Numéro 509, 25 novembre 1999

Le Cafdès entend les y préparer

Au métier de directeur

L’IRTS-Paris a défini les qualités requises pour les postes de direction : clairvoyancepolitique et technique, facultés d’anticipation dans un environnement en évolutionconstante, capacités de relations hiérarchiques et fonctionnelles, lucidité faceaux problèmes sociaux, compétences en matière de gestion. Quel homme !

Sous le bel intitulé Le management en action – être directeur d’établissement social : un métier, une passion, un avenir, l’Institut régional de travail social de Paris (1) organisait un colloque sur la fonction directoriale, le 19 octobre dernier. La matinée a été consacrée à un débat autour du livre L’économie sociale européenne ou la tentation de la démocratie en toutes choses, avec son auteur, Thierry Jeantet (2) qui rappelle la proportion étonnante de membres de coopérative, de mutuelle ou d’association : 248 millions sur 370 millions d’habitants en Europe !

Plusieurs directeurs ont ensuite tenté de s’approcher d’une définition de leur fonction : énonçant dans un premier temps une définition en creux — ce que n’est pas un directeur —, Bruno Coste, directeur de l’Uriopss Ile-de-France, souligne la différence entre le directeur d’une association et celui d’un service ou d’un établissement, mais aussi celle entre directeur et président d’association, certains mandats étant peut-être à clarifier. Après avoir évoqué l’actualité chaude des trente-cinq heures qui « nous amène à négocier », il propose que soit démontré « un plus associatif par rapport au secteur marchand, pour ne pas être banalisés, pour ne pas devenir des sous-traitants ».

La force de notre secteur, estime Pascal Dorival, directeur de Chèque Domicile, est le « sens humain profond de ses activités, qu’il faut savoir utiliser ». À partir d’un aphorisme récurrent de mai 68 — ne pas perdre sa vie à la gagner —, il considère que nous permettons de « faire vivre le pacte social » et conseille aux directeurs présents « d’être des professionnels engagés » ; la fonction directoriale, selon lui, consiste à savoir réanimer la vie associative si elle s’étiole, et à savoir gérer une relation complexe avec un « client ». L’efficacité du couple président/directeur, ajoute-t-il, fera l’efficacité de la structure.

Comment témoigner de l’impact du Certificat d’aptitude à la fonction de directeur d’établissement social (Cafdès) sur la réalité de terrain ? La directrice de l’Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI) de Chanteloup-les-Vignes, Françoise Gauthier, raconte avec passion l’évolution de sa structure depuis 1981, l’arrivée des financements, l’écriture des projets, la gestion du personnel… Ayant craint que sa valeur professionnelle ne soit acceptable que sur son seul terrain d’activité, elle a choisi d’engager une formation Cafdès, où elle a organisé ses connaissances, et en a acquis de nouvelles.

Être directeur, c’est aussi adopter une position dans une organisation, admettre qu’on a un rôle et s’intéresser à la manière dont ce rôle est perçu. Et comment tenir une position sans se projeter dans l’avenir, sans clarifier ses stratégies et son projet? Même s’il est le « serviteur d’une mission » dans son association, il ne doit pas trop s’identifier, conseille Maurice Thévenet, prof au Conservatoire national des arts et métiers, car « on est de passage » : d’ailleurs, interroge-t-il insolemment, la notion de l’« après » fait-elle partie de la formation du Cafdès ?

Les dimensions stratégique, managériale et éthique caractérisent certes la fonction de directeur. Il est nécessaire, selon Didier Chapuys, directeur d’une maison d’enfants à caractère social, de se prémunir « contre l’indécision, contre l’esquive », contre la défausse également. Mais si décider et savoir décider restent des aspects essentiels de la fonction, le directeur doit également porter le sens politique et stratégique des valeurs de son association, de son établissement. En outre, il doit se caractériser par sa capacité à créer, à inventer. Quel homme ! Et qui plus est, il aura le souci constant du sens de son action. Il lui est conseillé de ne pas rester seul et d’intégrer un réseau ou une association. L’idée de la solitude du pouvoir est combattue. Et dans les fonctions de directeur, il est fondamental d’« être naïf, surtout pas cynique » et de savoir « diriger par la confiance ». Vaste ambition.

Le terrain a posé ses questions, et fait état de ses difficultés : problèmes de budget, retards administratifs, précarité de gestion… On a mis en parallèle l’éloignement par rapport à l’usager et le schéma départemental, on a dénoncé la mauvaise gestion institutionnelle.

La réglementation amène de nouvelles pratiques et des modifications d’attitude (concernant la place de l’usager, par exemple, certaines évolutions sont palpables). D’autre part, les savoir-faire n’ont jamais été aussi diversifiés, les financements multiples et les interventions sociales associent compétences publiques et privées : les mutations du secteur social et médico-social sont accélérées par la crise économique, par la décentralisation, par les restrictions budgétaires…

Sera rappelée, en rapide conclusion, cette « spécificité (du directeur) de la gouvernance des hommes et des femmes ». Clôturant la journée, E. Schmieder, directeur régional de la DRASSIF, estime que le secteur médico-social est « en expansion, surtout dans notre région » et que les directeurs sont à l’interface entre publics et puissances publiques. Leur investissement paraissant incontournable, ils doivent avoir des projets, s’y tenir, les porter, les défendre.

Un arrêté du ministère de l’intégration et de la lutte contre l’exclusion — en date du 27 septembre 1995 — fixait les modalités de la formation préparatoire au Cafdès. Dans son descriptif de celle-ci pour la promotion 2000-2002, l’Irts-Paris observe que les qualités requises par les postes de direction sont les suivantes : clairvoyance politique et technique, capacités d’anticipation dans un environnement en évolution constante, capacités de relations hiérarchiques et fonctionnelles, lucidité devant les problèmes sociaux, compétences en matière de gestion.

Joël Plantet

(1) Irts-Paris – 145, avenue Parmentier - 75010 Paris. Tél. 01 42 06 24 60. irtsparis.idf@wanadoo.fr

(2) Édité à Ciem édition (336 p., 170 F) - 67, rue Blomet 75015 Paris. Tél. 01 44 49 61 00.


Ambiance d’un examen très sérieux

Quand les candidats au Cafdès planchent

Mercredi 27 octobre 1999, au 30-32 quai d’Austerlitz à Paris, salle Ariane des Jardins de la Seine-Espace, 12 heures 45 : quelques dizaines de candidats terminent la première épreuve du Cafdès. Au menu, deux sujets : « Comment la liberté de l’usager et sa participation à l’intervention sociale ou médico-sociale qui le concerne peuvent-elles être prises en compte dans la mise en œuvre des actions par un établissement ou un service social ou médico-social ? ». À partir d’un secteur de référence que vous préciserez, analysez les enjeux d’une telle question, les textes afférents et leurs implications pratiques, du point de vue du directeur d’établissement ou de service ». Bigre ! La liberté et la participation des usagers sont décidément dans l’air du temps. Voyons le second terme de l’alternative : « Les politiques sociales incitent au passage d’une logique de structure, centrée sur la pérennité et le développement de l’institution à une logique de service centrée sur l’atteinte des objectifs de la mission de l’établissement ». Développez et explicitez cette évolution et montrez en quoi elle questionne la fonction de direction. Illustrez votre propos en vous appuyant sur un secteur de référence ».

« Vous avez quatre heures et droit à votre documentation. Bon courage ».

Au micro, l’appariteur commence le compte à rebours : « Ne vous reste plus qu’un quart d’heure »… On m’autorise à rester, à condition que je ne « perturbe pas » le bon fonctionnement de l’épreuve : no problem. Plaisir intense à être là, sans être en situation d’examen !

La salle, immense, donne sur la Seine (belle, comme d’hab’) et sur Bercy (symbolique, tiens). Les apprentis directeurs planchent, archi concentrés. Un beau silence plane. Que ce soit à Arcueil, au Cnam ou ici, décidément, les salles d’examen franciliennes se ressemblent. « Il vous reste cinq minutes, il est temps de conclure », scande l’huissier : une première copie est rendue, son auteur émarge, sort, ses mallettes de documents (autorisés, donc) à la main. « Il vous reste deux minutes », derniers mots, dernière relecture, quatre heures pour l’épreuve. Demain et après-demain matin, rebelote. Sans parler du mémoire…


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