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Cette journée nationale des associations du réseau AMFD (Aide aux Mères et aux Familles à Domicile), nous est apparue comme indispensable à réaliser pour affirmer lintervention sociale à domicile et la professionnalisation.
La ministre de lEmploi et de la solidarité, madame Aubry, nous a accordé son haut patronage. Nous avons noté avec grand intérêt que, dans son message aux participants, elle a affirmé : « Le secteur de laide aux personnes à domicile a connu une progression considérable de ses effectifs depuis une décennie. Cest une bonne chose, nous devons nous en féliciter. Pour autant, la logique de création demplois ne doit pas prévaloir sur une logique sociale privilégiant les besoins des personnes».
Cest précisément cette affirmation de laide à domicile inscrite dans une logique dintervention sociale, dont le colloque veut témoigner. Les profondes mutations du secteur de laide aux personnes à domicile contribuent à redistribuer les cartes de cette intervention.
Affirmer la professionnalisation dans le secteur de laide à domicile nécessite de préciser la qualification des intervenants, tout autant que daborder la professionnalisation des interventions pour renforcer la qualité des prises en charge.
Dans le secteur famille, les travailleuses familiales sont qualifiées depuis fort longtemps, puisque la création du diplôme date de 1949. Leurs interventions, majoritairement prises en charge par les CAF et les services daction sociale des conseils généraux doivent obligatoirement être effectuées par des professionnelles diplômées. Elles ne peuvent être réalisées, jusquà ce jour, par des « faisant fonction » comme cela peut exister dans dautres secteurs de laction sociale.
Les aides à domicile aux familles, dénommées aussi aides ménagères aux familles ou auxiliaires familiales, réalisent des interventions de moindre complexité, depuis une quinzaine dannée environ. Elles nont pas dobligation de diplôme professionnel, la variété de leurs noms en témoigne. Pour autant, dans le réseau AMFD un important effort de formation a été fait et un grand nombre sont titulaires du CAFAD (Certificat daptitude aux fonctions daide à domicile).
Dans le secteur de laide aux personnes agées, le problème de la qualification des intervenants se posent autrement. Aujourdhui encore, malgré lallongement de la vie qui a pour conséquence, entre autres, la prise en charge à domicile de personnes âgées lourdement handicapées, malades ou dépendantes, la CNAV (Caisse nationale de lassurance vieillesse) nintègre quenviron 10 % de titulaires du CAFAD dans le prix horaire national quelle détermine. Autrement dit elle saccommode de 90 % de personnels non formés pour intervenir auprès de personnes âgées. Or toutes les personnes dépendantes doivent être aidés par un professionnel adapté et formé pour apporter une réponse de qualité à des situations qui peuvent évoluer très vite.
Par ailleurs aujourdhui, dautres métiers à moins quil ne sagisse simplement de nouvelles appellations pour désigner des emplois émergent dans lintervention à domicile : auxiliaire de gériatrie, assistante parentale, employé familial polyvalent et autres
Jusquà maintenant, ce certificat de travail social ne pouvait se préparer quen cours demploi dans des centres agréés. Les personnes en formation de travailleuses familiales devaient être salariées dune association daide à domicile, suivre une formation denviron 8 mois en centre de formation, et, ensuite, exercer leur activité pendant une année dite probatoire pour être diplômées.
Aujourdhui, la réforme proposée est une évolution et aussi un peu une révolution. Révolution, car le nom même de la profession change. Ce nest quand même pas rien de changer de nom après 50 ans dexistence ! La travailleuse familiale devient le technicien de lintervention sociale et familiale (TISF). Evolution, car la nouvelle définition professionnelle du technicien de lintervention sociale et familiale a été construite en intégrant les évolutions récentes du métier de travailleuse familiale.
Cette définition (décret n°99-779 du 9 septembre 1999) dit : « Le diplôme dEtat de technicien de lintervention sociale et familiale atteste des compétences acquises pour effectuer une intervention sociale préventive et réparatrice à travers des activités daide à la vie quotidienne et à léducation des enfants. Les titulaires du diplôme dEtat de technicien de lintervention sociale et familiale interviennent auprès de familles, de personnes en difficulté de vie ou en difficulté sociale, de personnes âgées ou de personnes handicapées, soit à domicile, soit en établissement ou service sinscrivant dans les politiques daction sociale ».
La révolution, cest aussi désormais la préparation de ce diplôme par une formation en voie directe, comme tous les autres diplômes du secteur social. La durée des études est de 2 ans avec une alternance de formation en centre agréé et en stage de découverte et stage professionnel. Ce diplôme est de niveau IV et la construction de son programme est réalisée de telle sorte que la validation des acquis professionnels puisse y être appliquée. Les unités de formation sur la connaissance spécifique des publics aidés et sur la méthodologie dintervention ont été fortement renforcées en durée par rapport aux dernières adaptations du programme de formation.
Martine Aubry a également affirmé dans son message : « . Il sagit dailleurs, dans mon esprit, dune première étape dans la construction dune véritable filière de formation de laide à domicile quavec Dominique Gillot, nous souhaitons conduire avec lensemble des acteurs concernés ». Lintervention de Mme Tuchman, chef de bureau des formations sociales à la DAS nous la confirmé.
Le métier de TISF de niveau IV doit servir de référence à la construction de la filière. Le métier du niveau V devrait être logiquement celui de laide à domicile (le CAFAD) réformé notamment selon les propositions qui seront contenues dans le rapport de Mme Guinchard-Kunstler. Selon la DAS le métier de niveau III est à inventer, mais lon entend souvent parler du métier dencadrement lorsque lon parle du niveau III. Y aura-t-il une métier dintervention de ce niveau ? La logique prioritaire de cette filière est bien celle de lintervention sociale à domicile avec sa méthodologie propre.
Nous avons des raisons dêtre satisfaits mais trois sujets dinquiétude préoccupent les associations du réseau AMFD. Le première est liée à laffirmation de la filière dintervention sociale à domicile. Nous nous réjouissons de la réforme de la formation initiale des travailleuses familiales et de lévolution de leur dénomination, mais nous sommes inquiets quant à la réforme du CAFAD. Aucun calendrier nest indiqué, aucune démarche de travail nest annoncée. Nous craignions que la remise du rapport de Mme Guinchard-Kunstler, qui devrait déterminer le début des travaux sur cette réforme, ne soit pas suffisant pour servir de déclencheur. Or, sans réforme du CAFAD, il sera difficile, voire impossible de construire réellement une filière dintervention sociale à domicile cohérente et structurée, tant pour les parcours de formation que pour le développement de lemploi.
Notre deuxième sujet dinquiétude est celui du financement des interventions à domicile. Le métier de TISF dès maintenant, et demain celui des aides ménagères exigent que soient reconnues dans des grilles de salaire ajustées, les compétences acquises et validées. Or localement, aujourdhui, les principaux organismes de financement de laide à domicile cherchent plutôt à restreindre leur dépense dans ce domaine daction sociale. Par ailleurs, dans cette rubrique du financement, les associations daide à domicile sont soumises à des modalités de financement obsolètes qui font peser des contingences de prix horaire, de volume, de participation familiale, de budget cloisonné à un seul type dintervention. Entre autres, ces éléments nuisent profondément au rôle dacteur social des associations. Malgré nos demandes réitérées aucun groupe de travail ne commence à réfléchir à cette question.
Enfin, notre troisième préoccupation majeure est celle de la reconnaissance de lactivité à domicile dans le secteur sanitaire et social. Comme les intervenants du colloque lont démontré, par notre action, par nos méthodologies, par nos logiques dintervention, par nos conventionnements avec des organismes sociaux, nous nous inscrivons totalement dans le champ du sanitaire et social. Or, dans la poursuite des travaux de réforme de la loi du 30 juin 1975, nous pouvons craindre la non-reconnaissance des activités de laide à domicile dans ce champ (cf linstruction du 31 août 99 sur la réduction du temps de travail dans les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux à but non lucratif relevant de lagrément prévu par larticle 16 de la loi du 30 juin 1975).
Ce colloque nous permet de réaffirmer combien les interventions sociales auprès des personnes à leur domicile appartiennent bien au champ sanitaire et social, même si de nouvelles références doivent se constituer du fait du caractère mixte de nos interventions à domicile, lactivité dintervention sociale, lactivité de service aux personnes.
Propos recueillis par Guy Benloulou
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