Numéro 510, 2 décembre 1999

Moi, Danielle…,

bénévole aux Relais du Cœur

Danielle a la soixantaine épanouie et l’air jovial. Profession : mère de famille nombreuse. Un job à plein temps qu’elle quitte après de nombreuses années, lorsque ses sept enfants sont devenus grands et indépendants. À l’heure de la retraite, son mari découvre, par le biais d’une annonce dans la presse, que les Relais du Cœur cherchent des bénévoles. Il s’engage aussitôt dans l’association, puis l’entraîne dans son sillage. Et voilà Danielle devenue « écoutante », pour accueillir les plus démunis. Cela fait maintenant sept ans qu’elle exerce cette fonction avec assiduité et détermination. « L’important est de recevoir les gens en ayant du temps disponible et en les écoutant longtemps et pour de bon », précise-t-elle, aujourd’hui responsable bénévole, à l’antenne de Paris, rue de Crimée (XIXe). À raison de deux jours de permanence par semaine et de multiples réunions, Danielle déborde d’activité ; elle consacre en moyenne trois journées hebdomadaires au bénévolat.

En bas, dans la cour du même bâtiment, des personnes exclues viennent régulièrement prendre leur repas. Les bénévoles qui les servent ou procèdent à leur inscription les informent de la proximité des Relais du Cœur. Certains bénéficiaires, le ventre plein et réchauffés, décident alors de monter les quelques marches pour, cette fois-ci, se faire un peu réchauffer le cœur. « Moi, je préfère rencontrer des personnes qui veulent parler et aller au fond des choses. On est pas seulement là pour donner un ticket de métro », remarque Danielle. Elle reçoit toujours en binôme avec une collègue bénévole, l’association garantissant ainsi la diversité de l’écoute pour une meilleure prise en charge de chacun. Les huit bénévoles de la permanence assurent le suivi des personnes en prenant des notes dans un dossier personnel. Celui-ci peut être ensuite transmis à d’autres bénévoles qui seront ainsi tenus au courant de chaque situation. Danielle a l’habitude d’être à l’écoute de toutes les difficultés liées au logement, au travail, à l’illettrisme, etc. Mais, le plus difficile reste le problème des sans-papiers. « Que voulez-vous qu’on fasse pour eux ? Je leur dit alors d’essayer de rentrer dans leur pays… ! », ose-t-elle avouer. Des situations souvent désespérées comme celle de ce couple sans carte de séjour, vivant dans un squat, en attendant la naissance de leur bébé. « On peut juste leur donner un peu de nourriture et deux tickets de douche », ajoute-t-elle, d’un air résigné. De plus, pour certains immigrés, une autre dimension intervient : la barrière de la langue. L’équipe de bénévoles doit alors se mettre au diapason de l’international, par la pratique de l’anglais, de l’espagnol, du russe, de l’arabe…, selon les compétences de chacun.

Certes, comme tous les autres bénévoles, Danielle a reçu une formation à l’écoute. Mais sa fonction demeure bien difficile, car il faut aussi savoir répondre à toutes sortes de questions sociales, sans être « professionnel ». Son parcours de bénévole est, par conséquent, semé d’embûches et de doutes. « On fait des gaffes, mais les gens ne nous en veulent pas », reconnaît-elle. Il lui faut alors se plonger régulièrement dans divers ouvrages et publications, afin d’être informée. Elle s’appuie aussi sur le concours des collègues, qui en fonction de leurs connaissances, peuvent l’aider sur certains aspects. Les réunions entre bénévoles pour faire le point sur certains dossiers sont aussi monnaie courante. Et lorsque la réponse s’avère impossible à donner par l’équipe des bénévoles, on fait appel aux services d’une assistante sociale ou de tout autre professionnel du social. Souvent les bénéficiaires ont déjà eux-mêmes une assistante sociale, mais avec laquelle ils ont perdu tout contact ou ne souhaitent plus la voir. Danielle se charge alors de recréer ce lien et d’obtenir l’intervention de la professionnelle.

Malgré la dureté du métier, il est des satisfactions qui donnent un peu de baume au cœur. Comme apprendre la réussite d’une insertion. Une jeune femme expulsée de son logement a pu habiter dans un foyer, un hôtel social, puis un appartement, avant de trouver un travail de vendeuse dans un grand magasin. Heureuse de ce parcours ascensionnel, elle est revenue plusieurs fois revoir et remercier les bénévoles du Relais. Certains bénéficiaires écrivent aussi une carte postale ou envoient un petit cadeau aux Relais du Cœur. « Cette activité m’a donné de l’assurance, une ouverture plus grande, un contact avec des personnes, démunies ou bénévoles, que je n’aurais jamais rencontrées autrement », explique Danielle. Reste malgré tout pour elle, une certaine lassitude, après tant d’années passées au même « poste ». Cette bénévole voudrait aujourd’hui évoluer vers d’autres horizons : un jour, la lutte contre l’illettrisme deviendra peut-être sa nouvelle mission. Une mission tout aussi utile et passionnante pour écouter…, mais surtout enseigner aux exclus. Un autre défi.

Christophe de La Mure


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