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Danielle a la soixantaine épanouie et lair jovial. Profession : mère de famille nombreuse. Un job à plein temps quelle quitte après de nombreuses années, lorsque ses sept enfants sont devenus grands et indépendants. À lheure de la retraite, son mari découvre, par le biais dune annonce dans la presse, que les Relais du Cur cherchent des bénévoles. Il sengage aussitôt dans lassociation, puis lentraîne dans son sillage. Et voilà Danielle devenue « écoutante », pour accueillir les plus démunis. Cela fait maintenant sept ans quelle exerce cette fonction avec assiduité et détermination. « Limportant est de recevoir les gens en ayant du temps disponible et en les écoutant longtemps et pour de bon », précise-t-elle, aujourdhui responsable bénévole, à lantenne de Paris, rue de Crimée (XIXe). À raison de deux jours de permanence par semaine et de multiples réunions, Danielle déborde dactivité ; elle consacre en moyenne trois journées hebdomadaires au bénévolat.
En bas, dans la cour du même bâtiment, des personnes exclues viennent régulièrement prendre leur repas. Les bénévoles qui les servent ou procèdent à leur inscription les informent de la proximité des Relais du Cur. Certains bénéficiaires, le ventre plein et réchauffés, décident alors de monter les quelques marches pour, cette fois-ci, se faire un peu réchauffer le cur. « Moi, je préfère rencontrer des personnes qui veulent parler et aller au fond des choses. On est pas seulement là pour donner un ticket de métro », remarque Danielle. Elle reçoit toujours en binôme avec une collègue bénévole, lassociation garantissant ainsi la diversité de lécoute pour une meilleure prise en charge de chacun. Les huit bénévoles de la permanence assurent le suivi des personnes en prenant des notes dans un dossier personnel. Celui-ci peut être ensuite transmis à dautres bénévoles qui seront ainsi tenus au courant de chaque situation. Danielle a lhabitude dêtre à lécoute de toutes les difficultés liées au logement, au travail, à lillettrisme, etc. Mais, le plus difficile reste le problème des sans-papiers. « Que voulez-vous quon fasse pour eux ? Je leur dit alors dessayer de rentrer dans leur pays ! », ose-t-elle avouer. Des situations souvent désespérées comme celle de ce couple sans carte de séjour, vivant dans un squat, en attendant la naissance de leur bébé. « On peut juste leur donner un peu de nourriture et deux tickets de douche », ajoute-t-elle, dun air résigné. De plus, pour certains immigrés, une autre dimension intervient : la barrière de la langue. Léquipe de bénévoles doit alors se mettre au diapason de linternational, par la pratique de langlais, de lespagnol, du russe, de larabe , selon les compétences de chacun.
Certes, comme tous les autres bénévoles, Danielle a reçu une formation à lécoute. Mais sa fonction demeure bien difficile, car il faut aussi savoir répondre à toutes sortes de questions sociales, sans être « professionnel ». Son parcours de bénévole est, par conséquent, semé dembûches et de doutes. « On fait des gaffes, mais les gens ne nous en veulent pas », reconnaît-elle. Il lui faut alors se plonger régulièrement dans divers ouvrages et publications, afin dêtre informée. Elle sappuie aussi sur le concours des collègues, qui en fonction de leurs connaissances, peuvent laider sur certains aspects. Les réunions entre bénévoles pour faire le point sur certains dossiers sont aussi monnaie courante. Et lorsque la réponse savère impossible à donner par léquipe des bénévoles, on fait appel aux services dune assistante sociale ou de tout autre professionnel du social. Souvent les bénéficiaires ont déjà eux-mêmes une assistante sociale, mais avec laquelle ils ont perdu tout contact ou ne souhaitent plus la voir. Danielle se charge alors de recréer ce lien et dobtenir lintervention de la professionnelle.
Malgré la dureté du métier, il est des satisfactions qui donnent un peu de baume au cur. Comme apprendre la réussite dune insertion. Une jeune femme expulsée de son logement a pu habiter dans un foyer, un hôtel social, puis un appartement, avant de trouver un travail de vendeuse dans un grand magasin. Heureuse de ce parcours ascensionnel, elle est revenue plusieurs fois revoir et remercier les bénévoles du Relais. Certains bénéficiaires écrivent aussi une carte postale ou envoient un petit cadeau aux Relais du Cur. « Cette activité ma donné de lassurance, une ouverture plus grande, un contact avec des personnes, démunies ou bénévoles, que je naurais jamais rencontrées autrement », explique Danielle. Reste malgré tout pour elle, une certaine lassitude, après tant dannées passées au même « poste ». Cette bénévole voudrait aujourdhui évoluer vers dautres horizons : un jour, la lutte contre lillettrisme deviendra peut-être sa nouvelle mission. Une mission tout aussi utile et passionnante pour écouter , mais surtout enseigner aux exclus. Un autre défi.
Christophe de La Mure
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