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Numéro 498, 9 septembre 1999

« Citadins, citoyens ! »

Parce que 80 % des Français vivent aujourd’hui en ville, et parce que celle-ci « souffre trop souvent d’une image négative », la ville de Créteil (Val-de-Marne) organise du 24 au 26 septembre prochain, à l’initiative du ministère de la Ville, le premier Festival international de la Ville.

Conçu pour réunir des participants « multiples et hétérogènes, mais complémentaires, à l’image de la ville elle-même », ce premier Festival international de la Ville (1) se propose de réunir les fabricants des villes — concepteurs, pouvoirs publics, professionnels… —, les acteurs des villes — acteurs sociaux, culturels, économiques… — et bien sûr leurs habitants.

« Sans ignorer les difficultés que peut engendrer la ville pour certains de ses habitants » — il ne s’agit pas d’avoir une « vision angélique, mais positive de la Ville », nous a précisé un des organisateurs —, la manifestation entend mettre celle-ci au cœur de trois jours d’échanges, de rencontres, de réflexions et de fêtes « pour produire un foisonnement d’événements et d’initiatives ». Elle se déclinera en trois dimensions : la ville en questions sera, dans plusieurs lieux cristoliens (habitants de Créteil), support à divers débats « allant du plus institutionnel au plus spontané », autour du thème retenu pour cette première édition, « Citadins, citoyens ! » ; la ville en actions présentera aux festivaliers des réalisations concrètes — remises de prix à l’appui — des habitants, des communes et des entreprises « au service de la qualité de vie et du lien social en ville » ; la ville en fêtes déroulera trois jours de spectacles, concerts, danses ou manifestations sportives.

Chaque année, une ville invitée d’honneur apportera au Festival son expérience et sa spécificité : pour cette première édition, ce sera Rotterdam (Pays-Bas) ; mais la capitale du Bénin, Cotonou, siège des programmes de développement urbain pour l’Afrique de l’Ouest et jumelée à Créteil, y est également associée.

Organisé à l’initiative du ministère de la Ville, le festival associera des partenaires « acteurs de la ville » — dont la SNCF, RATP, La Poste, EDF, mais aussi des conseils généraux, le FAS, et la Cinquième/Arte… — qui se sont d’ailleurs impliqués, via un club des partenaires, dans le montage et la programmation de ces trois journées.

La manifestation s’organisera sous trois formes principales : chaque matin, auront lieu des tables-rondes (à la Maison des arts et de la culture André Malraux), avec l’intervention d’acteurs de terrain, d’universitaires, de scientifiques, d’élus et de représentants des villes invitées. Ces (six à huit) participants débattront ensuite avec la salle, et une synthèse brève sera proposée en fin de séance. Les questions de la participation à la vie publique et celle du lien social seront bien sûr récurrentes dans des débats, dont les thèmes tourneront autour d’intitulés tels que La ville lieu de citoyenneté ? ou Espaces et lieux publics (en collaboration avec l’Union des HLM et la Caisse des dépôts), ou encore Concertation - Participation.

Les débats des après-midi, eux, seront décentralisés en plusieurs lieux (hôpital Henri Mondor, centre commercial régional, tribunal de grande instance…) et fourniront l’occasion d’interroger le fonctionnement des différentes institutions sur des questions plus concrètes et pratiques, que celles discutées le matin. Les thèmes porteront alors sur les services publics, les discriminations (avec la Ligue des droits de l’homme), les commerces dans les quartiers, le citoyen comme acteur de justice, le bénévolat, la sécurité, les villes éducatrices (en partenariat avec l’Éducation nationale), la parentalité, le rôle des médias ou les nouvelles technologies. Deux films seront projetés : Rak, suivi d’un débat sur les relations médecins-malades ; De l’autre côté du périph’, suivi d’un débat avec le réalisateur, Bertrand Tavernier.

Enfin, des « cafés-ville » se tiendront plusieurs fois par jour, pensés pour être le plus informels possible : sur le modèle des cafés-philo — ou plus récemment cafés-psycho —, des débats, en principe conviviaux et accessibles à tous, devraient favoriser la prise de parole sur les problématiques urbaines d’aujourd’hui et des témoignages directs.

Par ailleurs, un forum permanent dénommé Place publique, installé au Palais des sports de Créteil pendant les trois jours et ouvert à tous les citadins-citoyens qui le souhaitent, se voudra lieu de rencontres et d’échanges, de présentation d’initiatives et d’expériences, pouvant déboucher sur l’écriture collective de propositions. Un grand espace de débat proposera des sujets tels que la transformation de l’action publique, la formation des acteurs ou la participation des habitants, mais aussi des thèmes plus sensibles, tels que le racisme au quotidien, les modes de vie selon les âges, les origines, la peur, etc. Des minis-débats pourront être également organisés à l’initiative des habitants-participants sur des thèmes improvisés ; un forum ouvert aux associations et aux réseaux d’habitants leur permettra de rencontrer élus et professionnels. Des espaces d’exposition et de production seront disséminés dans le Palais des sports, une boîte à idées — sous forme de dazibao — proposée pour les suggestions des habitants, de même qu’un point vidéo (documentaires sur les expériences étrangères), des interventions culturelles, culinaires ou environnementales (chantier nature). Enfin, un journal intitulé Place publique, se voulant support de proposition sur le mode de l’écriture collective, relatera quotidiennement des expériences et initiatives, rendra compte des suggestions et critiques, et annoncera le programme.

Un Prix de l’initiative sera décerné sous deux formes. En premier lieu, un projet porté par les habitants sera récompensé (bourse de 70 000 francs). Il consistera en une initiative visant à développer les échanges — par exemple intergénérationnels — entre habitants ou à favoriser la participation de ceux-ci à la vie de la cité ; le prix des initiatives portées par les collectivités, les entreprises, les administrations, d’autre part, distinguera un nouveau service adapté aux besoins de la population locale, en s’appuyant sur la participation des habitants à la mise en œuvre de ce service.

La partie festive et culturelle est importante : spectacles de théâtre sur le thème de la ville (extraits de scènes de La misère du monde de Bourdieu, par exemple), rencontres de cinéma La ville au futur, cabaret (« mobile et portatif ») de bonimenteurs, danse, exposition sonore Les bruits de la ville, spectacle de rue (avec l’excellente compagnie Royal de Luxe), bal métissé, guinguette et animations, café littéraire, concerts de rap, etc.

De même, la street culture sera représentée avec la chorégraphie Macadam -Macadam, mixant hip-hop, skate et roller, bike et acrobatie.

« Le Festival international de la Ville aime la Ville : la ville qui rit, qui bouge, qui crée, qui mélange… », insistent les concepteurs de la manifestation : « C’est pourquoi il ambitionne de devenir dans la durée un lieu de référence et de convivialité à l’échelle internationale pour tous ceux qui « font la ville ». À suivre, donc, en mesurant l’impact de ce premier Festival, en jaugeant son énergie, et espérant que la participation des habitants ne reste pas vœu pieux.

Joël Plantet

(1) Festival international de la ville

58, avenue Pierre Brossolette

94048 Créteil cedex. Tél. 01 56 72 12 40


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