Numéro 510, 2 décembre 1999

Une formation indispensable

On réclame toujours plus de compétences aux bénévoles. Cette nouvelle pratique nécessite une formation. Depuis une dizaine d’années, les Restaurants du Cœur ont compris l’enjeu de la formation, compte tenu du rôle primordial du bénévolat au sein de l’association. « Très rapidement est apparu le besoin de former les bénévoles à l’écoute, mais aussi au travail en équipe », explique Catherine Mitault, ancienne formatrice, aujourd’hui, au service des Restos du Cœur. Car « l’esprit Restos », c’est entre autre l’esprit d’équipe. Une équipe de bénévoles qui sait qu’elle va pouvoir se rendre utile dans une association impartiale, indépendante à l’égard du politique et du religieux. De quoi motiver les candidats au bénévolat souhaitant travailler dans une ambiance conviviale, à l’écoute d’autrui. Chaque année, ils sont ainsi de plus en plus nombreux à frapper aux portes des Restos.


Beaucoup veulent profiter de leur retraite pour donner un coup de main. Les plus jeunes sont des étudiants, souvent dans la filière sociale, trouvant là l’opportunité de passer de la théorie à la pratique. D’autres font partie des chômeurs de moins de 25 ans qui choisissent de rester actifs en devenant bénévoles. Sans compter certains salariés, d’ailleurs les plus convaincus, n’hésitant pas à consacrer quelques heures aux Restos du Cœur, après leur journée de travail. Si des milieux sociaux très divers sont séduits à l’idée de poursuivre l’action de Coluche, n’est pas pour autant bénévole qui veut.

Ceux qui souhaitent, par le biais du bénévolat et par effet de miroir, régler leurs problèmes psychologiques ou sociaux, ne sont bien entendu pas les bienvenus. Car pouvoir être à l’écoute de l’autre et l’accompagner nécessite d’être « bien dans sa tête ». Il faut ensuite adhérer à la Charte des bénévoles qui préconise notamment « le respect, la solidarité envers toutes les personnes démunies » et « l’adhésion aux directives nationales et départementales ». Plusieurs cas de figure se présentent : le bénévole s’occupe de la distribution des repas aux Restos du Cœur, ou bien il se charge du travail d’écoute et de l’accompagnement des démunis, au sein des Relais du Cœur. On conseille néanmoins de faire l’expérience de la distribution de repas, avant d’être bénévole de l’écoute. Un premier travail sur le terrain qui s’avère nécessaire pour connaître les personnes bénéficiaires et travailler de concert avec les Relais du Cœur. Le travail d’écoute et d’accompagnement est précédé d’une formation proposée par les Restaurants du Cœur. À raison d’un stage de quatre jours (deux fois deux jours), chaque bénévole est formé dans un des centres régionaux de l’association. Le but est d’abord de bien faire connaître les objectifs de l’association, son fonctionnement et l’esprit qui l’anime. Il s’agit ainsi de renforcer sa cohésion, très décentralisée, sachant que la formation constitue le ciment de l’unité des Restos. La formation prend en compte la réalité et la connaissance des bénéficiaires ; elle permet également l’apprentissage de quelques techniques de communication et d’entretien, ainsi que la connaissance des dispositifs d’aide sociale. Parallèlement à l’acquis des compétences et d’un savoir-faire, le bénévole apprend à s’abstraire de ses préjugés et à remettre en cause ses comportements ou pratiques existantes, afin d’entrer dans la logique et l’univers de l’autre, et d’établir une relation de véritable coopération. Sa mission consiste à établir le dialogue, l’échange, à donner la parole au bénéficiaire ; celui-ci se sentira plus fort pour entreprendre des démarches, se prendre en main. On peut considérer que le bénévole a bien réussi sa tâche lorsque la personne démunie n’a plus besoin des Restos. Dans le cadre des Jardins du Cœur, l’accompagnement social représente un engagement des bénévoles encore plus marqué. Ils sont susceptibles d’accompagner les personnes deux à trois matinées par semaine et disposent de formations spécifiques, complémentaires à celle des Relais du Cœur. À noter, par ailleurs, qu’une « journée échange et réflexion » rassemble des bénévoles d’un même département pour réfléchir ensemble sur leur rôle de bénévole, échanger leurs expériences et mieux connaître les Restos. Ces journées sont organisées par les départements et animées par des animateurs départementaux, préparés à ce travail.

Les Restaurants du Cœur mettent également l’accent sur la formation de tous les bénévoles ayant une responsabilité. Par exemple, les responsables des centres, qui animent les groupes de bénévoles et de bénéficiaires, apprennent à gérer et animer une équipe, tant sur le plan pratique que psychologique. Pour assurer plus d’efficacité, le formateur bénévole travaille en duo avec un formateur professionnel. Tous les deux sont complémentaires dans leur activité, le premier connaissant bien le terrain et le second les techniques de formation. Pour le formateur professionnel, c’est d’abord sa « fibre sociale » qui est recherchée, plutôt qu’un profil « entreprise ». Tout ce dispositif de formation est au service de la politique des Restos du Cœur, qui a pour finalité l’insertion dans la société de la personne démunie.

Christophe de La Mure


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