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Attention : le «père daccueil» peut ne pas supporterla recomposition familialeIl y a là, certes, une fonction symbolique à faire émerger ou à prendre en compte au niveau des interventions, tant la dynamique de laccueil familial dépend aussi dune structure extérieure instituant des places et des fonctions. Néanmoins |
Dans les pratiques d« élevage » denfants dans lesquelles sont valorisées des attentions protectrices, maternantes ou éducatives, interpeller un « père daccueil » fait référence à une fonction nécessaire qui savère cependant sujette à caution tant elle émerge difficilement du cadre institutionnel, de la réalité du quotidien et des attitudes de ceux qui sont censés lincarner. Les maris des assistantes maternelles dans le cadre de laccueil familial, ou les professionnels dans le cadre plus général des pratiques éducatives, ne sont pas toujours en mesure de représenter, pour un enfant, un père, donc un ordre symbolique jusque-là singulièrement absent ou défaillant.
Les fonctions des familles daccueil, lorsquelles sont sollicitées pour suppléer des fonctions parentales, sappuient sur la mise en jeu des deux figures, maternelle et paternelle, aussi nécessaires lune que lautre. Ces deux attitudes, recherchées lors des procédures dagrément ou de recrutement des familles daccueil, sont-elles réellement présentes dans le quotidien de laccueil ? Comment sont-elles interpellées et mises au travail ?
Laccueil familial repose sur lexercice dune activité reconnue à un membre dune famille daccueil, désigné comme assistant (e) maternel (le) et rarement évoqué (au moins institutionnellement) comme « mère daccueil » dautant que cette profession est ouverte aux hommes et aux femmes. Dans ce contexte, linterpellation « père daccueil » nest-elle pas abusive ?
De plus, dans un temps où lon manque de repères, et où labsence dun père réel, mais aussi symbolique, ambassadeur de la loi dans les organisations familiales ou sociales, est justement déplorée ; dans un temps où des femmes saffranchissent dun géniteur pour procréer, relevant parfois combien paraît illusoire la fonction de lhomme aujourdhui et de père demain pour ses enfants, cette incantation à un père daccueil nécessite dêtre mesurée.
Si dans ces pratiques de maternage institutionnalisées, une fonction paternelle est souhaitable, elle ne peut émerger que de la dynamique familiale à luvre et de la capacité des professionnels à la soutenir dans les mouvements de fusion ou de rejet que font vivre, à lassistante maternelle et/ou à lensemble de sa famille, les enfants séparés.
Ainsi, avant denvisager une fonction paternelle, nest-il pas nécessaire de vérifier la réalité dun père daccueil, figure parmi dautres dune structure familiale, laquelle agit comme opérateur symbolique. Celui-ci constitue pour Daniel Schurmans (1) « un instrument capable de modifier le sens des signifiants ». Il en illustre le fonctionnement : « La fusion mère-enfant est brisée lorsque le père se constitue en tiers, ceci dans la mesure où la mère le rend tel en le désignant comme lobjet de son désir. Lenfant y gagne une solide frustration, mais aussi laccès à lordre symbolique, au langage, à la non-psychose, à lidentification de soi Est à luvre une opération symbolique puisque lordre signifiant en est modifié. Dans ce cas, il est en réalité instauré, pour lenfant tout au moins. Cette opération est luvre de la structure familiale en tant que telle. Ce nest ni le père, ni la mère, ni lenfant qui en sont lauteur mais la position réciproque quils occupent les uns par rapport aux autres. » (2)
En quoi cette position réciproque est-elle influencée par la structure, le vécu familial de laccueil ou la dynamique familiale ? Aujourdhui, seule est reconnue une assistante maternelle qui exerce une profession, qui est responsable de laccueil et participe à un travail éducatif ou soignant avec une équipe daccueil familial. Modifier ce cadre à partir de la reconnaissance professionnelle du « père daccueil » ou de la « famille daccueil » ne permettrait pas pour autant dériger la fonction du père dans laccueil. En effet, en analysant ce quil en est du vécu des familles daccueil et de la fonction du père, il semble prudent de sinterroger sur lorganisation des dispositifs et sur les fonctions que chacun doit exercer.
Si père il y a en accueil familial, cest en tant que mari dune femme. Ceci nentame en rien les fonctions paternelles quil exerce dans sa famille, mais quil peut assurer sur dautres registres à légard des enfants accueillis. Il peut prendre une réelle place dans lélevage dun enfant, assurant alors les fonctions symboliques dautorité, et, détayage de la mère qui le constituent en père, et en père daccueil. Cependant, de cette dernière place, il peut se démettre en prétextant que lactivité daccueil nest pas la sienne, démission dautant plus aisée que son assistante maternelle dépouse ne lui aura laissé aucun rôle.
Dans un autre cas de figure, il peut vivre laccueil au même rythme que sa compagne et être impliqué de la même manière sans assurer une fonction différenciée. Cest ici lensemble de la famille qui assure une fonction daccueil, sans que, fondamentalement, des rôles soient distingués tant chacun est mobilisé pour être « aux petits soins » dun accueilli. Un « pair » daccueil, donc !
Mais il peut aussi être remis en question en tant quhomme et en tant que père. En effet, il nest pas le géniteur des enfants accueillis, et sa femme soccupe denfants dautres pères, y trouvant matière à épanouir ses penchants maternant, attitude de laquelle il est exclu et au sujet de laquelle il peut éprouver quelque ressentiment ou jalousie. Rivalité inconsciente que vivent parfois des pères réels et qui les amène à régresser parfois dans une position de jalousie envers lintimité de la mère et du bébé. De plus, dans une économie familiale fondée sur limage traditionnelle de la famille où lhomme est lunique pourvoyeur des moyens financiers, il perd ses prérogatives et ses repères symboliques de père organisateur de la vie familiale. Perte insupportable lorsque ses revenus sont inférieurs à ceux de son épouse.
Enfin, il devient le « père-turbateur » qui hélas, peut parfois passer à lacte (violence, sexualité ) sur un enfant accueilli. Il nest alors évidemment plus un père dipien, et, la structure familiale, comme aussi le transfert des enfants accueillis sur lui peuvent susciter ce dévoiement gravissime du placement.
La notion de père daccueil est souvent une terminologie abusive. Il y a des pères, des hommes, des amants, des maris, des concubins qui exercent des fonctions paternelles mais qui, du fait du dispositif et des organisations familiales, peuvent être plus ou moins évanescents ou ne pas supporter la recomposition familiale provoquée par laccueil. Pourtant, il est incontestable quil y a là une fonction symbolique à faire émerger ou à prendre en compte au niveau des interventions, tant la dynamique de laccueil familial dépend aussi dune structure extérieure instituant des places et des fonctions.
Jean-Claude Cébula, psychologue clinicien, directeurde lInstitut de Formation de Recherche et dévaluation desPratiques médico-sociales, BP 368 75626 Paris Cedex 13.
(1) Schurmans Daniel, « Famille, Idéologies », in LAccueil Familial en revue, n°3, juin 1998 -Ed IPI.
(2) Cette partie du texte reprend des éléments du « Guide de lAccueil Familial », ouvrage collectif sous la dir de J.C. Cébula à paraître chez Dunod en janvier 2000.
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