements. Laction de la Fondation de France en faveur du tiers-secteur européen sillustre notamment par la création dune Fondation de Pologne (Fundacja dla Polski), née en 1990. Fondation polonaise à part entière, elle contribue au développement de la vie associative du pays et agit en faveur de laction sociale, tout particulièrement à destination des enfants et des jeunes. Dix ans après la chute du mur de Berlin, cette fondation a joué son rôle pour aider les nouveaux exclus, les laissés-pour-compte du capitalisme nouveau et de lessor économique. La Fondation de France laissera une trace dans lhistoire de lEurope, au tournant du siècle.
Christophe de La Mure
(1) Les fondations avec dotations permettent de bénéficier de revenus suffisants pour assurer une pérennité sans quil faille apporter des ressources supplémentaires. Les fondations avec dotations fonctionnent grâce à des versements réguliers faits par le donateur ou par des tiers quil sollicite.
Fondation de France 40, avenue Hoche - 75008 Paris. Tél. 01 44 21 31 00
en chiffres (1998)
Pour répondre à un appel à projet ou à des candidatures spontanées émanant dassociations, la Fondation de France est aidée par des comités dexperts, aux compétences techniques et à lexigence éthique unanimement reconnues. Toute demande de subvention exige une procédure définie. Dans un premier temps, il faut soumettre un dossier qui comporte la vocation et les objectifs de lassociation, un exposé précis du projet, de son contexte et de son montage technique et financier, le montant de la demande de subvention et sa finalité. Lorsque le projet correspond bien aux axes dintervention voulus par le Conseil dadministration, le responsable du secteur concerné lexamine avec lassociation. Puis le conseil de la délégation régionale, le comité technique national ou les chargés de mission, dans certains cas, décident ou non du financement, fixent le montant de la subvention et les conditions de son versement (décisions notifiées par lettres). Le déroulement du projet est assuré par la Fondation de France qui reste en contact avec lassociation. Ce projet donne lieu à un rapport sur laction en cours, lutilisation des fonds et, éventuellement, à une évaluation. La Fondation de France procède aussi à la circulation de linformation et à lorganisation de rencontres et déchanges.
Qui se cache derrière le chargé de mission, appellation aux contours souvent flous dans le milieu associatif ? Un chargé de mission de la Fondation de France est avant tout un bon observateur. Il connaît bien les besoins de la société dans son domaine de compétence, ainsi que les réseaux institutionnels, administratifs et associatifs capables de développer des initiatives innovantes. Afin de répondre aux besoins des donateurs et des mécènes, le chargé de mission maîtrise les divers outils juridiques et financiers de la Fondation de France. Il pourra alors conseiller et lancer divers projets philanthropiques sous une forme adaptée aux besoins des donateurs et partenaires (création de fondation, opération de partenariat, soutien à un programme, etc.).
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