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Les tribulations de la réduction du temps de travail dans le secteur socialNégociations interrompues, désunions syndicales, blocages et déblocages des signatures, coups de théâtre, inquiétudes du secteur sanitaire et social remontant jusquà lAssemblée nationale : la question épineuse de laménagement et de la réduction du temps de travail (ARTT) agite le secteur depuis déjà quelques mois. Récit des tumultes les épisodes sont parfois feuilletonesques concernant les deux principales conventions qui nous régissent |
Par la loi n°98-461 du 13 juin 1998, la durée légale du travail est donc fixée à trente-cinq heures au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de vingt salariés, et au 1er janvier 2002 pour les autres ; les employeurs et les syndicats sont appelés à négocier les modalités de réduction les plus adaptées aux branches concernées ; une aide est attribuée aux entreprises qui négocient une réduction du temps de travail dau moins 10 %, permettant datteindre trente-cinq heures ou moins, et embauchent ou préservent au moins 6 % des emplois. Voilà pour le cadre (1).
Sous le titre faussement interrogateur : La réduction du temps de travail comme critère damélioration des conditions de vie et de travail ou comme critère de gestion néo-libéral sous fond de financement public, lunion fédérale CGT de laction sociale (2) appelait, dans un tract, à une grève et manifestation, le 22 décembre 1998. Ce jour-là, à 10 heures, la Fédération des syndicats nationaux demployeurs de la convention 66 regroupant le Syndicat national des associations pour la sauvegarde de lenfant à ladulte (Snasea), le Syndicat général des organismes privés sanitaires et sociaux à but non lucratif (Sop) et le Syndicat national des associations de parents et amis des personnes handicapées mentales (Snapei) entendait mettre à la signature des organisations syndicales de salariés la dernière mouture de leurs propositions relatives à la mise en uvre de larticle 3 de la loi du 13 juin 1998, dite loi Aubry, sur les 35 heures.
La CGT y voyait nettement poindre plusieurs menaces : suppression des congés trimestriels dans leur forme actuelle, suspension des augmentations générales de salaire (valeur du point) en 2000 et 2001, neutralisation de la progression dancienneté à léchelon, abrogation de la majoration familiale de salaire pour les enfants à naître et les nouveaux embauchés « et donc création dun double statut », alourdissement des charges de travail dans le secteur des services généraux, annualisation « maximale » du temps de travail, réduction du temps de repos entre deux jours de travail, etc.
Sous la pression des manifestants, les négociations étaient alors interrompues, et la Fédération des employeurs annulait dailleurs, par mesure de représailles contre les « violences » de certaines organisations syndicales, toute autre réunion de la commission paritaire sur les 35 heures.
La semaine précédente, une négociation sur la RTT entre les différents partenaires sociaux relevant de la convention collective 51 avait été perturbée finalement interrompue, elle aussi par une manifestation des syndicats Sud-CRC Santé sociaux (3) et UFAS-CGT. « Au-delà de notre diversité de statuts (CC66, CC 51, SOP, CC71) », renchérissaient alors les militants de Sud-CRC, « cest une même logique de nivellement vers le bas, de précarisation et dintensification des pressions sur les salarié (e) s qui est à luvre ».
Le 29 janvier 99, une journée daction était encore organisée « pour aboutir à des accords équilibrés », et la CFDT Santé-sociaux (4), cette fois-ci, en était partie prenante : le syndicat cédétiste demandait aux chambres patronales de revenir dans les négociations nationales, sur trois points : baisse du temps de préparation et de coordination « nécessaire à la qualité du service rendu aux usagers et au travail déquipe », suppression de la majoration familiale pour les nouvelles naissances, et modification des congés trimestriels « quelle que soit la durée collective du temps de travail ».
Dix jours auparavant, un échange entre le député vert Yves Cochet et la ministre de lEmploi et de la Solidarité, Martine Aubry, avait mis en pleine lumière, à lAssemblée nationale, les questions globales posées par les syndicats précités : le parlementaire évoquant la préparation d« un démantèlement complet des conventions collectives : dérogation aux dispositions du code du travail pour la fixation du repos quotidien, nouveau système de calcul du temps de travail effectif au détriment des salariés, régression sur les heures complémentaires, recherche de la flexibilité maximale, enfin aucune disposition en matière de création demplois », la ministre rétorquant que le précédent gouvernement navait pas intégré, contrairement à celui-ci, le secteur sanitaire et social dans la loi sur les 35 heures, mais rappelant aussi que les négociations, « dans la mesure où il sagit du secteur privé », devaient avoir lieu « de manière décentralisée » et « au niveau des conventions collectives », même si en fin de compte, son ministère ne pourrait agréer des accords qui seraient jugés comme insuffisamment équilibrés.
Une circulaire émise par la direction de lAction sociale (DAS) et par la délégation générale à lEmploi et à la Formation professionnelle (DGEFP) donnait, en début dannée, des précisions sur larticulation entre lagrément des accords RTT, émis par la DAS, et le conventionnement par les directions départementales du travail de lemploi et de la formation professionnelle. Puis, dans une lettre du 9 mars, Martine Aubry annonçait que des cahiers des charges étaient en cours de préparation, devant permettre « une lecture rapide et simplifiée » des accords de RTT.
Le 5 mars de cette année, la Fédération des établissements hospitaliers et dassistance privés à but non lucratif (FEHAP) et le syndicat CFTC signaient le premier accord-cadre relatif à laménagement du temps de travail dans le secteur sanitaire et social pour la convention collective du 31 octobre 1951 (5) : mais la CFDT, la CGT et FO ne le paraphaient pas, par crainte dune baisse des salaires, rendant en principe ipso facto lavenant caduc. Mais ce qui aurait dû être opposition valide ne la finalement pas été coup de théâtre ! , la seule opposition officialisée ayant été celle de FO, les deux autres syndicats non signataires nayant rien fait parvenir pendant le délai légal de quinze jours !
Un autre accord-cadre, dans la convention collective de 1966, était signé le 12 mars 99 par trois syndicats de salariés CFDT, CFTC, CGC et trois syndicats employeurs SNAPEI, SNASEA, SOP , la CGT et FO manifestant leur volonté dy faire opposition (plus symboliquement cette fois, puisque non majoritaire). Une commission mixte paritaire finalisait laccord deux semaines plus tard, et la soumettait à la signature des syndicats. Mi-juin, le cabinet du ministère demandait que certains points soient revus sagissant de laccord de la convention de 51, et parlait dajustement de laccord dans la convention de 66, renvoyant à une date ultérieure « lexpression de son avis ».
En effet, dans les semaines précédentes, lUnion des fédérations et syndicats nationaux demployeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social (Unifed) (6) avait annoncé avec satisfaction quelle avait signée avec les organisations syndicales (de fait, CFDT et CGC), le 1er avril 99, laccord ARTT de la branche professionnelle, sociale et médico-sociale, avant de le déposer pour agrément au ministère : « cet accord », soulignait un communiqué, « qui privilégie la qualité du service et des prestations rendues aux usagers sinscrit dans leffort national en faveur de lemploi »
Mais les syndicats les plus critiques nont pas encore dit leur dernier mot : le 2 avril, une manifestation nationale était organisée à Paris, de la gare Montparnasse au ministère de lEmploi et de la Solidarité : quelques petites centaines de personnes sur lair de Motivés motivés de Zebda, une CGT bien présente, un IMP et quelques associations sous leur bannière, les drapeaux mauves de CRC, une banderole Sud-CRC avec linscription « 32 heures pour tous avec création de vrais emplois », un slogan récurrent « Réduction, oui ! Annualisation, non ! », une chanson : « Refusons la précarité/Cest à lÉtat de financer » Globalement, encore une fois, les manifestants réclament la mise en place de la semaine de 35 heures, « sans perte de salaire, sans augmentation de la flexibilité et avec maintien des acquis », la création de 10 % demplois qualifiés et pérennisés et le déblocage des budgets nécessaires à ces emplois.
Simultanément, certains partenaires annoncent des accords « exemplaires » : ainsi, lAPAJH (7) se félicite, le 1er juin, de la signature dun protocole daccord sur la réduction du temps de travail signé avec quatre des cinq grandes organisations syndicales (CGT, CFDT, CFTC, CGC).
Signataire de cinq accords de branche dans le secteur sanitaire et social privé, mais aussi dans les centres anticancéreux, les hôpitaux privés à but non lucratifs, les maisons de retraite ou à la Croix-Rouge la CFDT Santé-sociaux estime quenviron 400 000 salariés sont concernés et que 30 000 emplois nouveaux peuvent être créés. Mais le ministère de lEmploi et de la Solidarité tarde à donner sa signature à tel point que le syndicat, simpatientant, fait publier, début juin dernier, quelques encarts dans les journaux : « Madame la ministre, voulez-vous vraiment les 35 heures ? ».
En effet, la DAS se trouve débordée par les centaines daccords locaux qui ont été déposés pour agrément ; le ministère reporte les examens des accords, et certains syndicats employeurs commencent à parler de « mépris »
Une note dinformation ministérielle relative à la RTT dans notre secteur est émise, le 25 juin dernier, et répond à quelques questions : en quoi la date du 30 juin est-elle importante (réponse : elle détermine le barème de laccès à laide incitative à taux plein) ? Les associations de plus de cinquante salariés qui nauront rien signé avant le 30 juin ont-elles encore intérêt à négocier après le 30 juin (oui) ? Que se passe-t-il si une association qui a signé un accord avant le 30 juin doit renégocier celui-ci, parce quil ne peut être agréé et/ou conventionné à laide, en létat ? Perd-elle à cette occasion le bénéfice de laide à taux plein (réponse au cas par cas) ? (8)
Le 12 juillet, le ministère de lEmploi et de la Solidarité agrée enfin laccord-cadre concernant la CC 66, accord du 12 mars précédent. On considère quenviron 180 000 salariés sont concernés par les modalités de la RTT.
Mais, concernant laccord RTT dans la CC51, un avis défavorable est de nouveau rendu, le 20 juillet, par la commission dagrément : la Fehap, la CFDT, la CFTC sindignent, tandis que la CGT et FO espèrent de nouvelles négociations. « Coup darrêt pour les 35 heures dans le secteur sanitaire et social », titre même le journal Le Monde du 20 août, qui avance une hypothèse : « À la différence des établissements régis par la convention de 66, financés par les conseils généraux, une augmentation des effectifs dans les hôpitaux privés à but non lucratif risquerait dentraîner un surcoût pour lassurance-maladie » ; le fait est que largument ministériel avancé est la génération dun « surcoût » non compatible « avec les évolutions prévues des dépenses publiques ». En tout cas, dans un arrêté paru au Journal officiel du 18 août, le refus dagrément est confirmé, pour une dizaine daccords sur les 35 heures dans le secteur social ou sanitaire à but non lucratif, représentant deux mille établissements et environ 150 000 salariés. Introduisant un recours gracieux, la Fehap (9) faisait pourtant remarquer, dans un communiqué du 6 septembre dernier, « que les retenues opérées sur les salaires dans laccord FEHAP sont plus élevées que celles fixées dans les accords signés par les grands organismes nationaux du secteur sanitaire, social et médico-social privés à but non-lucratif, accords pourtant agréés par la ministre de lEmploi et de la Solidarité »
Tout cela nest évidemment pas terminé, et des actions sont dores et déjà prévues pour les semaines à venir.
Léo Grenel
(1) À consulter : Durée, réduction et aménagement du temps de travail, éditions des Journaux officiels, 1999, 100 F. Internet : www. journal-officiel. gouv. fr
(2) Fédération CGT de la santé et de laction sociale - Case 538 - 93515 Montreuil cedex. Tél. 01 48 18 20 89.
(3) Syndicat Sud-CRC Santé sociaux - 23, rue de la Mare - 75020 Paris. Information répondeur : 01 40 33 85 00. Permanence le mercredi à partir de 19 h.
(4) CFDT Santé-sociaux - 47/49 avenue Simon Bolivar - 75950 Paris cedex 19.
Tél. 01 40 40 85 00. E-mail : fede-santesociaux@cfdt. fr
(5) Voir TSA n°729 (12 mars 1999).
(6) Unifed - 1 place Henry Dunant - 75008 Paris. Tél. 01 56 89 07 80
(7) APAJH - 26 rue du Chemin Vert - 75541 Paris cedex 11. Tél. 01 48 07 25 88. Site Internet : www. apajh. org
(8) Cf. supplément à TSA Hebdo n°746 (juillet 99).
(9) Fehap - 179 rue de Lourmel - 75015 Paris. Tél. 01 53 98 95 00. Internet : www. fehap. fr
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