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Numéro 494, 8 juillet 1999

Trois sur dix ont un emploi d’animation socioculturelle

Emplois-jeunes, où en sommes-nous

La loi du 16 octobre 1997 relative au développement d’activités pour l’emploi des jeunes a permis la création d’emplois ouverts à des jeunes. L’aide de l’État prend la forme d’une subvention par poste créé correspondant à 80 % du SMIC. Les employeurs doivent être des organismes à but non lucratif, des collectivités territoriales ou des établissements publics. Bilan


Applicable depuis octobre 1997, le programme Nouveaux services - Emplois jeunes a connu une phase d’élaboration des projets, puis une montée en charge rapide à partir de la mi-1998. Un premier bilan d’une année a été récemment tiré dans Premières informations et Premières synthèses, organe de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). « Les associations et les collectivités territoriales se sont notamment mobilisées », précise l’enquête, « et ont développé des activités dans les domaines de la solidarité, de l’environnement, de la culture et du sport ». En effet, hors ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur, les associations sont les principaux employeurs du programme Nouveaux services - Emplois jeunes ; près de 17 000 d’entre elles — de même que près de 7000 collectivités territoriales et environ 2500 établissements publics — participaient, à la fin de l’année 1998, au programme. En moyenne, chaque association avait embauché 1,5 jeune, soit 25 000 au total.

Il apparaît également qu’un peu plus d’un jeune sur deux (56 %) est rémunéré au-dessus du SMIC : ce point est à rapprocher du niveau de formation à l’embauche, plus élevé dans les associations que chez les autres employeurs.

Les hommes sont davantage embauchés pour des activités relatives à l’environnement, tandis que les femmes le sont pour des emplois liés à la famille, la santé et la solidarité ; plus de trois jeunes sur dix, par ailleurs, ont un emploi d’animation socioculturelle ou sportive.

Pourtant, rappelons-nous, ici et là, quelques mouvements d’humeur sont apparus : manif d’aides-éducateurs à Paris en octobre 98, ou grève des mêmes à Lyon en mai dernier, ou encore grève de trois jours des emplois-jeunes de la RATP il y a quelques semaines… « Les emplois-jeunes risquent de mal vieillir », pronostiquait même, pessimiste, Le Monde-Économie du 4 mai dernier en s’interrogeant sur ce que deviendront, au bout de cinq années, les bénéficiaires de cette mesure-phare gouvernementale.

Mais globalement, « de tout ce débat autour des emplois-jeunes (…) », estimait Jacques Ladsous, Vice-Président du Conseil supérieur du travail social (CSTS), devant un colloque de formateurs en avril dernier, « il ressort une idée positive, le plus souvent admise par tous, c’est que non seulement il n’y a pas d’incompatibilité entre ces engagements, ces emplois, et la situation sociale générale, mais que la disponibilité des jeunes à des emplois de cette nature peut être un facteur de rajeunissement de l’action, une contribution à son développement, un levier à la transformation des modes de prise en charge ». Et, dans une circulaire du 12 avril dernier (DGEFP n°99/19, voir supplément à TSA Hebdo n°742), la Délégation générale à l’Emploi et à la Formation professionnelle du ministère de l’Emploi et de la Solidarité estime que les effets attendus du programme Nouveaux services, nouveaux emplois ont été produits : « Au 31 décembre 1998, près de 56 000 projets portés par des associations, des collectivités locales, des bailleurs sociaux, des hôpitaux, des établissements scolaires ou d’autres structures encore avaient été conventionnés, plus de 158 000 emplois créés, 120 000 embauches de jeunes réalisées ».

Fin mars 1999, indique le ministère, « on note néanmoins une tendance à la baisse du volume des emplois créés » ; on en est alors à 179 000 emplois ventilés entre l’Éducation nationale (65 000 postes), la Police nationale (16 500) et les autres secteurs (associations, collectivités territoriales, établissements publics), dans lesquels 97 500 postes ont été créés à la fin du premier trimestre. Au total, 149 000 embauches ont été réalisées sur l’ensemble du programme, dont 29 000 au premier trimestre 99.

Les jeunes embauchés dans les associations, collectivités et établissements publics ont en moyenne 24,2 ans.

Mais le mouvement doit encore se poursuivre, l’objectif étant d’atteindre 250 000 emplois créés à la fin de l’année en cours. En outre, ajoute la circulaire, il s’agit de « soutenir la structuration et la professionnalisation des services créés, pour assurer leur efficacité, et leur pérennisation à terme ».

En ce qui concerne l’émergence de nouveaux projets et les activités d’ores et déjà mises en œuvre, le texte développe sept fiches ; la première propose de « poursuivre la diversification de l’utilisation des crédits d’ingénierie » : il s’agit là de renforcer la logique de développement local, et d’orienter une partie de l’offre de conseil au profit du développement d’activités dans les quartiers de la politique de la ville, en direction de certaines filières d’activités (dont les Nouvelles technologies de l’information et de la communication, les fameuses NTIC), et aussi au bénéfice des activités d’ores et déjà mises en œuvre (par exemple les projets fragiles qui peinent à se réaliser). La fiche n°2 insiste sur la nécessité de soutenir les projets portés par les jeunes eux-mêmes : en effet, « ils apparaissent peu dans le bilan qualitatif effectué en 1998 comme acteurs »… Pour inverser la tendance, il est prévu de renforcer les lieux d’expression et d’écoute qu’ils fréquentent, mais aussi les moyens d’accompagnement permettant d’organiser le montage de projet. Le repérage des jeunes porteurs d’idées se fera avec l’aide des missions locales, des permanences d’accueil, information et d’orientation (PAIO), des entretiens « Nouveaux départs » mis en place par ces dernières avec l’Agence nationale pour l’emploi ou dans le cadre du programme TRACE. Pour que cette forme de participation des jeunes au développement du programme Nouveaux services, nouveaux emplois soit « significative », ajoute la circulaire, il est « nécessaire que dans chaque département plusieurs projets ainsi construits, impliquant au total une vingtaine de jeunes, puissent voir le jour dans le courant de 1999 ».

La troisième fiche entend susciter des initiatives de la part de certains porteurs de projets potentiels ; il est ainsi envisagé de développer de plusieurs activités : accompagnateurs multimédia, agents de contact et de médiation, coordinateurs départementaux (ceux-ci auront pour mission l’orientation vers le réseau d’accueil de jeunes en grande difficulté, notamment en situation d’illettrisme, repérés lors de l’Appel de préparation à la défense (APD), et assureront le suivi de ces jeunes).

La fiche suivante concerne le suivi et le contrôle des conventions passées avec les employeurs : le bilan annuel doit faire apparaître l’état des recrutements effectivement réalisés, la nature des activités, les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre, les actions effectuées en faveur de la professionnalisation des salariés embauchés et les perspectives de financement et de pérennisation « de l’activité et des emplois au terme de l’aide de l’État ».

« L’appui à la professionnalisation » est le thème de la fiche n°5 : rappelant la création des plates-formes régionales de professionnalisation qui rassemblent les services déconcentrés de chaque ministère concerné par le programme Nouveaux services - Emplois jeunes, elle insiste sur la nécessité de « préciser les missions de chaque niveau territorial » ; trois objectifs sont d’autre part fixés : apporter un appui concret aux employeurs, repérer les activités nouvelles susceptibles de conduire à « des configurations de nouveaux emplois, voire de nouveaux métiers », et enfin aller vers la reconnaissance sociale des nouvelles qualifications requises.

Non moins important, « l’appui à la pérennisation » fait l’objet de la fiche suivante : il est recommandé de rechercher les partenariats financiers, d’encourager « l’autofinancement », et de sensibiliser à la possibilité de recourir à des financements bancaires les porteurs de projets (1), « souvent peu familiarisés avec ce type de démarche » ; concernant l’essaimage des pratiques intéressantes, une banque de données doit être constituée afin de capitaliser les informations en matière de « services susceptibles de se pérenniser par transfert dans le secteur marchand ».

La dernière fiche concerne les actions de valorisation et de diffusion : une brochure questions-réponses, destinée aux employeurs, éditée en 1997, a été réactualisée et rééditée en avril dernier en 150 000 exemplaires ; actualisé lui aussi, le dépliant de présentation du programme destiné aux jeunes est diffusé dans les missions locales, les PAIO, les agences pour l’emploi, les préfectures ; la récente publication d’un guide pratique consacré au programme emplois-jeunes et la lettre Emplois-jeunes (trois numéros, tirage 60 000 exemplaires pour le premier numéro, en progression pour les autres) parachèvent le dispositif d’information générale.

Le site Internet www. travail. gouv. fr propose en consultation les textes officiels, les rapports, les bilans trimestriels et l’ensemble des supports d’information ; des liens, en outre, sont créés avec d’autres sites qui présentent le programme, soit dans des régions, soit au niveau d’un ministère spécifique.

Des productions audiovisuelles sont à la disposition des services intéressés, via une vidéothèque (2) qui propose une collection de films, dont certains consacrés aux emplois-jeunes. Une série de huit petits films (42 minutes en tout), par exemple, décrit huit activités différentes, explique l’utilité sociale du nouveau service mis en place, rappelle l’ingénierie du projet (étapes du montage, rôle de l’association ou de la collectivité, témoignage de jeunes, point de vue des responsables publics…).

Joël Plantet

(1) Un service d’information « Info - emploi » est accessible au 0 803 347 347 (0,99 F la minute) : une équipe de juristes répond aux questions, du lundi au vendredi, de 9 h 00 à 18 h 00.

(2) Vidéothèque « Modes d’emplois » - 73, rue du Volga - 75020 Paris. Tél. 0 802 850 850. Les cassettes sont vendues au prix de 120 F TTC, mais un système de location d’une durée de trois semaines est également mis en place.


La loi du 16 octobre 1997

La loi n° 97-940 du 16 octobre 1997 définit le programme Nouveaux services - Emplois jeunes par l’objectif de «promouvoir le développement d’activités créatrices d’emplois pour les jeunes répondant à des besoins émergents ou non satisfaits et présentant un caractère d’utilité sociale ».

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