![]() |
||
Pour éviter les difficultés dans la maîtrise du langage, de lécriture et de la lecture, qui risquent dentraîner léchec scolaire, lillettrisme et lexclusion sociale, il faut intervenir le plus tôt possible. À la fin du CP, 7 à 8 % des écoliers ont du mal à déchiffrer des mots simples et, à lentrée du collège, 10 % nidentifient pas automatiquement les mots. Face à cette réalité, la prévention de lillettrisme ne pourrait-elle pas seffectuer dès le début de la vie, au moment où apparaît le langage ? La Dases (Direction de laction sociale de lenfance et de la santé) a justement mis en place une politique pour prévenir et dépister les risques de troubles de la communication et du langage. Une nouvelle approche de la prévention, qui permet aux PMI (protection maternelle et infantile) des vingt arrondissements de la capitale, davoir des équipes médicales dencadrement et dagents (puéricultrices, auxiliaires, psychologues) disponibles sur le terrain, afin dagir contre lillettrisme. Un centre de dépistage et de prévention de lillettrisme a été ainsi implanté, au cur du quartier de la Goutte dOr, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
« La notion dillettrisme concerne les personnes scolarisées qui nont pas réussi à aller au bout de leur scolarité faute de maîtriser la lecture et lécriture. Il y donc un paradoxe à vouloir faire de la prévention pour ce qui nexiste pas encore chez le tout petit »., explique Brigitte Tostain-Chardin, psychologue-psychanalyste dans ce centre. Pourtant, avec un repérage des difficultés en amont, lenfant risque moins de prendre le chemin de lillettrisme. La prévention précoce et le dépistage des troubles du langage et de la communication savèrent utiles chez le jeune enfant de 0 à 6 ans. Une petite équipe, composée de cette psychologue-psychanalyste et dune orthophoniste intervient dabord auprès des équipes de PMI pour les sensibiliser et les aider au repérage, dès le plus jeune âge, des causes, des risques et des signes précurseurs des troubles de la communication et du langage. Ainsi, lorsque le médecin de famille ou le pédiatre saperçoit que lenfant ne parle pas, cela peut constituer un signe. Lenfant est peut-être en opposition avec sa mère, réagit fort à une naissance très proche de la sienne, se ferme et refuse sa nouvelle nounou , ou bien il connaît ce trouble du fait de la timidité, de la peur ou de la phobie. Limportant est de savoir si lenfant vit un bon développement affectif avec ses parents. Cest aussi un devoir de laider, dès la naissance, à bien tisser des liens avec lenfant. La communication entre la mère et lenfant, et ce, dès lallaitement, reste particulièrement importante pour détecter les dysfonctionnements dans la transmission et lacquisition du langage. Lêtre humain est avant tout un être de langage. Ce langage exprime son désir de rencontrer un autre, semblable ou différent de lui et détablir avec cet autre une communication », tel est le principe essentiel souligné par le CDPL. Si la relation mère-enfant est fragilisée, ou manque de fondation solide, lenfant naura pas de véritable communication ; il sera ralenti ou empêché dans son élan de communication. Sans oublier que les difficultés dordre social (chômage, précarité ) et affectives (rupture familiale) peuvent accentuer lapparition de lillettrisme.
Outre la nécessité de communiquer aussi avec lenfant avec des sourires, des gestes, des regards, des soupirs, de jouer avec les intonations de la voix et des mimiques , on noubliera pas limportance accordée à la présence du livre. Cest un outil de médiation idéal entre lenfant et ses parents qui développera lenvie de lire et, par conséquent, lapprentissage de la langue écrite. A partir de six mois, lenfant peut être sensibilisé à la lecture par sa famille soit en feuilletant des livres soit en choisissant des histoires simples (1). Et la musique ? Inutile dinsister sur les bienfaits des comptines, berceuses et autres chansons denfance. La mélodie des mots et lharmonie des rythmes jouent eux aussi leur rôle de prévention contre lillettrisme. La voix des parents et le geste restent le moyen rêvé de communiquer avec son enfant.
CdLM
(1) Lire le texte de Brigitte Tostin-Chardain : « Du babil au B.A.B.A » p 73-74, du tout récent ouvrage collectif : «Lillettrisme en toutes lettres ». Flohic Editions. 135 F.
Pôle Santé Goutte dOr, Centre de dépistage et de prévention de lillettrisme, 16/18, rue Cavé, 75018 Paris. Tél. 01 53 09 94 10.
Association allaitement sevrage inititiation à la maternité. Tél. 01 43 26 64 54.