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En quoi la nécessité de laccueil temporaire des personnes handicapées se fait-elle de plus en plus urgente et quels sont les freins à son développement ?
Jean-Jacques Olivin : Depuis la promulgation de la loi de 75, notre société a subi de profondes mutations. Outre les effets des progrès scientifiques, médicaux, technologiques, sur la qualité et la durée de vie pour les personnes handicapées, la structure familiale sest également transformé en profondeur : souvent les deux parents travaillent et dans les familles où il y a des enfants ou des adultes handicapés, comme dans les autres, le nombre de foyers éclatés est en nette progression, si bien que les solidarités naturelles ne peuvent être aussi efficientes que par le passé. Pendant ce temps le dispositif institutionnel (IME, MAS etc.) sest développé en conservant peu ou prou ses rigidités et limites originelles et, en dépit de ses grandes qualités sur de nombreux points tels que les soins et léducation apportés aux personnes handicapées, il est en inadéquation avec les besoins en évolution permanente quil est sensé satisfaire. En particulier, le manque de formules daccueil souples et réactives, qui permettent aux personnes handicapées et à leurs familles de sadapter aux aléas de la vie moderne, a pour effet de les marginaliser encore plus et en cela le système existant fait gravement défaut à sa mission principale dintégration.
Le système dorientation en place (CDES et COTOREP) quant à lui, est affligé dune inertie rédhibitoire et ne peut généralement proposer que du prêt-à-porter là où il faut du sur mesure. Par ailleurs les parents souhaitent de plus en plus rester maîtres de la situation et souffrent beaucoup du manque de choix et de liberté face à ces commissions. Il nest pas un acteur du dispositif qui ne ressente aujourdhui ces manques et les nécessités pour des formules daccueil souples et pour une plus grande liberté dévolution entre les différents pôles daccueil possibles de la personne handicapée, mais les barrages juridiques et culturels sont des obstacles quasi insurmontables pour le moment. La réforme en cours de la loi sur les institutions sociales et médico-sociales est loccasion dy remédier. Il ne faut pas la laisser passer.
Quelles sont les initiatives GRATH et ses propositions en matière de développement de laccueil temporaire ?
À partir des résultats obtenus dune quinzaine dexpériences, en matière daccueil temporaire, menées au sein de structures très diverses à travers la France, nous nous sommes aperçus quil y a devant nous un grand chantier pour les années à venir. Par rapport à lévolution des besoins et à la nécessité dadapter les réponses mais aussi par rapport aux évolutions économiques ou encore au redéploiement du secteur sanitaire, cest en effet un véritable « tournant » que le dispositif est en train de prendre. Nous nous sommes donc fixés pour objectifs de constituer un espace déchanges sur laccueil temporaire, de contribuer par des propositions concrètes et réalistes à lélaboration dun cadre juridique adapté, de promouvoir les réalisations et de soutenir les porteurs de projets.
Nous pensons également quil pourrait être utile dimaginer un outil national dont la fonction principale serait de pouvoir rapprocher de façon réactive une offre dispersée et diversifiée et une demande fluide et volatile par nature. En effet, rien ne traite efficacement ce problème aujourdhui et, pour les familles comme pour les travailleurs sociaux, la recherche dune solution occasionnelle dans notre secteur émietté ressemble à un jeu de piste mal fléché.
Dans cette perspective, avec le concours financier de la Fondation de France et en lien avec le Comité dentente des associations de personnes handicapées, nous avons lancé, début 99, une enquête nationale visant à relever les places daccueil temporaire existantes ou en projet et à clarifier le concept daccueil temporaire au travers dune analyse des pratiques. En ce qui concerne nos propositions par rapport à la réforme de la loi de 75 nous observons que si le projet actuel prévoit bien de renforcer la position de lusager en lui donnant, en particulier, le libre choix entre le milieu spécialisé et le milieu ordinaire, il ne comprend pas de disposition visant à réduire les importantes difficultés que nous connaissons pour passer dun monde à lautre.
Or, nous considérons quentre un système « tout en institution » qui montre aujourdhui ses limites et un système « tout à domicile » - comme il sen développe dans certains pays dEurope du Nord et qui nous paraît bien plus dangereux - il existe une voie médiane à privilégier, fondée sur la facilitation des allers et retours entre des institutions au fonctionnement moins rigide, un milieu ordinaire toujours plus ouvert, et des familles ainsi confortées dans leur rôle, dans leurs droits et dans leurs devoirs. En conséquence de quoi nous souhaitons que soit inscrit dans la loi nouvelle le principe dun assouplissement important des conditions daccès et des modalités de prise en charge des personnes handicapées dans les établissements spécialisés.
Est-il nécessaire de créer de nouvelles structures spécialisées ?
Entre les établissements spécialisés et le soutien direct au domicile il y a lieu de créer des structures spécifiques qui soient capables daccueillir à nimporte quel moment de lannée et dans les plus brefs délais les personnes handicapées et en priorité celles qui, pour leur entourage familial ou professionnel, demandent le plus dattention, de soins, dénergie.
À partir de ces structures, dont la capacité et limplantation au plus près des usagers devraient être prévues dans les schémas départementaux ou régionaux, les familles et les travailleurs sociaux pourront vraiment construire des parcours individualisés. Ils pourront faire face à des indisponibilités ou des incapacités subites, ils pourront programmer des alternances, accorder des répits, organiser des transitions, etc. Toutes les périodes de la vie méritent notre attention mais nous devons avoir une pensée particulière pour ces personnes handicapées vieillissantes qui sont restées pour lessentiel près de leurs parents et quil faut préparer à la vie en collectivité. Cette tranche de population nexistait quasiment pas en 1975.
Ce type daccueil ne comporte-t-il pas des difficultés ?
Ceux qui pratiquent déjà laccueil temporaire vous diront queffectivement ce nest pas une mission facile. Animer la vie dun groupe dans lequel se succèdent sans cesse arrivées et départs de personnes lourdement handicapées et en situation parfois difficile nécessite du personnel qualifié, disponible, motivé et en nombre suffisant.
Autre difficulté importante et pas la moindre, lirrégularité de lactivité. Terminé le confort de la « liste dattente » pour le gestionnaire et jai entendu sexprimer bien des inquiétudes à ce sujet. Mais en organisant le rapprochement de loffre et de la demande et en travaillant en réseaux et filières avec des institutions pour lesquelles on se place en situation détablissement ressources, il y a matière à remédier à cela. Il faudra aussi être très vigilant pour ne pas voir aboutir dans les structures daccueil temporaire tous les « incasables » ou réputés tels par certains établissements spécialisés qui ont parfois tendance à rejouer avec les personnes au comportement difficile ce que lon reproche à des écoles ordinaires pour nos enfants handicapés des classes intégrées. Ce nest pas plus acceptable dans un cas que dans lautre.
Quelle sorte de travailleurs sociaux nécessite ce type daccueil ?
Il est nécessaire dinventer la mobilité professionnelle qui fait cruellement défaut. Dans certains établissements pour adultes le personnel et les résidents vieillissent ensemble ; dans dautres les motivations et la disponibilité sémoussent rapidement du fait des grandes difficultés de la population accueillie.
Le cloisonnement des associations et la diversité des statuts sont les principaux obstacles à cette mobilité. Outre une plus grande collaboration entre les différentes associations, il me semblerait donc utile davoir une convention collective unique ou des dispositions inter - conventionnelles favorables à la mobilité des personnels.
Justement, comment percevez-vous les grandes évolutions en cours dans ce secteur ?
Je crois que tout le monde ou presque partage les analyses que je viens de vous donner mais pour entrer dans le concret cela risque dêtre plus difficile. Il peut y avoir en effet la remise en cause de positions acquises et chacun des acteurs concernés aura sûrement un ou plusieurs pas à faire vers les autres. La loi dorientation sur la réduction du temps de travail, les conflits de compétence entre financeurs, les difficultés actuelles de lassurance maladie sont autant de faits qui viennent compliquer la situation.
Le risque est grand de voir tel ou tel sarc-bouter sur sa position et les réformes nécessaires toujours reculées ou inopérantes faute de décrets dapplication. Mais en ce qui concerne laccueil temporaire des personnes handicapées nous sommes convaincus au GRATH quil y a une réelle possibilité de convergence dintérêts entre la résolution des problèmes des uns et la satisfaction des aspirations des autres. Nous nous attachons à en faire la démonstration et je crois que cette partie importante de notre message commence à être entendue.
Propos recueillis par Guy Benloulou
[1] Groupe de réflexion et réseau pour laccueil temporaire des personnes handicapées Tel : 02 97 65 12 34
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