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Numéro 498, 9 septembre 1999

Histoires de bus

Un film de Alain Saulière. 27 minutes.

Grenoble, décembre 1998 : René traverse la gare routière, monte dans « son » bus et démarre. À la caméra, il définit sa profession : « Le métier de conducteur, c’est déjà de transporter des gens ; c’est discuter avec les gens, c’est essayer d’avoir un accueil chaleureux ». Mais la tension de ce métier, surtout sur certaines lignes de bus ou de tram, « peut user », et il faut parfois gérer des situations difficiles en face de comportements provocants, d’insultes, de crachats même. Le besoin d’accompagnement, de soutien, de formation de ces personnels particulièrement exposés — même si la réalité, nous suggère le film, est fort éloignée de celle que nous assènent les médias friands de spectaculaire — émerge des propos des conducteurs, qui évoquent leur stress, leur anxiété : « Il y a une certaine accumulation de choses qu’on a du mal à vivre et puis même qu’on a tendance à emporter chez soi », admet Jean-Pierre, un contrôleur. « Il faut gérer tout ça. Au début, j’étais persuadé que c’était facile, mais aujourd’hui je suis persuadé que c’est un métier », précise Halime, conducteur. Un autre évoquera une perte de cheveux, dont il est persuadé qu’elle est à mettre en lien avec le stress au quotidien.

Le réalisateur va rencontrer ensuite quelques agents de prévention ou de médiation, emplois-jeunes recrutés parmi ceux qui avaient déjà, dans leur quartier, mené des actions d’animation : « Ils nous disent agents de prévention, d’accord, mais on fait surtout les assistantes sociales », réajuste à sa façon Nadir. (…) Quand la personne que tu as en face te vide sa poubelle mentale, après toi, tu pars, tu as la tête comme ça, parce qu’il t’a dit des choses qui t’ont retourné le cerveau »… Discuter, écouter, trouver des compromis, éviter les embrouilles, éviter la violence. D’autres jeunes expliqueront ainsi comment ils peuvent « descendre » des panneaux vitrés, après qu’on leur ait collé des amendes qu’ils ne peuvent pas payer, ou qu’ils vivent comme une injustice : double violence.

Plus globalement, le témoignage d’un de ces agents de prévention, évoquant la sécurité d’emploi et voulant devenir chauffeur, pose la question de la pérennité de ces emplois, ou de la formation apportée.

Des quartiers en difficulté, excentrés, éloignés des principaux pôles d’attraction des agglomérations, ont particulièrement besoin de réseaux de transports publics performants, avec un coût adapté à des situations de précarité financière, et les habitants de ces quartiers, de même que les travailleurs sociaux, savent que c’est loin d’être le cas.

La Semitag, entreprise grenobloise de transports en commun, travaille une politique de prévention depuis plusieurs années, dans le cadre d’un programme intitulé Mieux se déplacer ensemble : 50 agents de prévention assurent le lien entre les habitants des quartiers et le personnel de l’entreprise, renforçant la présence sur le réseau et développant la médiation ; une équipe d’animateurs intervient dans dix-huit collèges de l’agglomération, échangeant avec les jeunes sur les thèmes du vandalisme, des incivilités et de la fraude ; l’aménagement urbain des « sites incidentogènes » (éclairage, protection grillagée, nettoyage) et l’équipement des véhicules sont mieux assurés ; le partenariat avec la police nationale et la gendarmerie a été amélioré (formation, réunions communes, réflexion sur les procédures) ; le dépôt de plainte a été facilité, des médiations pénales mises en place, de même qu’une communication interne sur les actions réalisées et les suites judiciaires apportées.

Plusieurs partenaires institutionnels ont apporté leur concours au film : la Délégation interministérielle à la Ville (DIV), qui veut une « politique de la ville qui vise à améliorer les possibilités d’accès de chacun à l’urbanité » ; la Direction de l’action sociale (DAS), qui estime que ce film « peut constituer un outil de réflexion et de débat entre professionnels, élus, travailleurs sociaux, habitants, à condition que les réseaux et les institutions concernées en saisissent l’occasion » ; les organismes HLM qui estiment que ces conducteurs de bus auraient tout aussi bien pu être gardiens d’immeubles ; la Régie autonome des transports parisiens — le traitement du sujet voulant permettre la transférabilité —, qui compte amplifier l’action pédagogique « Mon territoire, c’est ma ville » destinée au milieu scolaire (CM2, 6ème et 5ème) en faisant évoluer l’outil et en le coordonnant avec d’autres services publics ; l’AFT. IFTIM, enfin, « premier organisme de formation professionnelle européen, spécialisé en transport et logistique », qui entend mettre en place de véritables cursus de formations diplômantes (Certificat de formation professionnelle de conducteur urbain, ou Technicien supérieur d’exploitation des transports de personnes), former les personnels à la gestion du stress et à la relation, former de nouveaux métiers, et mettre en place un système d’évaluation des compétences et acquis professionnels.

Joël Plantet

(1) Les films du passeur - 4, rue du général Guilhem - 75011 Paris. Tél. 01 48 07 85 58.

Prix de la cassette : 330 F TTC + frais d’envoi.


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