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Les métiers de laide à domicile se professionnalisentÀ lapproche de la refonte de la loi du 30 juin 1975 sur les institutions sociales et médico-sociales, soutenir la personne en grande difficulté, chez elle, devient de plus en plus laffaire dauthentiques professionnels. Un nouveau diplôme vient dêtre créé et une députée, Paulette Guinchard-Kunstler, a rendu au Premier ministre un rapport pour une prise en charge « plus juste et solidaire » des personnes âgées en perte dautonomie. Explications |
Attention, chiffres : en 1900, les personnes âgées représentaient 13 % de la population française, alors quen 1995, cest 20 % de la population qui avait dépassé le seuil des 60 ans, 7 % celui des 75 ans et 1,8 % celui des 85 ans. Avec une perspective daccroissement de la population fondée sur un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme, les plus de soixante ans représenteront 22,8 % de la population en 2010, les plus de 75 ans 8,9 % et les plus de 85 ans 2,5 %. En 2050, cest 33,7 % de la population qui aura soixante ans et plus, tandis que 15,2 % auront 75 ans et plus, et 6,9 % atteindront 85 ans et plus.
Trois problématiques sont posées par cette nouvelle situation : celle du financement des retraites, celle de la prise en charge des personnes âgées en perte dautonomie et celle de la place des personnes âgées dans la société.
À lorigine de ces observations : Paulette Guinchard-Kunstler, députée du Doubs, chargée par le Premier ministre de la mission danalyse et de proposition sur la professionnalisation des intervenants auprès des personnes en perte dautonomie, et qui rendait son rapport au gouvernement le 30 septembre : intitulé Vieillir en France Pour une prise en charge plus juste et solidaire des personnes âgées en perte dautonomie, il émet 43 propositions (1). Celles-ci proposent dorganiser une nouvelle prise en charge renforcer la lutte contre la maltraitance des personnes âgées, améliorer loutil dévaluation de la dépendance, utiliser les contrats de plan et les contrats de ville pour « favoriser la création de réseaux et de coordinations gérontologiques », créer de véritables services polyvalents de maintien à domicile, etc. , mais aussi de renforcer laide aux familles (accueils de jour, instauration dun congé-dépendance ), dadapter le logement aux enjeux du grand âge, dorganiser lhébergement en petites unités de vie ou en famille daccueil. Le rapport préconise en outre daméliorer les réponses hospitalières et de professionnaliser la prise en charge : il propose par exemple de « réorganiser les formations de niveau V préparant aux métiers daide à la personne, de manière à former des intervenants aux compétences élargies couvrant le champ des besoins : soins corporels, actes de la vie quotidienne, vie sociale et relationnelle », et de renforcer le niveau de qualification des directeurs détablissements sociaux et médico-sociaux. Enfin, dans une partie intitulée Mettre en uvre une prise en charge financière simplifiée, accrue et plus juste, le rapport demande daméliorer durgence les conditions dapplication de la prestation spécifique dépendance, avant linstauration, à terme, dune prestation unique dépendance afin de « faire évoluer les dispositifs financiers pour répondre à létendue des besoins, individualiser laide dans le respect de la personne et de son libre choix, déterminer laide financière en fonction des revenus et du niveau de dépendance ». La députée propose dinstaller de manière transitoire une prestation légale et globale de soutien à domicile, et de remédier aux inégalités de traitement dans lattribution dheures daide ménagère, liées aux différences de régime de retraite.
Laide apportée aux personnes âgées nest que partie de laide à domicile, mais limportance économique et sociale de ce secteur ne fait pas de doute : on estime à 100 000 le nombre de salariés intervenant annuellement auprès de 800 000 personnes, en un volume avoisinant les cent millions dheures dintervention.
« Le diplôme dÉtat de technicien de lintervention sociale et familiale se substitue au certificat de travailleuse familiale. Les titulaires du certificat de travailleuse familiale sont, de droit, titulaires du diplôme dÉtat de technicien de lintervention sociale et familiale », stipule larticle 5 du décret n°99-779, en date du 9 septembre dernier, publié le surlendemain au Journal officiel. Ainsi la travailleuse familiale (TF) devient technicien (ne) de lintervention sociale et familiale (TISF).
En tant que travailleur social, le TISF contribue à « maintenir un équilibre de vie quotidienne lorsque le groupe familial rencontre des difficultés ponctuelles ( ), soutenir la personne en situation de grande difficulté ( ) ». La méthodologie de référence du TISF est celle de lintervention sociale daide à la personne et de lintervention sociale de groupe, dans le cadre dune approche globale des personnes et de leur situation. Son approche pédagogique se décline en trois démarches : faire à la place de quelquun qui ne peut pas, faire avec les personnes, ou encore faire faire.
De niveau IV, le diplôme est préparé en voie directe, dans les centres de formation agréés par les DRASS (IRTS, IFTS, ITS, etc.). Le cycle détude est denviron deux ans, organisé sur 950 heures de formation théorique comprenant cinq unités de formation gestion de la vie quotidienne, connaissance spécifique des publics aidés, environnement social des personnes aidées et action sociale, méthodologie de lintervention sociale, culture générale et huit mois de stages accompagnés par un tuteur : cinq mois en situation professionnelle, trois mois de stage de découverte des institutions sociales et médico-sociales. En effet, les employeurs potentiels de TISF sont multiples : associations daide à domicile, CAF, lieux daccueil de personnes âgées, denfants ou dadultes en difficulté, services dAEMO ou de tutelle, conseils généraux, foyers dhébergement, etc. Les premières sessions de formation de TISF sorganisant sur le 4e trimestre 1999, les premières promotions termineront donc leur cycle détude en juin 2000. Cest la convention collective du 2 mars 1970 qui organise la profession de TISF, comme auparavant celle de travailleuse familiale.
« Vous êtes des travailleuses et travailleurs de la famille », a salué Pierre-Louis Rémy, délégué interministériel à la Famille, ouvrant le 30 septembre dernier une journée nationale, à Orléans, intitulée Les métiers de laide à domicile Intervention sociale et professionnalisation, organisée par la Fédération nationale des associations pour laide aux mères et aux familles à domicile (AMFD) (2). Les fondements de la politique gouvernementale en matière de famille, nous a-t-il assurés, sarticulent en effet sur la reconnaissance et laide à la fonction parentale, et sur larticulation entre vie familiale et vie professionnelle, orientations que doit confirmer la prochaine Conférence de la famille, au printemps prochain.
Attention, prévient Jean-Noël Chopart, chargé de recherche à la MIRE (3) : aujourdhui, les logiques institutionnelles lemportent sur les logiques professionnelles ; pointant un risque de précarisation et de déqualification des professions « de niveau IV, V, voire VI » en regard de celles du niveau III, le sociologue souligne la réorganisation des services, une différence essentielle se faisant entre les personnes qui sont au contact, sur le terrain, et les autres, uvrant plutôt en bureau et en réunions multiples (lintervenant se faisant, sans surprise, applaudir sur cette définition de la gestion du sale boulot). Le niveau III éducateurs, assistantes sociales a-t-il été « rapatrié » vers des fonctions de bureau ? Il est nécessaire, préconise-t-il, de lutter pour la qualification professionnelle plutôt que pour la professionnalisation , faisant au passage la promotion dune nouvelle association, Cest la Qualification quil Faut Développer (CQFD) (4).
« Ce qui définit une profession, cest la méthodologie dintervention », objectera un inspecteur des affaires sanitaires et sociales (IASS), qui se pose la question du moment exact où, dans un cursus de formation, émerge le professionnel ; il indiquera par la même occasion que lexamen est en trois épreuves écrite, orale, monographie, portant respectivement sur la connaissance des publics, lenvironnement social, les stages effectués , un système de contrôle continu étant mis en place pendant la formation.
Réagissant également aux propos du sociologue et sen démarquant, Françoise Tuchman, de la Direction de laction sociale souligne limportance de cette professionnalisation, rappelant que larticle 151 de la loi contre les exclusions reconnaît le rôle des travailleurs sociaux, et donne une meilleure assise juridique et financière aux centres de formation sociale. La DAS entend « poursuivre le processus de professionnalisation des professions de lintervention sociale » en réaffirmant un certain nombre didées-force : à partir de référentiels de compétences requises, un référentiel pourrait être élaboré pour chaque profession ; la polyvalence et « un certain degré de généralisme » doivent être préservés, afin déviter des formations « collées aux besoins des employeurs » ; les savoir-faire communs sont à repérer et à organiser dans les professions sociales, et la transversalité à développer ; une meilleure articulation est nécessaire entre formations initiales, continues et supérieures
Le ou la TISF nouveau (nouvelle) présente quelques différences avec lex-travailleuse familiale : celle-ci devient polyvalente, nest plus cantonnée aux seules personnes âgées ou handicapées, mais peut soccuper dorénavant des « personnes en difficulté sociale » (ce que ne prévoit pas le certificat daptitude aux fonctions daide à domicile (CAFAD), créé en 1988). Elle pourra également intervenir en établissement, ce qui nétait pas le cas jusquà aujourdhui.
De plus, le diplôme nouveau représente une possibilité de promotion, voire même un débouché naturel du CAFAD, celui-ci se rangeant au niveau V, le TISF se situant, lui, au niveau IV.
« Quid de la rémunération, quid du financement ? », demande insolemment une travailleuse familiale du Var, dailleurs fort applaudie. Les réponses des représentants de lÉtat se font évasives, il est conseillé aux professionnels concernés de « faire vivre TISF » et daller négocier avec les financiers. Tollé. Accusé de se défausser tout cela rappelle, toutes proportions gardées, une actualité récente , davoir un double discours et de ne pas vouloir payer, la direction de lAction sociale rappellera la stagnation de la formation des travailleuses familiales et le « recul des entrées en formation ».
Le débat est en effet lancé, et depuis déjà quelque temps : lémergence de nouveaux métiers recomposent les champs dactivité. Là, les enjeux de laide à domicile, les modes dintervention obligent les associations à « intégrer de nouvelles compétences qui leur permettront de conjuguer professionnalisation et qualité des interventions », selon lanalyse de lAMFD, qui conclut : « En revendiquant la création dune véritable filière dintervention sociale à domicile et la reconnaissance des formations et des qualifications qui en découlent, la fédération travaille à une meilleure adaptation des réponses aux besoins des personnes aidées et à la valorisation des professionnels dintervention ».
En tout état de cause, au plan de son avenir, la prochaine intégration éventuelle des services aux personnes dans la loi de 75 relative aux institutions sociales et médico-sociales rassurerait le secteur associatif concerné
Joël Plantet
(1) Permanence de Madame Paulette Guinchard-Kunstler : 5, place des myosotis (Place des tilleuls) BP 18999 25022 Besançon cedex 4. Tél. 03 81 47 40 80.
(2) AFMD 80, rue de la Roquette 75011 Paris. Tél. 01 49 23 75 50.
(3) MIRE : Mission de recherche du ministère de la solidarité.
(4) CQFD 5, rue Las Cases 75007 Paris.
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