![]() |
||
5 rue du Moulin Bayard 31015 Toulouse cedex 6
Tél. 05 62 73 34 40 Fax 05 62 73 00 29 |
||
La famille à lépreuve de la prison
Au 1er janvier 1999, le nombre dhommes détenus en France était de 50 932, le nombre de femmes détenues, à la même date, de 2029, le total concernant entre 80 et 100 000 enfants. Mais il y a également un très fort accroissement du nombre des mineurs incarcérés car les chiffres sont dÉlisabeth Guigou, Garde des sceaux 692 mineurs étaient en prison au début de lannée, contre 975 exactement six mois plus tard.
uvrant depuis une quinzaine dannées pour le maintien des relations entre lenfant et son parent incarcéré, la Fédération des relais enfants parents (1) a toutefois choisi de donner un double éclairage à sa journée détudes : dune part un propos centré sur les relations de lenfant avec un parent incarcéré, dautre part un propos sur les relations entre un enfant délinquant et incarcéré avec son ou ses parents. Se voulant « permettre une approche globale et syncrétique de la fonction parentale », ce pont entendait approfondir les questions suivantes : à quoi sert un parent ? Comment être parent dès lors que léducation de lenfant nest pas, au quotidien, assumée ? Quels sont les prérogatives et les apports spécifiques du parent dans léducation de son enfant ? Peut-on rendre le parent responsable de la déviance de son enfant ? Les deux thématiques choisies incarcération dun parent, incarcération dun jeune délinquant ont donc été présentées du point de vue de lenfant, et de celui de son (ses) parent (s).
Ouvrant le colloque, la ministre de la Justice a rappelé quil était de lintérêt même de la société de maintenir les liens familiaux, de créer véritablement des unités de vie familiale (UVF), de repenser laccueil des enfants de moins de dix-huit mois avec leur mère en détention, et celui des plus grands lorsquils viennent visiter leur parent incarcéré. Un programme 4000 est ainsi en cours de réalisation en vue de la création de six nouveaux établissements, qui chacun intégreront des parloirs adaptés aux jeunes enfants ; de même, 128 emplois supplémentaires de surveillant pour les mineurs délinquants, a-t-elle annoncé, seront débloqués avec le prochain budget ; à terme, cest-à-dire « dici un an, un an et demie », les quartiers pour mineurs ne devront pas excéder quinze ou vingt places ; des groupes de paroles destinés aux parents concernés par la délinquance et/ou lincarcération de leur enfant seront, dautre part, mis en place ; des lieux daccueil des familles seront envisagés, comme à Fleury-Mérogis.
Les professionnels juges (des enfants ou dapplication des peines), psychologues et psychiatres ont rappelé limportance de cette séparation non choisie : prévenir lenfant de ce qui lui arrive, travailler avec le parent incarcéré, parler de ses parents à lenfant, même très jeune, pendant la séparation, sinterdire tout jugement sur la transgression des parents, maintenir, coûte que coûte, le lien familial ; des idées ont été émises, tel lenvoi des bulletins scolaires au parent détenu Il a été souligné à quel point les transferts pour désencombrement détablissement pénitentiaire pouvaient malmener les droits familiaux. La prison déshumanise, déresponsabilise, et lincarcération érode les capacités parentales, doù limportance du travail du réseau organisateur de cette journée.
Mais jusquoù aller dans le maintien des liens familiaux en cas de maltraitance ou dabus ? Quelle frontière entre la prise en compte des droits de lenfant et son « intérêt supérieur », comme dit la loi ? Peut-on concevoir une thérapie familiale en UVF ? Etc.
Un petit film a été projeté, dans lequel est évoquée la question la plus récurrente « Quand est-ce que tu rentres ? », mais aussi la difficulté de répondre, le cas échéant, « dans dix ans » De même, le psychiatre Bernard This lira une lettre chargée démotion dans laquelle un père incarcéré au septième mois de grossesse de sa femme lui raconte comment son enfant la « reconnu » lors de sa première permission de sortie.
Il sagit bien là de différencier la séparation de labandon Accompagnements denfants au parloir, création despaces-enfants en détention, ateliers dexpression, permanences éducatives, hébergement mère-enfant, etc. : laction du relais enfants parents « contribue à enrichir les dispositifs daction sociale les mieux adaptés aux mutations de la famille », et « le soutien de ces enfants passe par laide à la parentalité dans une société où certaines familles sont de plus en plus fragilisées ». Pionniers en la matière, les cinquante professionnels de lenfance aidés par 400 volontaires du Relais pourraient à bon droit, dans les mois qui viennent, se voir confortés dans leur action.
Joël Plantet
(1) relais enfants parents 46, rue Charles Floquet BP 38 92122 Montrouge cedex.
Tél. 01 46 56 79 40. La fédération rassemble des relais dans dix régions françaises, et un en Belgique. Elle propose par ailleurs sept sessions de formation pour lan prochain.
Revenir à l'index, à la page de garde.