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Numéro 501, 30 septembre 1999

L’architecture au service du projet d’établissement

Les locaux dans lesquels nous travaillons sont révélateurs d’une ambiance, d’une histoire, d’un objectif. On les a batis, agencés, investis parce qu’on est comme ça, ou parce qu’on avait telle vision des usagers. On subit donc rarement les volumes et les espaces, le feeling et le cœur aidant assez bien à faire les choses. Mais cela ne doit pas empêcher d’apprendre à penser, construire et utiliser l’habitat. Explications

De nombreux établissements à caractère sanitaire et social sont confrontés à un problème d’aménagement de leurs locaux. À cette occasion, sans doute, mesurent-ils toute l’importance des volumes et des espaces, non seulement comme supports objectifs et fonctionnels de l’organisation, mais aussi comme expression de leur projet éducatif ou thérapeutique, car l’intérêt pour l’environnement, ou plutôt la prise de conscience de sa portée, est pratiquement toujours consécutive à de nouvelles contraintes, à la nécessité d’un changement qui met alors en évidence les limites imposées par l’ordre spatial.

Aménager des locaux, c’est d’abord se doter d’un projet social dont l’espace sera le support contingenté par des données techniques, financières et administratives. Il peut s’agir de simples modifications répondant à des besoins d’isolation ou d’adéquation aux normes, d’installation de machines ou de revêtements, mais aussi de redistributions plus fondamentales, par exemple, consécutives à un changement de population accueillie, à un redéploiement d’activités, voire de construction de nouveaux locaux ex nihilo. Ces diverses transformations plus ou moins radicales représentent l’occasion inespérée de réinterroger les intentions de l’établissement à l’endroit de ses bénéficiaires, ainsi que la qualité de ses prestations de service, bref, de revisiter son projet d’établissement pour s’assurer de la concordance (ou non) des souhaits et des effets obtenus…

Cela sous-entend d’intégrer pleinement la question architecturale dans la méthodologie de projet, y compris et surtout dans ses composantes pédagogique, éducative et thérapeutique. Veut-on soigner, éduquer, accueillir, réconforter, accompagner, réinsérer, aider ? Veut-on susciter de la communication, offrir un cadre chaleureux, faciliter le repérage des personnes, induire des sensations et des impressions, stimuler ou sécuriser ? Mais comment réaliser ces intentions en trois dimensions ? Il est alors vital de se donner les moyens d’étudier son projet architectural dans toutes ses implications.

Cette dernière volonté requiert en premier lieu de ne pas considérer le bâti comme une « chose », un prêt-à-habiter, mais comme la projection dans l’espace d’un mode de penser, d’un style de vie, d’un système de valeurs, d’une culture, bref, d’une « forme sociale » qui ne doit pas être une coquille vide. En effet, une organisation des lieux détermine des flux et déplacements, des lieux de station ou de rencontre, et par-là même encourage ou décourage des noeuds de communication, préserve des intimités, participe dans tous les cas à configurer le jeu social.

En second lieu, il convient de ne pas abandonner le construit aux seuls plans des bâtisseurs ou des financeurs, car la technologie et le domaine financier ne constituent que des contingences et non un projet ! La vision technocratique de l’aménagement spatial tend précisément à subtiliser l’intentionnalité sociale et culturelle du construit pour l’enfermer dans une trame de contingences qui se présente comme incontournable, tandis qu’elle résulte d’un projet politique implicite. Il est clair que la logique qui a présidé les grands boulevards hausmanniens et celle des placettes vénitiennes correspondent à des visions sociales radicalement opposées. La logique de l’économie à tout prix n’est pas plus neutre, c’est là toute la dramaturgie de l’urbanisme de ces dernières décennies et de ses tristes aberrations banlieusardes…

Trop souvent, des bâtis sont érigés suivant des critères essentiellement économiques, techniques ou esthétiques, voire politiques (comme certaines réalisations municipales…), quand ce n’est pas tel président d’association qui veut marquer le projet architectural de son empreinte, sans prendre suffisamment en compte la réalité des us et des mouvements des futurs occupants. L’architecte Alain Chomel l’exprime avec beaucoup de vigueur : « Il faut surtout dire que c’est la dimension psychosociale de la profession d’architecte qui n’est pas perçue, ce qui est fort regrettable si l’on veut bien parler de culture vivante. En fait, les architectes ne sont pas motivés, et donc pas préparés au dialogue social, chose fort compliquée par ailleurs. Il est plus facile de jouer aux artistes et de manier la gestuelle architecturale avec brio que d’entamer un dialogue avec des gens qui n’y sont pas préparés non plus de leur côté, car ils n’ont pas conscience que la vie se traduit dans l’espace et que l’espace peut modifier leur vie ».

Mais les architectes ne sont pas seuls en cause ; l’aménagement interne des construits n’est pas nécessairement davantage pris en compte par les divers intervenants et professionnels des secteurs qui nous intéressent, tels que psychologues, psychiatres, sociologues ou travailleurs sociaux - à leur décharge, leur formation a fait largement l’impasse sur cette question. Il faut dire que la tradition et les idéologies dominantes des sciences humaines en France ont participé à une certaine désertification dans les domaines de l’espace et de l’écologie sociale (si l’on fait exception de quelques chercheurs comme P.H. Chombard de Lauwe, H. Lefebvre, A. Moles ou G.N. Fischer).

L’émergence de l’approche environnementaliste

Si l’attention portée aux formes architecturales est une constante des diverses cultures et sociétés - essentiellement selon des préoccupations d’ordre magicosymbolique, esthétique et politique -, la prise de conscience de leurs réelles incidences et influences sur la vie quotidienne de leurs usagers s’avère beaucoup plus récente. L’approche rigoureuse de ce l’on appelle aujourd’hui « l’interaction hommes/environnement » s’articule en effet autour d’une problématique écologique qui caractérise plus particulièrement la seconde moitié du XXe siècle.

Outre-Atlantique, c’est tout d’abord la question de l’aménagement urbain des années vingt-trente - marqué par le développement ultra-rapide des villes nord-américaines, la constitution de ghettos et l’instauration d’un zoning socioculturel - qui fit naître l’idée, via les travaux de « l’École de Chicago », d’étudier les relations existantes entre les diverses aires urbaines et la distribution d’un certain nombre de comportements pathologiques ou délinquants tels que schizophrénie, démence sénile, psychose alcoolique, prostitution, etc. (Citons quelques auteurs célèbres comme Schaw : « Delinquancy areas » ; Faris et Dunham : « Mental disorders in urban areas »). Dans la Russie soviétique de ces mêmes années, les réflexions critiques de nature idéologique et politique, à l’encontre de « l’architecture bourgeoise », le souhait de créer une société et un homme nouveaux aboutirent à des tendances architecturales radicalement nouvelles interpellant la fonction des bâtiments, par exemple, au travers de « l’École Constructiviste » (Guinzbourg, Lissitzky) qui influença plus tard des visionnaires comme ceux du Bauhaus allemand ou Le Corbusier en France. En Angleterre, c’est la reconstruction d’après-guerre qui amorça un vaste mouvement urbanistique.

Mais c’est notamment à la suite des travaux de Kurt Lewin (« théorie du champ » et « approche dynamique des groupes ») et surtout de l’un de ses disciples, Roger Barker, que devait se développer une « psychologie écologique » capable de conceptualiser l’interaction entre l’homme et son environnement et d’en faire un champ d’étude spécifique. Progressivement structurée par des chercheurs comme Ittelson, Proshansky, Altman, la psychologie environnementale prit son essor en se définissant comme la tentative d’établir des relations théoriques et empiriques entre la personnalité et l’environnement. Cette interaction introduisit une révolution dans la psychologie traditionnelle, comme devait l’expliquer Harold Proshansky : « Les déterminants du comportement et du vécu étaient essentiellement conçus comme enracinés dans la structure durable de la personne qui transcendait les propriétés de la situation. La dernière décennie a vu abandonner cette conception au profit de « dispositions situationnelles », celles-ci émanant des propriétés mêmes de la situation » (« Environmental psychology and the real world », American Psychologist, April 76).

Si nous rajoutons les influences de l’éthologie, de l’approche éco-systémique et des neurosciences, nous comprenons et admettons plus facilement aujourd’hui que nous « formons des formes qui nous transforment », comme disait Churchill, que nous entretenons avec notre environnement des interactions sensorielles extrêmement sophistiquées et pour une part inconscientes.

Parler d’interaction hommes/environnement sous-entend une circularité des influences - les hommes projettent dans l’espace des formes relationnelles (un palais des congrès, une salle de classe, un bureau, un hôtel, une Maison d’Accueil Spécialisée), et l’environnement exerce en amont et en retour des effets psychophysiologiques sur les comportements humains.

Par conséquent, définir et répartir des espaces revient à faire des choix qui engagent des structures de communication : par exemple, au cours des années soixante-dix, les bureaux dits « paysagers » ont succédé aux grands pools de secrétariat, avant d’être eux-mêmes généralement remplacés par des bureaux personnalisés. En abattant les cloisons rigides, les bureaux paysagers se proposaient de favoriser la communication entre les acteurs et d’enrichir sensoriellement l’univers monotone des bureaux. Cependant, un tel projet procédait d’une théorie naïve de la communication, posant en axiome le désir de communiquer de la part de personnes travaillant ensemble, sans prendre en compte la complexité et l’ambiguité de la dimension institutionnelle. Il s’est avéré bien souvent que le bureau paysager insécurisait les employés, faisait proliférer les rumeurs, entraînait de savantes procédures de camouflage, bref, empêchait toute véritable territorialisation personnelle synonyme d’identité.

Dans les mêmes années mais dans d’autres univers, le choix de privilégier des hôpitaux psychiatriques pavillonnaires de « type village » ou bien des hôpitaux généraux « à l’américaine » - c’est-à-dire des hôpitaux-immeubles - c’est imposé de facto aux acteurs et utilisateurs. Tout comme les choix urbanistiques des grands ensembles entourés de parkings…

En tant que source de stimulations et d’informations perceptibles par nous, l’environnement exerce des influences repérables qu’il est bon de prendre en compte dans un souci éducatif ou thérapeutique, mais aussi managérial. Les univers sous-stimulants frappent en effet aussi bien les bénéficiaires que les personnels. Il est des lieux de vie qui démentent parfois les intentions contenues dans leur projet… et usent prématurément leurs professionnels.

Posons-nous la redoutable question de savoir si nous pouvons prendre en compte actuellement cette interaction dans les établissements sanitaires et sociaux de notre hexagone…

Afin d’éviter les sombres tableaux et les univers déshérités, comme celui que cet infirmier nous décrit (voir encadré p.4), la panacée apparaît celle d’une architecture résolument interactive et participative.

Le parti-pris interactif résulte de la volonté des utilisateurs du construit de s’en approprier les usages par une meilleure adaptation de ses formes à leurs attentes. Il suppose une négociation et une forme de contractualisation entre ceux-ci et le concepteur, qui voit ainsi revue et corrigée sa façon habituelle de travailler. Cela dit, les architectes s’avèrent de plus en plus nombreux à admettre cette nouvelle donne. Il sous-entend encore d’organiser une réflexion au sein de l’établissement afin de définir les attendus du construit, et de ne pas céder à la pseudo-évidence d’une fonctionnalité qui s’imposerait trop vite, telle qu’accueillir ou héberger. En effet, chaque professionnel (comme chaque bénéficiaire) pense toujours quelque chose de son lieu de travail et de vie : faire s’exprimer une secrétaire à propos de son bureau, un psychomotricien de sa salle d’exercice, un éducateur d’une salle de séjour ou une maîtresse de maison des locaux en général, nous apprend beaucoup. Dans un hôpital les portes intérieures n’autorisaient pas le passage de certains chariots, au grand dam des personnels de service… qui naturellement n’avaient pas été consultés !

Concrètement, un certain nombre d’étapes et de procédés peuvent être mis en place :

- premièrement, toute réinterrogation de l’espace construit doit passer par un « état des lieux » de son mode d’organisation et de ses effets. Afin d’amorcer cette réflexion, nous pouvons solliciter des techniques comme celle des « cartes mentales ou cognitives » : il s’agit de demander aux usagers de l’espace de dessiner un plan empirique de leur bâtiment ou de leur service sur une feuille vierge. Cette projection très utilisée par les psychologues environnementalistes s’avère toujours très riche d’enseignements, du fait qu’elle nous livre les perceptions subjectives de l’espace. Le travail d’interprétation est déjà fait : les lieux les plus fréquentés abondent de détails, les lieux appréciés sont généralement hypertrophiés, tandis que d’autres disparaissent mystérieusement du dessin ; des voies sont déplacées, les dimensions distordues, des portes et des fenêtres sont ajoutées ou retranchées, etc. Nous nous souvenons avoir travaillé des cartes mentales avec les infirmiers psychiatriques d’un service hospitalier et en avoir davantage appris, au terme de débats passionnants, sur la vie du service et ses vicissitudes qu’au moyen d’un audit !

Nous pouvons également photocopier un plan à l’échelle du bâtiment ou du service considéré et le proposer à chacun de ses acteurs en lui demandant de colorier les espaces de la manière suivante : en bleu, les espaces qu’il fréquente le plus ; en rouge, les espaces qu’il juge plutôt désagréables, ou qu’il cherche à éviter ; en jaune, les espaces qu’il affectionne ou recherche, et dans lesquels il se sent particulièrement bien.

Partant d’un vécu de l’espace, les cartes cognitives servent à susciter et alimenter des débats plus sophistiqués visant à déterminer les relations établies par l’acteur entre des perceptions positives ou négatives et des facteurs plus objectifs. Par exemple, comment expliquer une sensation d’enfermement ou une attraction vis-à-vis d’un espace ? Pourquoi tel lieu se trouve particulièrement investi ou tel autre déclaré vide de sens ?

- Deuxièmement, au-delà de cette première étape subjective, la consultation doit s’orienter vers l’appréciation d’items plus objectifs, tels que : l’organisation des surfaces et des volumes (dimensions, proportions, cohérence) ; les revêtements (matériaux, hygiène, agrément, facilité d’entretien) ; les couleurs (chaleur, froideur, dynamisme) ; l’ambiance sensorielle (luminosité, acoustique, température, ventilation) ; l’aménagement intérieur (agencement des meubles, des objets) ; la fonctionnalité (degré d’adéquation de la disposition avec l’activité) ; la sécurité (facteurs de risques). Ou d’autres encore, plus dynamiques, portant sur l’organisation relationnelle et ses flux, tels que : la distribution des espaces (degré de dispersion, modes d’accès, ouvertures) ; la circulation (conditions de déplacement, degré de complexité pour se rendre d’un endroit à l’autre) ; la lisibilité et l’imagibilité (points de repère, logique des enchaînements, niveau de représentation globale) ; le climat social (fréquence des rassemblements ou dispersion des personnes) ; l’attraction sociale (E.T. Hall parle d’espaces « sociofuges » ou « sociopètes ») ; l’appropriation effective (degré d’investissement, occupation) ; la réassurance (niveau d’anxiété ou d’assurance généré par les lieux).

Chaque espace, site ou pièce, peut être ainsi passé au crible par les professionnels qui en ont l’usage, de façon à pointer systématiquement, y compris sous forme de tableaux, les avantages/inconvénients de l’aménagement spatial, ainsi que les cohérences ou incohérences de ce dernier par rapport à ce que l’on veut en faire. Est-il utile de rajouter qu’une consultation parallèle des bénéficiaires s’avère également précieuse ?

Autrement dit, est-on en mesure, pour chacun des items précédants, de justifier les choix qui sont faits ? Peut-on en appréhender les effets sur les bénéficiaires ? Les intentions contenues dans le projet sont-elles réalisées ? Par exemple, tel atelier décrété « thérapeutique » offre t-il toutes les caractéristiques ad hoc ? Tel lieu de séjour, parfois déserté, remplit-il véritablement sa fonction ? Etc.

- Troisièmement, il s’agit de mobiliser les acteurs sur l’aspect proprement constructif du projet architectural : à la suite de l’état des lieux, quels enseignements et conclusions en tirer ? Comment se servir de ceux-ci pour modifier ou créer des lieux davantage en adéquation avec le projet professionnel, a fortiori quand il s’agit d’un nouveau bâtiment ou d’une profonde modification ? On peut alors demander aux personnels de représenter sous forme de « bulles », organisées en bouquet, les différents espaces fonctionnels envisagés et de leur accorder une taille variable en fonction de leur importance.

Ces bulles permettent, une fois encore, de débattre sur les statuts respectifs que l’on veut accorder aux espaces et renvoient directement aux options centrales du projet d’établissement. Aussi, s’avère-t-il nécessaire d’approfondir la question des prestations de service de façon à dégager des axes prioritaires, de faire émerger des « concepts » dominants, qui vont constituer l’ossature du projet d’établissement et du projet architectural : comment pense-t-on le séjour collectif du bénéficiaire ? Veut-on privilégier un lieu d’accueil convivial autour duquel le reste du bâtiment va se structurer ? Veut-on privilégier des espaces privatifs ou bien des dispositifs à vocation technique, ou encore des espaces de dégagement ? Cherche-t-on à favoriser un bien-être sensoriel personnel ou la convivialité et la communication ? Encourage-t-on l’existence de petits groupes relativement autonomes (possédant leurs propres cuisine et salle à manger), ou bien des rencontres plus larges ? Accorde-t-on des bureaux à certains professionnels ? Où place-t-on le bureau des éducateurs ou des infirmiers, et celui du directeur ?

Ces bulles et ces espaces peuvent d’ailleurs être regroupés en trois catégories (que l’on peut colorier différemment sur les schémas) : les locaux fonctionnels : ils comprennent d’une part des locaux techniques (cuisine, buanderie, stockage, etc.), et d’autre part des locaux administratifs (bureaux des cadres, secrétariat, éventuellement accueil, standard) ; les locaux publics (couloirs, salles de séjour, salons, salles de bain, halls et jardins) ; les locaux privatifs (chambres et annexes).

Ensuite, ces schémas et ces bouquets d’espaces fonctionnels devront progressivement s’enrichir et se transformer en espaces plus objectifs, c’est-à-dire susceptibles de s’articuler les uns avec les autres en un plan cohérent. Ce qui signifie introduire des parois (les limites), des portes, des fenêtres, des escaliers ou des couloirs (les échanges). Au passage, l’intervention de l’architecte, qui va rappeler certains principes de réalité de la construction (nécessité des flux techniques, de murs porteurs, renvoi à certaines contraintes des matériaux, aux difficultés de réalisation ou à des coûts trop élevés), va rendre les débats plus réalistes. Naturellement, plus les contraintes seront importantes et plus les débats risquent de se montrer ardus et impliquants.

Encore faut-il rajouter que la chute est parfois brutale, et que le meilleur « projet architectural interactif » peut se voir enterré par les aléas de la politique locale ou perdu corps et âme dans les labyrinthes administratifs… Par bonheur, la réflexion produite, quant à elle, n’est jamais inutile.

Jean-René Loubat


Témoignage d’un cadre infirmier en unité de soin

« Pénétrant dans ces lieux, ce qui saute aux yeux c’est la vétusté des locaux, et ce qui vous prend à la gorge, ce sont les odeurs. Dans ce pavillon, les peintures des murs sont ternies par le temps et encrassées. De-ci, de-là, quelques vues, peintures découpées dans des revues, ont été mises sous verre et pendent aux murs. Ces ornements rompent avec la tristesse qui se dégage de ce lieu.

Le sol, parfois carrelé, parfois recouvert d’un balatum gris éléphant, noirci par l’âge, brûlé par les mégots, accentue la vétusté. Au rez-de-chaussée sont les bureaux infirmiers et médicaux, la pharmacie très petite dans laquelle les soins ne sont pas possibles, et le bureau de la surveillante, qui sert aussi de salle de réunions.

Le réfectoire est utilisé, hors les temps de repas, comme salle de séjour, la télévision trône sur une étagère. Quatre chambres à deux lits sont réservées aux entrants. Toutes ces pièces sont accessibles par des couloirs labyrinthiques où la luminosité fait défaut. Un escalier de pierre permet d’accéder à l’étage, aux chambres et aux salles de bain. Les lits et les tables de nuit sont en fer, peints d’une laque qui autrefois fut blanche. Autant les pièces sont exiguës, autant les plafonds sont hauts. En effet, trois mètres cinquante séparent le sol et le plafond ».


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