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Règlement de compte à O.K. CoralAlors finalement, il est-y ou il est-y pas militant le travailleur social ?Le combat fut rude et son issue parut longtemps incertaine, même si en fin de compte lune des deux équipes termina... K.O. debout, face à un adversaire «dominateur et sûr de lui» |
Mercredi soir : le staff organisateur réunit les protagonistes présents. Montée dangoisse. Ni Promofaf, ni Uni-formation nont voulu agréer cette session pour dobscures raisons. Il manque plus dune centaine de congressistes à lappel. Ça ne se verra sans doute pas. Mais coup au moral quand même. Le coach réexplique les particularités de cette rencontre atypique. Scepticisme : tout le monde va se coucher : on verra bien demain !
Jeudi matin : la queue sallonge devant laccueil : cest bon signe. Le buffet est pris dassaut. Sympa, les petites viennoiseries et le café pour celles et ceux qui se sont levés de bonne heure (et même pour les autres !). On a beau être militant (ou pas), on nen est pas moins homme ou femme. Lengagement nexclut pas la convivialité ! Elle est lointaine limage dEpinal du militant ascète et spartiate.
Puis, cest le lever de rideau. André Jonis, arbitre de la rencontre, fournit quelques explications. Mais le public va-t-il comprendre ? Cela semble si compliqué : dix minutes pour chacun des trente orateurs inscrits, après chaque salve de six orateurs, trente minutes réservées à la salle tant pour les questions que pour les déclarations à raison de une à trois minutes par intervenant et par réponse, possibilité dinitier une commission Finalement, la journée part sur les chapeaux de roue sans quon ait besoin de revenir sur les modalités du combat. Tout a été bien compris.
Les orateurs se succèdent, rappelés à lordre de temps à autre par le gardien du temps. On se prend à attendre la fin de chaque intervention pour découvrir le dessin de Jiho qui séclate et mitraille la salle de son humour ravageur. Consigne lui a été donnée de ne pas perturber les orateurs. Des fois, il craque et les égratigne en pleine intervention, au grand plaisir de la salle pliée de rire. Le grand chef grince des dents et fait les gros yeux, sans pouvoir cacher son amusement. Et puis, il y a les Bataclown qui tournent en dérision les propos entendus, faisant des thèses les plus sérieuses, lobjet de la risée générale : bien vu laveugle ! Il ne manquerait plus quen plus, on se prenne au sérieux. Pourtant, cest vrai, que pour un beau combat, ce fut un beau combat.
Le travail social nest pas une cause mais un métier qui sexerce à partir dune qualification, dun contrat de travail, dun savoir-faire et dun savoir-être. Le cadre du travail doit lemporter sur lidéologie. Quelle illusion que de croire quon va changer le monde à partir de sa place de professionnel ! Comment imaginer quon puisse aider lusager à trouver sa place dans lordre social si soi-même, on sy oppose dans son travail ? Nous navons pas à convaincre, mais à écouter, accompagner, aider.
Lattaque est rude. À peine le combat commencé, voilà déjà le militantisme au tapis. Péniblement, il se relève et courageusement, repart au combat.
Sidentifier à la seule fonction de technicien est légitime mais non suffisante, au risque de renier sa place de citoyen. Car, si loutil est neutre, lutilisation de loutil elle, ne lest pas ! On ne peut pas rester neutre et bienveillant face aux horreurs dont nous sommes témoins. Et puis, comment nous parler de neutralité bienveillante sans penser à Vichy qui exigeait elle aussi de ses fonctionnaires technicité et impartialité ?
Un tel argumentaire ne pouvait laisser sans voix. La réplique sera cinglante.
On peut comprendre quon veuille pallier les insuffisances de laction sociale par lengagement militant. Pour autant, cette voie marque linachèvement du processus de professionnalisation du travail social. Quand le travail social finira-t-il de sémanciper du militantisme chrétien et philanthropique des âges premiers ?
À lissue de ces premières escarmouches, on sinquiète pour le militantisme. Cest sans compter sur la fougue de ses partisans. Laffront ne pouvait pas ne pas être relevé.
Les travailleurs sociaux doivent sengager pour la vie. Nos enfants nous demanderont des comptes : quavez-vous fait pour résister à lexclusion et à la montée des inégalités et de la misère ? Quand linacceptable nous percute, on ne peut que réagir. Il y a des luttes illégitimes qui peuvent être illégales : elles nen font pas moins évoluer la société. On nest militant ni par morale, ni par déontologie, mais par éthique. Le travail social nest efficace que sil est subversif : cest la colère et la révolte qui permettent au travailleur social dêtre le levier du changement. Le professionnel est militant de la cause sociale, accoucheur avec dautres dun monde meilleur ! En face, on plie sous les coups, mais on ne sen laisse pas compter. On sapprête à répliquer, mais la cloche retentit : fin du premier round. Chaque adversaire a pu se jauger et évaluer la force de son protagoniste. Trois minutes de récupération et le match reprend de plus belle.
Le premier coup est porté en dessous de la ceinture : Les militants doivent-ils être des travailleurs sociaux ? Larbitre na rien vu. Le combat continue.
Les militants ne mesurent pas la réussite de laction sur les résultats obtenus, mais à laune du postulat de départ. Ce qui compte pour eux, cest la fidélité à la doctrine. Dès lors, tout contrôle externe ne peut être pour eux que dangereux, alors même que tout mandatement par la société implique dêtre contrôlé. KO technique ? Les deux genoux à terre, le champion crache deux dents. Puis se relève. Les travailleurs sociaux nont dautres choix que dêtre militants, de par lincontournable implication citoyenne : ils ne peuvent que sengager librement et personnellement à défendre leurs convictions. Ce qui ne signifie absolument pas quils naient pas à rendre des comptes à leurs mandants. Le contradicteur esquive : pourtant, on ne peut identifier tous les professionnels à des militants ; certains dentre eux se refusent à bouger, à modifier leurs pratiques, à sortir de leur petit train-train. Et pour celles et ceux qui sengagent, le militantisme est souvent un échappatoire à lincompétence, le cache-sexe du mauvais intervenant et autorise la fuite par rapport à des exigences professionnelles. En outre, il sert de faire-valoir personnel. Coup à lestomac, ladversaire plie un genou, cherche son souffle et se précipite en avant. Militer, ce nest pas forcément sencarter dans un parti, un syndicat ou une association. Ce nest pas seulement distribuer un tract, organiser une réunion ou faire circuler un cahier de revendications. Cest agir à partir de ses idées pour faire avancer la réalité. Cest avant tout un état dâme, cest prendre le parti de la vie et de la dignité. La question nest pas de savoir si on sengage ou pas, mais de quel côté on sengage. On est tous militants. Seulement, certains ne le savent pas encore. Laffrontement saccélère. Un crochet par ici : le militantisme est une manifestation du passé qui excluait les gens comme acteurs de leur libération. Un uppercut par là : mais non, le travailleur social est un militant sans cause dans la mesure même où la cause pour laquelle il sengage, nest pas la sienne. Quel match, quel punch ! Aucun des adversaires ne veut sen laisser compter. Cest le militantisme qui a été pourvoyeur des pires totalitarismes (tels le nazisme et le bolchévisme). Seule la relation contractuelle peut apporter une garantie aux usagers de ne pas être confrontés au risque du pire des arbitraires. Le coup de grâce ? Que nenni. Tout le monde est traversé par lidéologie. Seuls les militants sont en capacité de lidentifier. La réponse est hésitante. Mais, très vite, le combattant reprend confiance. Le militantisme est une école de courage : il est plus facile dêtre directeur IRTS que travailleur social militant face à un sans-papier, sociologue qui analyse lair du temps que professionnel face à une gamine qui vient demander à subir une IVG. Tous les choix qui nous lient au travail social sont des choix politiques, des choix citoyens. Un seul engagement possible : auprès des exclus, auprès des plus faibles. Lavantage aurait-il définitivement changé de bord ? Certes, ladversaire est à terre, groggy. Mais, il a encore des ressources. Il bouge, mais reste à terre : si lon accepte le travailleur social militant, cest alors la porte ouverte par exemple au prosélytisme des opposants à lavortement dans les services sociaux. Il continue à en vouloir, mais narrive toujours pas à se relever. Larbitre décompte : je vous demande de conclure, une fois, je vous demande de conclure, deux fois, je vous dem La cloche retentit : fin du second round Sauvé par le gong. Masseurs, entraîneurs entourent leur poulain respectif qui, très vite, après une très courte récupération remonte sur le ring.
Les intervenants officiels ne peuvent parler plus de dix minutes. Cela permet aux auditeurs de se succéder à la tribune. Pour que tout le monde passe, il faut limiter le temps de parole de chacun. Un intervenant dépasse le temps imparti et se fait rappeler à lordre. Il y a une demi-douzaine de demandes en attente. Il sen va vexé. La salle siffle. Il reviendra, quelque temps après, finir sa déclaration : il en appelle à refuser de dénoncer les familles de sans-papiers, les parents denfants délinquants, la mise en fiche des populations par linformatique. Une assistante sociale intervient : elle a gardé des chèvres pendant 15 ans avant de revenir dans le métier. Elle lance un appel vibrant à lengagement. Son temps est lui aussi dépassé. Elle refuse de quitter la tribune et met au défi « les bureaucrates » qui drivent le colloque de lui retirer le micro. Satisfaction lui est donnée : le son lui est coupé. Quà cela ne tienne, elle continue à haranguer la salle. On lui propose danimer une commission, ce quelle fera. Une autre A.S. vient expliquer comment dans son quotidien, elle est amenée à contourner les droits jusquà lincontournable pour apporter une réponse aux usagers.
Il est difficile de proposer une rencontre sur le thème du militantisme sans le mettre en scène. Ce sont les militants de SUD et de la CGT qui sillustrent le mieux. Face à lintervention du représentant de la CFDT, les voilà qui se mettent à remuer, à protester puis à siffler. Rendez-vous compte : un affidé de lexécrée Notat qui ose sexprimer : « On ne va quand même pas laisser passer ça. » Puis vient une intervenante politique pas vraiment connue pour ses engagements progressistes. Elle martèle la nécessité pour le travailleur social dêtre le sel et le poivre du décideur aux côtés duquel il doit être un conseiller intransigeant. Discours qui devrait plaire, mais qui a le malheur dêtre porté par un acteur mal placé sur léchiquier. La salle siffle et crie à la démagogie. La fibre militante a vibré très fort. Le public traditionnellement si sage des colloques-qui-sont-typiques, se lâche. Les sceptiques du militantisme se contentent dapplaudir. Ses partisans bruissent, grondent, font un triomphe aux propos qui les enthousiasment le plus.
Les arbitres se sont retirés. Les délibérations ont été longues. Finalement, le travailleur social a été déclaré vainqueur par 67,30 points contre 11,7 points pour son adversaire qui a dû plier sous le poids, mais qui na pas démérité.
Lien Social en proposant un colloque atypique, a choisi de rompre avec le traditionnel consensus qui caractérise le social. Il est vrai quon ne peut pas prétendre agir dans une logique de médiation sociale et sentre-déchirer tout le temps ! Les points de vue se sont affrontés, les avis ont été parfois acerbes et âpres voire agressifs. Et alors ? Les divergences ont été posées. On retiendra de cette rencontre que la majorité des participants voient leur action dans les marges de la société comme un acte de résistance, de révolte, de contre-pouvoir, dillégalité si besoin est, dans une démarche qui irait au-delà de la loi et dans un rôle déveilleur social qui combat pour légalité, la solidarité et la justice. Voilà qui a lavantage dêtre clair !
Jacques Trémintin
365 électeurs inscrits avaient à se prononcer à bulletin secret par OUI ou NON à la question : « Les travailleurs sociaux doivent-ils être des militants ? »
292 électeurs ont pris part au vote soit un taux de participation de 80 %. 43 électeurs ne se sont pas présentés au bureau de vote. Soit un taux dabstention de 20 %.
Sur les 292 suffrages exprimés, 246 sont allés au OUI, soit 84,2 %. 43 sont allés au NON, soit 14,7 %. 3 bulletins nont pas pu être validés, soit 1,2 %.
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