Numéro 508, 18 novembre 1999

Elisabeth Dugué pense que les IRTS et les universités doivent choisir la complémentarité

Si l’on pense que les professionnels sont indispensables, il convient de trouver une coordination dans les formations supérieures afin que l’action sociale retrouve une homogénéité de qualifications. Faute de quoi on pourra vraiment se demander : « A quoi sert le travail social ? » (1)


Peut-on constater des manques en matière de formations supérieures du travail social ?

Oui. Il existe une rivalité et une relation conflictuelle menée autour de la complémentarité et la concurrence, entre les centres de formation au travail social (IRTS et centres de formations…) et l’université qui s’est lancée sur un « marché » et propose des formations (maîtrises, DESS) qui peuvent menacer les formations supérieures telles que le CAFDES ou le DSTS organisées par l’appareil de formation au travail social. En fait, le dispositif de formation destiné aux travailleurs sociaux n’est pas définitivement construit. Il manque, donc, en particulier un diplôme de niveau I qui viendrait terminer la pyramide des diplômes professionnels.

À qui sera destiné ce diplôme de niveau I ? Aux étudiants issus de l’université ou aux professionnels sortant des IRTS ?

Tout le problème consiste à articuler les formations dispensées par les centres de formation au travail social, et celles enseignées à l’université. Le contexte repose aussi sur l’irruption des tout nouveaux emplois aux marges du travail social classique, tels que ceux liés aux politiques conjoncturelles (Politique de la Ville, de l’insertion…) et qu’on nomme les « nouveaux métiers » ; d’autant, qu’au niveau de l’encadrement, ces nouvelles politiques peuvent s’appuyer sur des jeunes diplômés de la « fac », dépourvus de formations professionnelles, sans expérience du travail social, et n’ayant jamais travaillé au contact avec les populations. Il risque alors d’y avoir une césure entre ces postes de cadres dans ces « nouveaux métiers » et le monde du travail social. En conséquence, il est nécessaire de relier ces deux « planètes » avec des formations supérieures reliant les deux appareils de formations.

Cela veut-il dire que les IRTS vont devoir transformer leurs enseignements pour se mettre à niveau avec les universités ?

Le décalage se situe surtout au niveau de la recherche, car il est nécessaire que la communication puisse être mieux ciblée entre recherches universitaires et professionnelles menées par les IRTS et l’université. Il y a un effort à faire du côté des centres de formation pour valoriser, coordonner, et organiser des opérations de recherches qui leur autorise une reconnaissance universitaire. Car toute la difficulté de cette articulation repose sur le fait que l’université fonde sa légitimité sur la recherche, et pour que les centres de formation au travail social puissent « traiter d’égal à égal », il faut aussi qu’ils soient reconnus comme « fournisseurs de recherches de qualité ».

Quand ces nouvelles formations supérieures du travail social vont-elles être à l’œuvre ? À terme, le travail social sera-t-il amené à se positionner différemment dans le champ social ?

Le rapport que j’ai fait est à la DASS, et c’est aux décideurs de « trancher », mais je crois savoir que ce rapport a été apprécié dans la mesure où il clarifie les positions et les oppositions des différents partenaires. Ce qui me semble important est que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on a assisté à un mouvement de structuration du champ professionnel du travail social, et avec la mise en place de la Politique de la Ville, de l’insertion, du RMI etc. tout un ensemble de fonctions et de métiers, s’est développé aux frontières du travail social, sans être pilotés de façon uniforme. L’enjeu est donc de trouver une coordination à ces ensembles de manière à ce que l’action sociale, retrouve une homogénéité de qualifications. Sinon ce sera un « monde social » qui ira en implosant, puisque d’aucuns revendiquent déjà : « Que le travail social doit irriguer l’ensemble des fonctions françaises ». En fait toute la question est : « Y-a-t-il des professionnels du social, ou bien tout le monde doit-il faire du social ? ».

Propos recueillis par Guy Benloulou

(1) Titre de la revue Esprit, Seuil, Mars-avril 1998

Élisabeth Dugué est ingénieur au CNAM (Sociologie du travail) ; elle est l’auteur de : « Fonctions d’encadrement et formations supérieures dans le secteur social », rapport établi pour la Direction de l’action sociale.


Revenir à l'index, à la page de garde.