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Numéro 511, 9 décembre 1999

Comment ça devrait légalement se passer

Un jour de la vie de Mathias en prison

Mathias vient de franchir le mur d’enceinte. Un sas ne permet à la grille qui donne sur la cour intérieure de s’ouvrir, que lorsque la lourde porte donnant sur l’extérieur s’est refermée. Extrait du fourgon, l’adolescent est aussitôt amené, dûment entravé, au greffe. On commence par vérifier ses empreintes (afin d’éviter toute erreur d’identité). Puis, il doit remettre ses objets luxueux (il les retrouvera à sa sortie). Enfin, on lui attribue un numéro d’écrou. Depuis 1975, il lui est permis de garder barbe et cheveux longs (auparavant, il aurait été contraint de passer chez le coiffeur). Depuis 1983, il est aussi possible de porter ses vêtements personnels (auparavant, il y avait une tenue pénitentiaire). Mathias va devoir, toutefois, subir une fouille à corps. Il doit se mettre nu et on pourra même vérifier qu’il n’a rien dans l’anus. Cette procédure sera appliquée (dans les faits plus ou moins systématiquement selon le zèle du surveillant chargé de l’appliquer) après chaque parloir ou sortie de l’établissement. L’adolescent est ensuite conduit à sa cellule. L’article D89 du code de procédure pénale (CPP) préconise, qu’eu égard à son âge, il bénéficie d’une cellule individuelle. C’est là un avantage non négligeable, quand on sait que nombre de détenus de plus de 21 ans s’entassent à 3, 4 voire 5 personnes là où seules deux places sont initialement prévues. Cette pièce comporte un lit, une table, une chaise, un WC et une fenêtre lui permettant de bénéficier de la lumière naturelle. Mathias pourra décorer sa cellule à son goût. L’article D516 du CPP prévoit qu’il pourra se former (des instituteurs assurent un enseignement adapté, des moniteurs une formation professionnelle pour les longues peines), avoir des activités de loisirs (bibliothèque, ateliers socioculturels, théâtre…), des activités sportives (terrains de sport, salle de musculation…). Il pourra louer une télévision dans sa cellule. Depuis 1987, le travail n’est plus obligatoire en prison. Pourtant, si Mathias le souhaite, il pourra travailler. Il recevra en échange comme salaire une somme allant de 1 000 à 3 000 F. 30 % seront retenus pour les frais d’entretien, 10 % serviront à l’éventuel remboursement des parties civiles et 10 % constitueront un pécule qui lui sera remis à sa libération. Il pourra utiliser les 50 % restant pour s’approvisionner en produit divers (hygiène, alimentaire, loisirs…) auprès de ce qu’on appelle la « cantine » de l’établissement. Les articles D358 et D359 du CPP prévoient que le détenu puisse se raser deux fois par semaine et se doucher une fois. Certains établissements permettent un rythme plus important. Les relations à l’intérieur de la prison ne sont plus régies depuis 1972 par la règle du silence. Il est fréquent qu’un jeune puisse obtenir du surveillant qu’il le laisse séjourner quelque temps dans la cellule d’un autre détenu. Les visites au parloir ont été aménagées depuis 1983 de telle sorte qu’il n’y a plus de vitre qui sépare le détenu de son visiteur. L’article 361 du CPP prévoit au minimum une heure de promenade à l’air libre chaque jour. En cas de transgression du règlement, des sanctions peuvent être prises par le tribunal interne (appelé prétoire). Les mesures disciplinaires peuvent être la suppression de cantine, de tabac, de visites, de télévision ou la restriction du droit de correspondance. La punition la plus sévère est l’isolement de jour et de nuit dans sa cellule ou une cellule dite disciplinaire (plus facilement appelée le mitard disposant d’un lit en béton, la literie étant enlevée le matin et redonnée le soir). Cette dernière mesure est toutefois interdite pour les moins de 16 ans et limitée à 15 jours pour les détenus de 16 à 18 ans.
Ce descriptif montre qu’en l’espace de 20 ans, un certain nombre d’améliorations sont intervenues. Ce qui pousse les tenants de la répression à crier à la prison trois étoiles. S’apitoyer sur le sort des prévenus incarcérés a mauvaise presse dans l’opinion publique qui leur préfère le sort des victimes. En réalité l’incarcération est parfois un peu moins rose que ce que nous venons d’exposer comme étant le sort théorique du jeune détenu. Le fossé entre la théorie et la pratique est parfois bien grand. La question est plutôt de savoir quand la privation de liberté cessera d’être synonyme de conditions de vie sordides.
Jacques Trémintin


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