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Numéro 498, 9 septembre 1999

À Perpignan, des ados vivent leur vie en la jouant

Une soixantaine d’adolescents prépare un spectacle qu’ils joueront en février. 300 jeunes sont inscrits à « La Casa Musicale », une Association perpignanaise qui se donne pour objectif : formation, culture, insertion. Un programme qui intéresse de plus en plus les élus

« Ce spectacle relate l’histoire d’une rencontre entre une bande de quartier et celle d’un lotissement dans un village. On a organisé les choses en fonction de là où les gosses voulaient aller. Dans le livret, ils ont raconté ce qu’ils avaient envie de raconter. Il n’y a pas eu trop de surprise en la matière : ils racontent leur vie. » Si Gérard Jacquet évoque cette comédie musicale (encore anonyme) à la croisée de l’art et du social, ce n’est pas parce qu’il y tient le premier rôle mais parce qu’il en est le directeur artistique. Les auditeurs de Radio-FranceRoussillon connaissent bien la voix de ce chroniqueur, qui parfois délaisse l’antenne pour chanter dans la langue locale son rock existentiel. Ici, ce « Catalan chanteur » (et pas l’inverse) a été choisi à la fois pour sa popularité et son côté médiateur. Deux qualités nécessaires pour relever un lourd défi, dans une région très contrastée politiquement (c’est un euphémisme), et où les gosses sont les premières victimes de la démagogie ambiante : « Dans ce pays, rappelle Gérard Jacquet, la moitié de la population est catalane de souche et l’autre issue de l’immigration. La plupart des jeunes qui participent au projet sont dans cette dernière catégorie. Ils vivent ici aujourd’hui, ils sont donc Catalans, comme moi qui suis né dans un village de 500 habitants. Dans les années 70, tous les gars de ma génération sont partis chercher du travail où il y en avait : à Paris par exemple. Ils se sont implantés là-bas. Dans les années 80, avec le chômage généralisé, ils sont revenus à Perpignan alors qu’y était déjà implantée une autre population. Le bouleversement sociologique trop rapide a été, pour certains, difficile à assumer. » Une soixantaine d’adolescents, de 15 à 17 ans, prépare donc depuis les vacances de Pâques, ce spectacle, qu’ils joueront en février 2000. Les répétitions ont lieu pendant les vacances scolaires autour d’une dizaine d’intervenants (écriture, musique, danse hip hop, etc.). Si Gérard Jacquet coordonne ce petit monde, cette expérience, c’est une première, est initiée et financée (budget : 250 000F) par la communauté de communes « Têt-Méditerranée » qui regroupe Perpignan et six villes ou villages voisins. Celle-ci en a confié la maîtrise d’œuvre à « La Casa Musicale ». 300 jeunes sont inscrits dans cette Association Perpignanaise qui existe depuis trois ans (son budget - 2 millions par an - dépend de la ville de Perpignan et de l’Etat) et qui a inscrit ce triptyque sur son fronton : formation, culture, insertion. Dans la région, il ne fait aucun doute, au vu des structures et des personnes-ressources présentes, que le choix par « Têt- Méditerranée » de la Casa, et conséquemment celui de Jacquet, est un gage de qualité. Mais pour quoi faire ? « Déjà, en préambule, estime Michel Vallet, directeur de la Casa Musicale, on se préoccupe moins du résultat final - la représentation de cette comédie musicale - que de la démarche. Privilégier le résultat et rien que le résultat c’est déjà exclure. Je pense que se dégagera du premier bilan de cette opération un besoin de monter des ateliers dans les villages. On en monte déjà avec des jeunes des quartiers et l’on s’aperçoit qu’ils arrivent à un haut niveau musical, que les mômes des campagnes atteignent peu. Pour cette comédie, la contrainte de base a été d’avoir une représentativité correctement équilibrée entre cités et villages. Or, dans ces derniers, la première sélection des jeunes a été assez difficile. Donc, l’année prochaine, avec le même type de financement, plutôt que de recommencer l’opération, on pourrait miser sur des stages quitte, l’année suivante, à les faire fructifier pour monter quelque chose d’un peu plus élevé en terme artistique ». Si, notamment en terme d’insertion, les effets sont d’ores et déjà difficiles à mesurer (par exemple, la fréquentation par ces jeunes de techniciens du spectacle, d’artistes, d’agents culturels divers, peut induire des orientations professionnelles), laissons donc du temps au temps mais remarquons que, du côté des élus, cette prise de conscience et cette volonté d’agir (ce qui est tout de même l’objet du politique) fait déjà son chemin.

Olivier Bailly


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