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Numéro 498, 9 septembre 1999

Le CAT bateau-théâtre enfin à quai

Lundi 28 juin après-midi, la Ferté-sous-Jouarre, sur les verts bords de la Marne, en face du camping : le Centre d’aide par le travail Yves Montand est à quai, bon vieux bateau. Il date de 1926, a travaillé comme pétrolier le long de la Seine, été transformé en péniche-hôtel il y a une douzaine d’années, avant de devenir un bateau-théâtre parisien, en 1991. Jeune vieillard — 73 ans, tout de même — il est descendu deux fois à Avignon avec son moteur de cent chevaux. L’engin pèse 250 tonnes. Nous entrons donc, le projectionniste nous ouvrant la porte d’une salle en pente : fauteuils rouges (une cinquantaine, confortables), écran de quatre mètres, pas de doute : nous sommes là dans une vraie salle de cinéma, à l’acoustique adéquate, au charme certain pouvant d’ailleurs évoquer certaines salles du Quartier latin.

Présentant son objet, la directrice du CAT a choisi de nous projeter des bandes-annonces de films de 98 — dont Titanic, quel humour —, faisant constater ipso facto la qualité de visionnage et le confort d’écoute. Le matériel — 35 mm et sonorisation dolby — est tout à fait convenable ; un arc magnétique permet aux personnes malentendantes et appareillées d’entendre correctement le son des films. Le Centre national de la cinématographie (CNC), connu d’ailleurs pour ses exigences, participe au projet à hauteur de 500 000 francs.

Ce drôle de CAT fonctionne depuis le début de l’année et a vocation d’être itinérant : il ira vers d’autres villes de Seine-et-Marne, de l’Aisne voisine, et encore à Paris. Un peu comme la compagnie théâtrale lilloise L’Oiseau-Mouche ou le CAT Arc-en-Ciel, à Troyes (voir LS n°180) — ou encore le CAT Eurydice (voir LS n°305) avec lequel le CAT Yves-Montand entretient d’excellentes relations et organise des échanges —, il a pour unique vocation le développement des ressources des personnes handicapées, par la créativité d’ordre culturel.

Les objectifs de l’établissement sont plutôt sympathiques : produire des spectacles, partager une expérience artistique, former aux techniques artistiques, permettre aux participants qui ont un potentiel suffisant de se produire sur scène, bref, « ouvrir une fenêtre sur l’imaginaire de chacun » ; il s’agit également de sociabiliser par le travail en groupe et la défense d’un projet artistique, de rencontrer les publics, d’initier et de sensibiliser à la vie culturelle, de découvrir les techniques de son, de projection, et de communiquer, partager l’expérience avec d’autres établissements, de même qu’avec les spectateurs, par exemple par un journal.

« Ni les administrateurs ni les animateurs ni la direction ne s’appropriera le projet artistique. Les créations seront écrites par les participants ; les films, ainsi que les événements thématiques seront choisis et discutés avec les travailleurs » : la directrice du CAT nous confie souhaiter une programmation du type de celle des cinémas Utopia, fondée également, sourit-elle, par une ex-infirmière psychiatrique (Dominique Renouf a en effet été infirmière psy, mais est également titulaire d’un Defa et a été ergothérapeute, avant de devenir directrice d’établissement).

Le 18 mai, l’équipe présentait son premier spectacle, Le voyage de Yamata (40 minutes, 6 comédiens, un narrateur, un manipulateur, trois musiciens), à Coulommiers : une marionnette géante arrive de nulle part et découvre le pays des droits de l’homme… avant de s’interroger. Il a pour objectif « d’être diffusé, plus particulièrement dans les établissements scolaires, les foyers d’hébergement, les centres culturels afin de susciter une réflexion sur l’ensemble des questions liées à la Convention internationale des droits de l’homme » (1).

Onze travailleurs handicapés — après un stage d’évaluation de trois semaines, un essai de trois mois est proposé via une orientation Cotorep — sont d’ores et déjà accueillis sur les vingt places créées depuis août 1998. Trois animateurs salariés à quart temps sont responsables des ateliers théâtre, musique, marionnettes ; un éducateur spécialisé chargé du suivi des travailleurs handicapés et de leur recrutement, assure le lien entre les animateurs et les travailleurs ; un projectionniste à mi-temps s’occupe de l’exploitation cinématographique, secondé par un moniteur d’atelier, à mi-temps lui aussi ; une secrétaire comptable (mi-temps) est chargée de la billetterie et des relations avec les fournisseurs, et assure un rôle commercial dans la diffusion et la vente des spectacles ; deux emplois-jeunes seront créés dans l’année ; une psychologue est plus particulièrement chargée des projets professionnels et de l’insertion en milieu ordinaire ; un animateur s’occupe des projets pédagogiques en relation avec les établissements scolaires, et la directrice encadre l’équipe, assure la responsabilité de la programmation et du partenariat avec les associations et les entreprises.

Après avoir longtemps surnagé entre deux eaux (voir Lien Social n°390), l’entreprise semble donc enfin arriver à bon port. Aujourd’hui, les dernières étapes se franchissent, malgré une multitude de tracasseries administratives et de mauvaises relations avec la mairie : plus que quelques travaux d’électricité et de peinture, le passage de la commission de sécurité au mois de juillet, et le renouvellement du permis de navigation devrait permettre un véritable fonctionnement. L’inauguration est prévue pour le mois de septembre prochain.

Léo Grenel

(1) CAT Bateau-Théâtre - Chemin des 2 Rivières

77260 La Ferté sous Jouarre.

Tél. 01 60 22 69 99 - Fax 01 49 71 06 66.

Le spectacle Le voyage de Yamata est vendu 3000 F (plus frais de transport) pour une représentation, ou 2500 F pour 50 spectateurs à bord du bateau-théâtre.


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