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Une insertion par le sport des populations en difficultéTournoi annuel de CarisportLes occasions de voir cohabiter les valides et les non-valides dans le sport de haut niveau sont rares. Ce dimanche dété dans les Mauges en fut une. Reportage |
Je nai jamais compris la raison profonde qui pousse 22 bonshommes à se disputer un ballon, il serait si simple de leur en filer un à chacun ! Aussi, en 1998, ai-je boycotté activement le dernier Mondial. Et me voilà, un peu plus dun an après, sur le stade de Le May-sur-Evre, tout près de Cholet dans le pays des Mauges. Une immense pelouse foulée par deux équipes, une sono crachant du Johnny, une annonce pour un tel qui recherche un trousseau de clés ou un autre qui a perdu sa banane, les buvettes où coule un petit Anjou, ma foi pas dégueu : il ny a pas de doute, je suis bien sur un terrain de foot ! Lambiance est, convenons-en, bon enfant, ce qui me ferait presque douter de mes préjugés. Pourtant, il y a un certain nombre de détails qui clochent : ce nest pas comme sur ces dizaines de milliers de terrain de foot qui accueillent des équipes chaque dimanche. Tout dabord, ici, pas de holas frénétiques, ni de hordes de supporters avinés hurlant leur haine et leur bêtise, mais, un public averti et fidèle assuré dun spectacle de qualité. Sur le terrain, des 12 équipes participantes, aucune ne provient de la région proche, ce qui limite grandement les excès de chauvinisme. Rien quen les regardant jouer, on peut faire un tour de France : Nantes, Laval, Rennes, Le Havre, Paris, Lens, Metz, Sochaux, Cannes, Marseille, Bordeaux, Toulouse. Et puis, tous les joueurs qui se produisent sur la pelouse ont moins de 17 ans et sont dune excellente qualité technique (pour autant que je puisse en juger !). Cest quils viennent de centres de formation de grands clubs de foot (dont huit des seize clubs engagés en première division et quatre issus de la seconde division). Nous sommes au tournoi annuel de Carisport, celui dont les bénéfices accumulés serviront à financer des actions dinsertion par le sport des populations en difficulté (cf. « Carisport ou le sport épanoui au service de lépanouissement du sport »)
Le football de papa est depuis longtemps remisé aux oubliettes, au moins pour ce qui concerne la compétition de haut niveau. À limage de ce qui se passe dans les cercles de la grande industrie ou du commerce, la seule loi qui compte aujourdhui, cest la rentabilité, largent investi et le retour sur investissement quon peut en attendre. La plupart des grands clubs achètent leurs joueurs des fortunes... autant dinsultes aux plus démunis, à limage de Nicolas Anelka transféré début août de lArsenal au Réal de Madrid pour la modique somme de 220 millions de francs ! Peut-être RMI et coupe du monde sont-ils la version moderne du « panem et circencem » (le pain et le cirque) avec lesquels les empereurs romains garantissaient la paix sociale ? Autre moyen de préparer lavenir pour ces mêmes clubs : le recrutement des jeunes espoirs dans les centres de formation. Des « détecteurs » sillonnent les matchs des clubs amateurs afin de repérer les jeunes prodiges, procédant dune manière identique à ces « chasseurs de tête » venant débaucher les cadres supérieurs dans lindustrie. Pour autant, une fois intégrés dans les centres, seuls 10 % dentre eux perceront en devenant professionnels. Les autres deviendront éducateurs sportifs ou réintégreront la vie professionnelle. La plupart des clubs se font un point dhonneur à assurer aux jeunes ainsi recrutés une formation générale allant jusquau BAC, propre à préparer leur avenir, étant donné le taux élevé de « déchet ». La course aux résultats et aux victoires à tout prix dans les différents championnats rendrait-elle incontournable la politique actuelle des grands clubs ? Le choix de Gérard Batlles, entraîneur du FC Toulouse est tout autre. Cest délibérément quil a opté pour la formation de ses joueurs à partir des premiers entraînements de minimes. Cest peut-être ce rejet du spectacle donné par les « marchands de viande » qui le rend si proche de lesprit de Carisport. Participant depuis 7 ans à ce tournoi, il explique bien ce quil en retire. « Cest une bonne préparation au championnat qui commence début septembre » reconnaît-il. « Mais ceux qui viennent là uniquement pour gagner nont rien compris » continue-t-il. « Bien sûr, chacun a envie de lemporter. » Mais, la participation à ce type dopération va bien au-delà : « cela permet de montrer à nos jeunes joueurs que lécole de la souffrance nest pas que dans le sport de haut niveau ». Cest bien la confrontation aux difficultés des personnes handicapées qui leur permet de « relativiser leurs propres souffrances. » Cest vrai quêtre accueillis comme ce fut le cas en 1998 - par une marraine obligée de se déplacer en béquilles qui sadresse à vous en vous expliquant que vous êtes jeunes, que vous êtes forts, que vous êtes beaux, mais que ce qui compte le plus, cest de laisser parler les qualités du cur, peut constituer un souvenir fort et impressionnant quand on a 16 ou 17 ans. Et Gérard Batlles de se féliciter des bonnes conditions dans lesquelles ils sont reçus chaque année dans les familles de la commune de La Séguinière. Les adolescents rentrent enchantés, tout comme leurs hôtes qui sont tout prêts à recommencer lannée suivante. Cet enthousiasme nest pas partagé par tous : ainsi lOlympique de Marseille dont les joueurs et les dirigeants ont préféré lhôtel et se sont montrés peu respectueux et particulièrement agressifs sur le terrain. Le nombre de places dans le tournoi peut difficilement être augmenté. Monaco, Lyon, Auxerre sont intéressés. Ceux qui ne respectent pas lesprit de Carisport nont pas forcément leur place garantie.
Face à largent-roi et au culte de la réussite et du « meilleur », voilà une opération qui met en contact lélite physique de la nation avec une association qui sengage à aider les plus cassés et les plus faibles. Rares sont les occasions de voire cohabiter les valides et les non-valides, surtout dans le sport de haut niveau. Alors, que les jeunes footballeurs saffrontaient, Serge Biron, sportif international et parrain de cette huitième édition de Carisport, faisait une démonstration de la pratique du tennis en fauteuil roulant. Sa précision, sa vélocité, sa puissance ne pouvaient quétonner, tant le grand public est peu au fait des exploits dont peuvent senorgueillir bien des athlètes porteurs dun handicap. Lionel Dixneuf, parrain du tournoi de 1997 a participé au championnat du monde de basket et entraîne des valides à ce sport. Il déplore que le handicap soit en France, « un sujet tabou dont on ne parle jamais ni à lécole, ni dans la famille, ni au boulot » du fait même que les personnes qui en sont atteintes sont reléguées dans des structures spécialisées y compris dailleurs en matière de fédération sportive. Cette distance entre la culture des valides et celles des personnes porteuses de handicap (que celui-ci soit mental, physique ou social) se ressent y compris dans laide caritative comme en témoignera une militante de lassociation « Handi Cap Evasion » (cf encadré). Son appréhension était grande de retrouver cette incompréhension et cette difficulté à se représenter lautre lors du dépôt de leur demande de financement. Allait-elle avoir à faire, une fois de plus à une structure se limitant à se donner bonne conscience et à accomplir sa B.A. ? Il nen a rien été. Elle reconnaît elle-même, avoir trouvé en Carisport des interlocuteurs attentifs au public handicapé, ouverts sur leurs difficultés et prêts à apprendre et mieux connaître.
Un tournoi de football peut difficilement se terminer sans une finale. Carisport na pas dérogé à la tradition. En 1998, cétait la marraine qui, du haut de ses béquilles, avait donné le coup denvoi. Cette année, cest un ULM qui sera venu déposer le ballon de la finale au centre du terrain, précédé dun envol de pigeons. Résultats de la finale : Le Havre A.C. lemporte 3-1 contre le Stade Rennais.
Au terme de bientôt dix ans dactivité, Carisport aspire à changer de braquet. Les sponsors qui aujourdhui fournissent les 2.000 bouteilles deau nécessaires aux équipes ou les milliers de steaks hachés qui sont proposés lors des repas, ne doivent pas rester isolés. Des partenaires nationaux peuvent être trouvés. Telle est lambition de Claude Delaunay, président de lassociation : pouvoir récolter encore plus dargent, afin de satisfaire encore plus de demandes de financement. Gageons que ce dossier permettra à Carisport de sortir de lanonymat dans lequel elle a été cantonnée des années durant. Sa notoriété est grande au point quelle est devenue une institution tout en restant grandement limitée au pays des Mauges Sous les feux des projecteurs, lassociation pourrait bien être assez rapidement submergée par les demandes. Cest là un risque calculé et accepté par Carisport qui cherchera à y faire face.
Jacques Trémintin
Au début des années 80, Joël Claudel met au point un véhicule permettant le transport de personnes à mobilité réduite : la « joëlette ». Sorte de chaise à porteurs montée sur une roue et encadrée de deux barres de support à lavant et de deux autres à larrière. Il conçoit cet appareil pour permettre à son neveu atteint dune myopathie de profiter lui aussi des excursions en montagne. Très vite, il saperçoit de lintérêt de cet outil pour dautres familles. Il fonde alors en 1988 « Handi Cap Evasion ». Aujourdhui, lassociation compte près de 500 adhérents et 11 délégations locales. Elle propose 22 séjours par an à la montagne. Une expérience a même été tentée avec succès au Pérou en 1997. Chaque séjour sorganise autour dune vingtaine de personnes comptant 3 valides pour une personne handicapée, ainsi quun cuistot, un guide de moyenne montagne et deux ânes portefaix. Le coût pour une randonnée de 8 jours atteint les 3.000F, les accompagnateurs valides étant sollicités à hauteur de 50 F par jour.
Handi Cap Evasion fait partie des 11 structures qui ont sollicité en 1999 Carisport. Elle a obtenu pour 15.000 F de matériel de camping : toile de tente, cantine, bancs et tables démontables, lampes à gaz. Expériences inoubliables que ces expéditions tout terrain qui laissent un souvenir plein démotion et de frissons tant aux valides quà ceux qui ne le sont pas. J. T.
Contact : Simone Vincent - chemin de la Creuzette
69270 Fontaine/Saône - Tél. 04 78 22 71 02
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