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« Dans une société démocratique, il est indispensable quexiste une fonction autorisant ceux qui sont sans voix den obtenir une. Cest là, la place du travail social. Ce qui met les travailleurs sociaux en difficulté cest quon leur demande dinsérer les populations exclues : ce qui est une sorte de mission impossible. Les travailleurs sociaux ne sont, dès lors, des militants que par délégation et par absence de capacités de laction sociale. Le travail social est un métier qui demande avant tout des aptitudes professionnelles et une dimension éthique liée aux qualités et aux engagements individuels. En outre, le travailleur social ne doit pas parler à la place des gens mais recréer les conditions politiques pour que ceux-ci parlent eux-mêmes. Le travail social est plus religieux que policier, et dans une société laïque et démocratique, il occupe la place inconfortable de ceux qui sont entre le sacré et le profane, à savoir entre ceux qui peuvent parler car ils sont reconnus et ceux qui sont sans voix, en dehors, exclus... »
« Si un travailleur social na pas une conscience aiguë de la superposition permanente dans son métier du rôle de préposé et de celui de militant de la dignité humaine, il fera un pauvre travailleur social. Sil confond sa condition de travailleur social mi-préposé, mi-militant de cette dignité humaine, avec celle de militant politique ou syndical, il risque de se révéler rapidement nuisible pour ses clients. Cest entre les formes de militantisme qui ont un rapport avec son métier et celles qui nen ont pas, quil lui incombe de savoir faire le tri.
Que le travailleur social trouve logique dêtre un militant politique de progrès ne signifie pas que cest en cette qualité, même sil a raison, quil fera le meilleur travail. Le syndicalisme pose un autre type de problème : cest lun des engagements les plus nécessaires du monde à condition quil ne débouche pas sur des prises dotages, ou des contre-performances, aux dépens de lusager, à fondement principalement corporatif.
Quil garde les idées, et oublie les drapeaux. »
« Autant au regard de la politique politicienne, le travailleur social ne doit pas vendre les salades des politiciens, autant vis-à-vis de la politique profonde et vitaliste, il ne peut rester neutre. La politique nest pas une question de militantisme au sens classique du terme, à savoir que certaines personnes militent et dautres pas, comme il y en a qui jouent au golf ou pas. Le militantisme ne serait-il quune simple problématique de libre arbitre ? Non, la politique est un engagement au sens fort, cest-à-dire quelle consiste à être pour ou contre la vie. Ainsi les solidarités, les socialisations, le partage, la tolérance, la création de cultures, ne sont que les valeurs du développement de celle-ci. Je moppose à ce que le militantisme ne soit quun « plus », un snobisme. En conséquence, le problème fondamental est de comprendre l« engagement » du travailleur social dans le développement de la vie, et de la vraie politique pour pouvoir être efficace dans ces créations de solidarités et de partage des cultures. »
« Le travailleur social ne parvient plus à être engagé, à avoir des idées sur le monde et le sens à donner à sa vie. Beaucoup de travailleurs sociaux sopposent à la société, mais ils sont aussi contre la réussite, contre lordre, contre largent, contre un système, ce qui me paraît un peu simpliste et dépassé : ce nest pas de cette place-là que lon peut être acteur de son travail.
En tant que travailleur social, nous navons pas à nous mettre à la place de lautre, ni à dire ce qui est bien pour lui : nous avons à lui proposer des solutions, à le respecter, à lui redonner sa dignité, mais cest à la personne concernée de faire ses choix. Je défendrai le mieux possible lidée de prendre ce risque mais le professionnalisme ne sinscrit pas dans le militantisme. Être militant ou non est, pour tout citoyen, un choix personnel. Le travailleur social doit agir ses compétences dans la créativité de lacte éducatif, avec humanité, pour permettre aux jeunes et à leurs familles de construire des projets de vie porteurs de sens. »
« Le travailleur social doit être au service de tous et de toutes, et sa pratique se doit de garantir une égalité et une qualité de prestations dans un cadre de références axé autour de laccès aux droits de tous les usagers. En outre, le travail social inscrit son action dans la mise en uvre dun projet de ville, et celui-ci nest jamais neutre, et correspond à des enjeux de société ; par exemple, le fait de favoriser la mixité sociale, et de développer les solidarités, qui sont des orientations fondamentales dune conception idéologique dun tel projet, renvoie à des valeurs éminemment politiques au sens noble du terme. À partir de là, le travail social qui sy inscrit, ne peut pas être lui non plus exempt de toutes prises de positions, et doit avoir un engagement militant, car, pour que ces transformations sociales puissent se réaliser concrètement, les travailleurs sociaux doivent aussi partager ce projet. Sans aucun doute ils doivent être des militants et le rester. »
« Le professionnalisme se fonde dans une connaissance sociale plus positive et raisonnée, avec une obligation de formation et de méthodologie. Lidentité du travailleur social se forge donc dans une double capacité danalyse et dintervention sociale, elle intègre un jeu subtil avec le temps et la distance dans la relation à lautre.
Le militantisme peut aussi avoir toutes ces qualités, mais elles ne le définissent pas nécessairement. Certains militants sont généreux, disponibles, mais manquent de recul et de distance.
Un travailleur social peut avoir comme objectif professionnel daider à la restauration dune parole sociale individuelle et collective. Il dispose doutils techniques, dune pérennité, dune conception partagée des droits et possibilités que na pas nécessairement le militant. Fondamentalement, ce dernier ne sautorise que de lui-même, souvent pour le meilleur, mais aussi pour le pire. En lui-même, il nest rien. Lextrême-droite raciste a dauthentiques militants, tout dévoués à la cause ! »
« Un « vrai » travailleur social ne sera jamais du côté du conservatisme, du maintien des avantages acquis, des privilèges, ou dun libéralisme sauvage, qui creusent les inégalités sociales. Un travailleur social, est forcément du côté de la réforme sociale. À linverse, le travailleur social ne peut sautoriser à avoir des préférences pour lun ou pour lautre, pour un groupe, ou une idéologie ; cela signifie quen aucun cas, il ne peut mettre en pratique ses préférences idéologiques. Il a à prendre ses distances au regard de ses engagements politiques militants.
À partir de là, il a une haute exigence de la place de sa situation professionnelle au sein de la division du travail social. En fait, les travailleurs sociaux se doivent dêtre militants pour le parti de leurs usagers, sans pour autant adopter celui de nimporte quelle idéologie ; en outre, ils peuvent aussi être les promoteurs dune assistance publique qui ne soit pas celle « dun je te donne, je te contrôle », mais bien plus celle « dun je taide et je développe les conditions de ton existence ». »
« Le travail social exige la maîtrise doutils, mais limportant reste lusage quon fait de ceux-ci. Or, il y a des choix à opérer. Le gros défaut dans le travail social, est que les professionnels ont tendance à se mettre en position dextériorité par rapport au champ dans lequel ils interviennent. Alors que celui-ci, est bien celui de la société, et ils en font partie intégrante. Il y a donc à reconstruire de la part du travail social, un rapport de confiance avec les populations. Pour linstant, il les réifie et les aborde en tant quindividu, en perdant de vue le fait quils « font société » et doivent participer à la construction de celle-ci. Jappelle donc les travailleurs sociaux à la rigueur de leur pratique sous ses deux aspects : dune part, la relation individuelle daide à la personne ; dautre part, à ce « faire société » et considérer quils ont une place dans la construction de ce lien social. Ils doivent avoir la capacité de dire non, et de dénoncer ce qui nest pas acceptable. »
« Quand jengage quelquun, cest toujours en fonction de sa capacité à occuper le poste pour lequel il est candidat. Après, que lon découvre quil a des engagements politiques, ne me gêne absolument pas, tant quil remplit la mission quon lui a confiée avec droiture et compétence.
Avant tout, il faut que le travailleur social soit un très bon technicien. Son travail est devenu très complexe. Aujourdhui, on lui demande à la fois dêtre polyvalent et davoir une bonne connaissance dans les domaines juridiques, économiques etc. Mais en même temps, cest quelquun qui doit être là par vocation. Sa dimension humaine est très importante. On ne peut pas être un travailleur social sans vibrer. Néanmoins, les travailleurs sociaux doivent sengager en dehors de leur travail, il ne faut pas mélanger les deux. Car, lorsquon manifeste derrière une banderole, cest soi que lon met en avant. Or, lorsquon est au service dune cause ce nest pas soi que lon fait ressortir, cest la demande générale. »
« Le militantisme, cest se battre pour faire avancer ses idées ; cela se traduit par diverses formes dengagement, aux plans politique, syndical ou personnel. On a besoin daffirmer que nous sommes aux côtés des plus démunis.
Militer, cest rappeler que lon sadresse à des personnes et non à des dossiers, cest rappeler le droit à linsertion pour tous. Sadresser à une personne peut même entraîner une remise en question des institutions
Être militant, cest ne jamais cautionner par son silence. Cest aussi mettre en actes, faire en sorte que, lorsquil y a un dysfonctionnement dans linstitution, on puisse être assez vigilant pour ne pas le cautionner, être attentif à tout mouvement social au niveau du quartier ou du lieu dintervention. Nous pouvions ainsi être solidaires des actions du mouvement des chômeurs, il y a dix-huit mois, sans pour autant être leur porte-parole : car être militant en travail social, ce nest pas parler à la place de lusager, mais rappeler que sa parole doit pouvoir être entendue. »
« Certains travailleurs sociaux remplacent les résultats concrets sur le terrain, que lon attend deux, par des incantations idéologiques permanentes, et par des références théoriques. Il ne faut pas tout confondre. Les travailleurs sociaux doivent être efficaces dans leurs missions. Il ny a pas de place pour des discours généraux qui laisseraient de côté les réponses à apporter à lurgence sociale, ou à la souffrance des usagers. Le travailleur social ne doit pas être le militant prosélyte dune idéologie particulière auprès de ses usagers. Il doit apporter des réponses très terre à terre aux demandes qui lui sont faites par les gens qui viennent le voir. Les travailleurs sociaux ne doivent pas confondre leur pratique et le militantisme. Même si leur profession, pour prendre sens, doit être éclairée par une conception politique et idéologique du monde. Cest sur le tas que se construit leur « conscience politique ». Idéalement le travailleur social est celui qui a une conscience politique forte, mais une pratique, au moins, de même niveau. »
« Le travail social est par essence militant, puisque celui-ci est né de la Déclaration des droits de lhomme de 1792, et cest à partir du moment ou lEtat a proclamé légalité des hommes en droits, et que celle-ci, nexistait pas pour autant, quil a institué un corps de service publique pour réduire les écarts entre les diverses strates sociales. Ainsi par nature, le travailleur social se positionne du côté des Droits de lHomme, et se doit de tout faire pour que ceux-ci soient respectés. Il en résulte donc obligatoirement une attitude militante.
Comment pourrait-il faire évoluer la société vers une meilleure égalité entre les « hommes », si par ailleurs, il nest pas quelquun dengagé dans ce combat ?
Quelquun de neutre se satisfait de nimporte quel pouvoir et de lidéologie dominante. Ce dont ne peut pas saccommoder la profession de travailleur social. Celui-ci ne peut rien accomplir qui ne soit conforme à lidée de ce quest un homme. Cest pourquoi, il doit refuser toute mission quil estimerait contraire à léthique. »
« Les grandes associations, les grands penseurs, la production didées sur la nécessité de changer les comportements ou laction, me paraissent avoir quasiment déserté le paysage social.
Davantage que chez les travailleurs sociaux, on peut repérer les seules grandes innovations dans des associations réellement contestataires, telles que Droit au Logement ou Agir contre le chômage, par exemple
; en effet, les travailleurs sociaux semblent absents des grands mouvements collectifs pour porter des idées alternatives et neuves.
Autre crise, celle de limplication personnelle : les gens sont de plus en plus renvoyés à un comportement personnel, sisolant, faisant certes des réunions de coopération technique mais ne se sentant plus la flamme pour une intervention de terrain un peu plus soutenue : combien dassistantes sociales, par exemple, vont encore à domicile ? Si les personnes ne vont pas aux travailleurs sociaux, ceux-ci ne vont pas au-devant deux
Les injustices méritent que les travailleurs sociaux fassent autre chose que les accompagner
»
« Les travailleurs sociaux ont des valeurs en commun mais ils ne sont pas des militants.
Le militant sengage, tandis que le professionnel est engagé. Ce dernier intervient dans une relation contractuelle et non dautolégitimation. Un professionnel se caractérise par une mise à distance. On ne peut uvrer pour une cause et prétendre être rémunéré pour cela. Les transformations sociales incombent aux militants, aux politiques et aux législateurs.
Même dans les situations les plus fragiles, le travailleur social na jamais à se substituer à la personne à laquelle il sadresse, ni à porter quelque jugement sur elle ou sur sa situation. Ses réponses doivent être techniques, même si elles sont de nature humaine, comme toutes les autres professions de service relationnel (psychothérapeute, avocat, médecin, etc.). Il na jamais à confondre la prise de position avec laide. Un manque de compétences techniques peut être dissimulé par un engagement idéologique ou humanitaire qui, demblée, a une bonne presse dans notre secteur. »
« Les personnels (condition sine qua non pour que les usagers le soient aussi), doivent être sujets et acteurs des transformations sociales. Il faut se mêler de ce qui nous regarde ! La question de la citoyenneté est de tenter de voir ce qui détermine et surdétermine notre pratique. Il ne peut y avoir de relations daide, et daccompagnement, que sil ny a pas de mise à mal, très grave, des conditions de travail. Or, cest ce qui se ressent actuellement dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Cela est dû aux pressions économiques.
Actuellement, un tel mépris existe de la part des organismes tutélaires et décisionnaires vis-à-vis de la pratique sociale et thérapeutique, quil est urgent que les travailleurs sociaux militent pour le maintien et la sauvegarde du cadre de leur pratique. Ils ne peuvent à la fois entendre un discours sur lhumain, linsertion sociale et être contraints par ailleurs à gérer sans moyen, à gérer tant bien que mal les exclus en faisant de la garderie. »
« Il ne faut surtout pas perdre la distance. La professionnalisation cest la distance entre laction et celui qui est porteur de cette action. Cette distance permet la réflexion. Une réflexion qui sappuie sur la formation quon vous a dispensée. Potentiellement, le militantisme, cest cette perte de distance. Ceci dit, il y a des gens qui sont des Saints dans laction sociale parce quils ont porté leur réflexion à un niveau supérieur. Il arrive que lon trouve des associations dont les animateurs sont eux-mêmes des travailleurs sociaux. Ce nest pas bon, car il peut y avoir confusion. En revanche, quun travailleur social employé dans une association milite par ailleurs dans une autre association, là il y a un complément entre ce quest sa vie professionnelle et ses investissements personnels. Les confusions des genres sont dangereuses. Le travailleur social nest pas bénévole, il est porteur dun statut et dune compétence professionnelle. Si au nom du militantisme on revient là-dessus, ce nest pas un progrès. »
« Lorsque jinterviens auprès des travailleurs sociaux, je leur dis : « On ne vous entend pas. En 95, on ne vous a pas vus, pourtant vous avez des choses à dire ». Ils me répondent : « On ne nous demande rien ». Quand on a quelque chose à dire, il faut prendre la parole et ne pas attendre quon vous la donne : cest ça être militant !
Il nest pas possible, que le travailleur social ne se pose pas la question de la finalité du système. Or, il se trouve au cur des contradictions dun système qui narrive pas à donner une place à tous les individus et la spécificité de sa fonction fait quil ne peut pas éviter de sinterroger sur le sens de son métier. Il se pose un certain nombre de questions et doit apporter des réponses : cest en cela quil est militant ! Sinon, il nest quun technicien, et un technicien de quoi ? De la gestion de lexclusion ? Quelle misère ! Cest terriblement dangereux dêtre un technicien. Cela signifie que lon considère son savoir comme neutre et quon le met au service de nimporte quelle cause. »
« Les travailleurs sociaux ne constituent pas une catégorie socioprofessionnelle à part. Ils sont avant tout citoyens et travailleurs. Ils nont pas à avoir un engagement politique, philosophique, ou syndical particulier, sous prétexte quils sont travailleurs sociaux. Ce sont ses compétences, son expérience, sa formation sanctionnée par une qualification, qui fondent sa spécificité et son utilité sociale. Sinon il nen aurait aucune Il est cependant logique, quen tant que citoyen, le travailleur social dont le métier gravite autour de la question sociale et de lhumain, sinterroge sur les valeurs de la société, et adopte des positions politiques ou syndicales, ce qui est tout à fait légitime ; mais il ne faudrait pas pour autant, bien quil soit souvent amené à parler pour lusager ou à sa place, quil pense quil est militant. Parfois même, la militance cache lincompétence professionnelle. Souvent lorsquun travailleur social est malheureux professionnellement, il se réinvestit dans le militantisme »
« Les travailleurs sociaux sont trop muets. Dans leurs écoles est souvent recommandée l« action neutraliste et bienveillante ». Cest un leurre ! Ce sont souvent les vrais militants qui connaissent le mieux les lois et les dispositifs et qui sont les plus efficaces dans laction du travail social. Certes, il existe des pratiques comme en gérontologie ou dans laccompagnement des enfants en difficulté qui saccommodent peut-être dune absence de militantisme. À linverse, celles des sans-papiers, de lIVG ou du droit au logement, par exemple, se réfèrent fortement à la militance.
Quand on est travailleur social on a la chance de travailler en équipe, en collectif et dans ces cas-là dêtre inscrits dans une dynamique collective, syndicale, associative. Certes, on a toujours le choix de rester dans cette « fameuse neutralité
. malveillante ». Ou parce quon est témoin de situations dégradées, de difficultés, de souffrances, de sinsurger. Le premier acte du militant est de prendre la parole et de dire les choses. »
« On ne devient pas travailleur social par hasard. Cest un choix basé sur la conviction que lon peut être utile, sur des valeurs de justice, dhumanisme.
Lune des définitions du mot militant est « sengager pour une cause ». Cest dans ce sens que je considère que les travailleurs sociaux doivent être des militants. Car le principe même de ce métier est lengagement au service des autres. Il faut aider des êtres humains qui ont perdu pied dans une société qui les a exclus, à la réintégrer, à retrouver des droits.
Il ne sagit pas de développer une idéologie au sens littéral du terme, mais de travailler auprès de personnes pour quelles reprennent confiance, en leur montrant quelles comptent.
On ne peut plus voir laction sociale comme dans les années 50, sinon lon en restera à lassistanat. Des millions de personnes dans notre pays doivent pouvoir retrouver leur place dans la société, dans la famille, agir et juger par eux-mêmes, redevenir des citoyens. »
« Il ne faudrait pas confondre laction militante et la pratique professionnelle. Les travailleurs sociaux doivent surtout être des militants de lanalyse des pratiques, car la fonction principale du travail social nest pas de transformer la « situation réelle » des gens mais de métamorphoser le rapport quils ont à leur situation : cest un travail sur les représentations du monde quont les individus, or, on ne peut travailler sur celles-ci, sans être positionné au regard des valeurs que lon défend.
La neutralité nexiste pas dans le positionnement du travailleur social. Le travailleur social est engagé en tant que sujet dans sa pratique et en tant que tel, il apparaît impossible de cliver le professionnel dun côté et le militant de lautre. Le clivage reviendrait à fendre en deux le sujet ; or il ny en a quun seul. Le travail social doit se restructurer et retrouver des forces vives et actives. Létat de la société impose que les travailleurs sociaux soient des militants. »
« Lengagement se pratique partout : à lendroit où lon vit, dans la famille, dans le travail etc. Or, travailleur social est un métier qui ne peut-être incarné que par des idées personnelles.
La problématique pour le travail social est de défendre une position éthique du sujet, et faire en sorte que ce soit repris et étayé dans les espaces politiques et dans les sphères décisionnelles. En conséquence, le travail social doit être militant. Et subversif, car ramener la question du sujet renvoie à déconstruire le discours dominant du capitalisme.
Les travailleurs sociaux doivent être militants, car le risque majeur est celui de linstrumentalisation de leur fonction, et de cette « ingénierie sociale » qui se répand petit à petit, même dans quelques établissements où lon commence à voir des « normes de qualité » pour les personnes handicapées. Cest une dérive terrible, car si lon en arrive à appliquer la raison industrielle à des êtres humains, cest toute cette question du sujet qui disparaît. »
« Bien que le militant soit un individu social, cest avant tout, quelquun qui combat pour une idée, une opinion, qui participe dune organisation politique ou syndicale, alors que le travailleur social est dabord un « créateur » de la relation sociale. Léducateur est un intermédiaire entre les divers partenaires sociaux et existants, tels que la famille, les acteurs de la police, de la justice etc. Il est là, pour permettre à une personne davoir la capacité de dialoguer avec tous ces milieux divers. Le travailleur social est un « passeur », un « artiste de la relation ».
Il doit être authentique, en respectant les règles institutionnelles et les lois sociales, mais il na pas à donner des idées à ses usagers. Les travailleurs sociaux ne doivent pas être des militants. On ne peut pas être artisan ou travailleur ou professionnel et militant. Ce sont deux choses différentes. Je pense quon a plus besoin de militer pour faire valoir notre métier
Par contre il sagit de « travailler et dapprofondir nos outils ». »
« Nous ne devons pas nous considérer automatiquement comme le porte-parole des gens. Ce serait dommageable pour eux, pour leur espace de cheminement et de leurs désirs. Je préfère situer notre accompagnement dans le champ de la déontologie professionnelle plutôt que dans celui de la militance.
Mais cette profession suppose aussi la motivation, le travail sur soi. Nous sommes passés du caritatif à un ensemble encadré par des méthodes, une déontologie et une volonté de se mettre à proximité des plus faibles.
Le terme « militant » me semble avoir davantage une résonance politique. Alors, si les travailleurs sociaux sont capables dassurer des responsabilités, même politiques, ne les transformons pas ex abrupto en militants politiques. Ce serait dommage, parce que réducteur, ce qui ne mempêche pas de souhaiter, bien sûr, que les jeunes professionnels rejoignent les syndicats qui contribuent à léquilibre des établissements, à condition que les militants syndicaux bannissent, résolument, les conduites dévitement et la défense simpliste des acquis. »
« Pédiatre, je travaille avec le nourrisson et ses parents en tentant, quand il y a des dysfonctionnements, de les adapter au seuil de tolérance de chacun. Mais, ceci ne peut se faire quen fonction du militantisme des travailleurs sociaux qui mont amené des enfants et mont fait comprendre comment il était possible délaborer ensemble des stratégies éducatives, sociales, culturelles et sanitaires. Il a fallu, pour cela, que ces travailleurs sociaux militent, afin daffirmer leur besoin du « toubib ». Il faut développer cette capacité de « travailler ensemble ». Il faut que les travailleurs sociaux militent pour quon ait le droit de travailler les uns avec les autres : un ministère de lÉducation nationale, avec un conseil général, une mairie, un service de santé etc. Bien quil y ait des logiques différentes. Il faut également que les travailleurs sociaux militent pour l« humilitance » qui consiste à accompagner les usagers de manière à ce que, petit à petit, se produise lémergence de leurs compétences. »
« Nous nous trouvons dans un rapport de travail. En général, un patron ne peut exiger de son employé quil soit militant. Mais cela est différent dans le service public, car ce sont les citoyens qui lont créé pour répondre aux problématiques sociales. On doit au moins demander aux travailleurs sociaux dêtre intelligents et citoyens. Aussi, pour changer les choses, les travailleurs sociaux peuvent-ils interpeller leurs employeurs, non seulement dans un rapport employeurs/employés, mais également entre citoyens responsables.
En tant quélue, cest mon travail de donner aux travailleurs sociaux des moyens pour faire évoluer les choses. Je suis à lécoute des difficultés quils rencontrent et de comment ils évaluent nos choix politiques. Je suis de la même manière à lécoute des habitants. Ces rencontres sont fondamentales car elles permettent de faire émerger de nouvelles propositions de transformation. Etre militant cest sautoriser à faire des propositions de transformation des choses. »
« Je suis sceptique sur les enseignements à tirer dun vote d« électeurs » qui nauront pas à supporter leffet direct du choix de leur bulletin. Certes, létude sociologique que vous proposez à ces « électeurs » en deuxième volet de leur vote permettra à ceux-ci de nuancer leurs positions. Mais si vous me demandiez de répondre de façon aussi tranchée que par « oui » ou « non » à la question : « Les travailleurs sociaux doivent-ils être des militants ? » je répondrais « non », car lidée de militant se réfère à des organisations soit politiques, soit syndicales, voire religieuses, alors que les travailleurs sociaux doivent être et sont des intermédiaires entre, dun coté une population dont ils doivent partager les problèmes et les inquiétudes, et dun autre coté les pouvoirs publics qui détiennent, en général, la clé des demandes présentées. Je pense donc que les travailleurs sociaux doivent être dabord orientés « vers le bas », cest-à-dire vers les usagers, plutôt que « vers le haut », cest-à-dire vers les partis et les syndicats. »
« Changer le monde, certes, ça ne se fait pas dun coup de baguette magique. Mais on sengage dans le travail social pour changer quelque chose, que ce soit dans les rapports humains, dans lurbanisme, dans la politique, dans lenvironnement. Jai limpression que le travailleur social daujourdhui est davantage préoccupé par sa convention, son diplôme
sa résidence secondaire ! Il a perdu cet élan initial, ce désir de vouloir faire tourner autrement le monde.
Je souhaite que les travailleurs sociaux soient des militants. Mais je considère aussi quun maire, de la même manière, est un militant : je suis maire pour essayer de faire en sorte que les gens vivent moins mal, pour quil y ait du logement social intelligent, des équipements pour les enfants, moins déchec scolaire, etc. Jattends des travailleurs sociaux quils maident dans cette tâche. Je nai aucunement besoin quils reçoivent à heures fixes pour distribuer dans leur bureau des bons dalimentation ! »
« Un travailleur social ne peut, aux familles défaillantes, que proposer une autre forme de prise en charge de leurs enfants : en cela, il ne peut être que « militant » dune nouvelle forme déducation. Pour ce qui est de « lextérieur », le travailleur social, fort de sa personnalité, de ses observations professionnelles, de ses savoirs, ne peut également quêtre militant face aux troubles que connaît cette société. Je pense notamment à ce débat autour de la délinquance des mineurs, dans lequel les travailleurs sociaux ont été bizarrement assez absents. Comme si le travail social navait pas quelque chose à dire sur la délinquance des mineurs et les mesures à y apporter !
Sil se pose quelque part en « rectificateur » des erreurs éducatives des autres, cest que le travailleur social est soutenu par quelque chose de lordre dune idée éducative. Sil prétend avoir une orientation à donner pour le travail quil a à faire avec les enfants, il est forcément amené à avoir un rôle militant. »
« Actuellement, dans le secteur, trop de travailleurs sociaux disent militer en pensant que leurs activités au sein des comités dentreprises, ou comme représentant du personnel, pour lesquelles ils sont rémunérés, correspondent à du militantisme. Or, le militantisme du travailleur social commence lorsquil sengage dans des processus qui vont lui permettre daméliorer sa pratique en dehors de sa position salariale. Actuellement, beaucoup de professionnels font leurs 8 heures par jour, et ne senrichissent ni par de la formation ni par de la documentation, ce qui génère une méconnaissance totale des textes de lois et tout ce qui permet de gérer le secteur. Il existe donc de vraies lacunes dans ce domaine. À leur décharge, il est patent que les « directions » ne les poussent pas particulièrement à se former, à être informés, à prendre du temps pour aller à des colloques, etc. Ceci tient à une forme de rétention dinformations de la hiérarchie institutionnelle, qui invalide de surcroît lacte militant. »
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