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5 rue du Moulin Bayard 31015 Toulouse cedex 6
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Dans lenquête, les habitants se sont vus poser un certain nombre de questions sur leur définition de la violence, ce quils pensaient de celle-ci, ce qui, selon eux, menait à la violence, les raisons de celle-ci, les moyens de léviter, son caractère « indispensable » ou non, les jeunes et la violence, la vie sans la violence, les solutions à préconiser.
« La violence prend des formes multiples », prévient lécrit final : « Lutte culturelle, volonté de domination, négation dautrui, refus de la différence, affirmation de soi ( ). Les uns décrivent la violence comme une injustice, niant les droits élémentaires de la personne ». En effet, la violence nest-elle pas un problème de justice, comme le pense cette habitante de la cité La Busserine : « Si on na pas ces droits (davoir un toit sur la tête, de pouvoir manger à sa faim, le droit de rigoler, dêtre heureux), on vit une très grande violence » ?
Mais les habitants subissent aussi une violence sociale, et les violences exercées par la société sont bien davantage mises en avant que les seuls phénomènes de délinquance : racisme, violence du marché du travail, frustrations liées à la société de consommation ou au cadre de vie, pratique de certaines institutions ou administrations. « Cumulant sur leur personne tous les critères discriminants érigés par la société, laissés en situation de relégation par un système éducatif impuissant, beaucoup ont recours à la violence dans un contexte où le dialogue social est inexistant », constate Loïc Bernard-Michel, à qui la rédaction finale a été confiée. À la plage, en boîte, en ville ou au travail, les violences symboliques de la discrimination raciale excèdent ceux qui en sont victimes : « Le mec me reçoit et me dit : « Si la place vous plaît, elle est à vous », raconte Rachid, 28 ans, de la cité Les Flamants : « Moi, jétais trop content. Ensuite il me dit : « Mais il y a juste un point qui ne va pas », et là il me regarde bien dans les yeux : « Il faudra changer de prénom pour laccueil » ( ) Il faut que la mentalité des gens change, car ça ne pourra pas durer si on se sent à longueur de journée insulté et rabaissé ».
Le manque despace, linadaptation des transports en commun, la pollution, larchitecture des grands ensembles sont aussi violences, cadre de vie-étouffoir dans lequel les incivilités peuvent se développer ; la fonction publique et les services assimilés sont « traversés par la violence sociale et le racisme, et les transmettent. Or, aux yeux du public, ils devraient représenter plus que dautres la légitimité républicaine et la volonté dintégration laïque » : manque dattention, méfiance a priori, refus de prendre en compte des situations particulièrement difficiles, racisme parfois explicite, violence subie à la mairie, à la poste, à la sécurité sociale ou dans les services sociaux, léventail des témoignages souligne le sentiment dinjustice et parfois, la révolte.
Violence de la société subie par les habitants + sentiment dabandon et privation de moyens dexpression = possible violence « comme seul moyen de se faire entendre ». En première ligne, les jeunes, évidemment, avec ce sentiment de relégation et dinégale éducation : « A lécole, les jeunes se sentent inutiles car ils sont illettrés ( ). Ils arrêtent lécole de bonne heure. Ensuite, ils ne foutent plus rien dans la vie et la zone commence (vols, arrachés de sacs, etc.) » (Farouk, 20 ans) ; « Pour moi, la violence, cest toujours quelque chose dinteractif, en réponse à Cest une réaction à une action Cest une réponse à quelque chose. Je ne pense pas que ce soit lexpression de quelque chose. On ne sexprime pas à travers la violence. Mais en vérité, on répond à la violence » (Kader, 28 ans, cité Les Chartreux, trois enfants, infirmier).
Dans un chapitre intitulé Violence-Réaction : positions et propositions, les rédacteurs estiment aussi que « la cellule familiale est en fait le premier lieu où la violence dimpuissance, dabandon du self-control se donne libre cours ». Là, des témoignages, certains très durs, de jeunes filles ou femmes (nord) africaines évoquent les violences subies dans le cadre de la famille. Plus loin, sont exposées diverses attitudes par rapport à la violence : revendiquée comme un mal parfois nécessaire seule manière de faire valoir ses droits, moyen dautodéfense, moyen de se faire entendre et respecter , ou banalisée, ou encore déniée ou condamnée
Des propositions ont émergé : « A travers une revendication de dialogue sans cesse renouvelée, dune action éducative tous azimuts, cest une volonté de solidarité et de citoyenneté qui sest affirmée » : plus grande écoute, revendication de travail, dactivités culturelles et sportives, demandes d« éducation parentale » dans les familles, de développement dinitiatives associatives, de défense du civisme
Au final, les violences les plus mises en évidence sont donc bien souvent celles du guichet, de lorganisme logeur ou de la police, du chômage et des promesses non tenues, de lemployeur, des traditions familiales, de la télévision, de labandon dun quartier pourri dont personne ne se préoccupe, etc. Et, lorsquon les interroge sur les causes de la violence, les habitants des quartiers font peser largement (2/3 des réponses) sur la société et les institutions, la responsabilité et lexercice de la violence ; un gros tiers seulement des responsabilités est renvoyé aux carences individuelles. Mais « ces formes de violence institutionnelle engendrent, de la part de ceux qui les subissent et qui nont pas les moyens dy faire face, une attitude violente en retour » : gestes condamnables et inefficaces, mais aussi violence contre soi-même
Ce dossier nest quune première étape, et ce stade de la seule description est en voie dêtre dépassé. Les habitants veulent que soient approfondies et expérimentées les quelques perspectives dégagées : le dialogue et les valeurs corollaires (tolérance, respect, etc.) sont massivement (une personne sur deux) proposés comme remèdes à la violence ; ne plus laisser les jeunes dans le désuvrement est la deuxième des solutions évoquées (une personne sur cinq) ; enfin, action éducative et exemplarité sociale rassemblent également une personne sur cinq. Dautres entretiens avec lensemble des représentants du corps social seront prochainement publiés, devant former un « document relatif à des propositions de solutions à soumettre aux décideurs ».
Joël Plantet
(1) Violence urbaine - Paroles dhabitants. Document de travail des éditions Charles Léopold Mayer n°114 - 38, rue Saint-Sabin 75011 Paris. Tél. 01 48 06 48 86.
E-mail : lib@fph. fr
Site Internet : http://sente.epfl.ch/fph/
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