Numéro 489, 3 juin 1999

La prévention de l’illettrisme doit commencer dès le début de la vie !

Naître, c’est entrer dans le langage. Durant les six premières années de la vie, l’enfant développe un langage et une communication avec sa famille tout à fait déterminants pour son avenir. Les meilleures conditions d’éveil et d’apprentissage sont alors indispensables


Pour éviter les difficultés dans la maîtrise du langage, de l’écriture et de la lecture, qui risquent d’entraîner l’échec scolaire, l’illettrisme et l’exclusion sociale, il faut intervenir le plus tôt possible. À la fin du CP, 7 à 8 % des écoliers ont du mal à déchiffrer des mots simples et, à l’entrée du collège, 10 % n’identifient pas automatiquement les mots. Face à cette réalité, la prévention de l’illettrisme ne pourrait-elle pas s’effectuer dès le début de la vie, au moment où apparaît le langage ? La Dases (Direction de l’action sociale de l’enfance et de la santé) a justement mis en place une politique pour prévenir et dépister les risques de troubles de la communication et du langage. Une nouvelle approche de la prévention, qui permet aux PMI (protection maternelle et infantile) des vingt arrondissements de la capitale, d’avoir des équipes médicales d’encadrement et d’agents (puéricultrices, auxiliaires, psychologues) disponibles sur le terrain, afin d’agir contre l’illettrisme. Un centre de dépistage et de prévention de l’illettrisme a été ainsi implanté, au cœur du quartier de la Goutte d’Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

« La notion d’illettrisme concerne les personnes scolarisées qui n’ont pas réussi à aller au bout de leur scolarité faute de maîtriser la lecture et l’écriture. Il y donc un paradoxe à vouloir faire de la prévention pour ce qui n’existe pas encore chez le tout petit »., explique Brigitte Tostain-Chardin, psychologue-psychanalyste dans ce centre. Pourtant, avec un repérage des difficultés en amont, l’enfant risque moins de prendre le chemin de l’illettrisme. La prévention précoce et le dépistage des troubles du langage et de la communication s’avèrent utiles chez le jeune enfant de 0 à 6 ans. Une petite équipe, composée de cette psychologue-psychanalyste et d’une orthophoniste intervient d’abord auprès des équipes de PMI pour les sensibiliser et les aider au repérage, dès le plus jeune âge, des causes, des risques et des signes précurseurs des troubles de la communication et du langage. Ainsi, lorsque le médecin de famille ou le pédiatre s’aperçoit que l’enfant ne parle pas, cela peut constituer un signe. L’enfant est peut-être en opposition avec sa mère, réagit fort à une naissance très proche de la sienne, se ferme et refuse sa nouvelle nounou…, ou bien il connaît ce trouble du fait de la timidité, de la peur ou de la phobie. L’important est de savoir si l’enfant vit un bon développement affectif avec ses parents. C’est aussi un devoir de l’aider, dès la naissance, à bien tisser des liens avec l’enfant. La communication entre la mère et l’enfant, et ce, dès l’allaitement, reste particulièrement importante pour détecter les dysfonctionnements dans la transmission et l’acquisition du langage. L’être humain est avant tout un être de langage. Ce langage exprime son désir de rencontrer un autre, semblable ou différent de lui et d’établir avec cet autre une communication », tel est le principe essentiel souligné par le CDPL. Si la relation mère-enfant est fragilisée, ou manque de fondation solide, l’enfant n’aura pas de véritable communication ; il sera ralenti ou empêché dans son élan de communication. Sans oublier que les difficultés d’ordre social (chômage, précarité…) et affectives (rupture familiale) peuvent accentuer l’apparition de l’illettrisme.

Outre la nécessité de communiquer aussi avec l’enfant avec des sourires, des gestes, des regards, des soupirs, de jouer avec les intonations de la voix et des mimiques…, on n’oubliera pas l’importance accordée à la présence du livre. C’est un outil de médiation idéal entre l’enfant et ses parents qui développera l’envie de lire et, par conséquent, l’apprentissage de la langue écrite. A partir de six mois, l’enfant peut être sensibilisé à la lecture par sa famille soit en feuilletant des livres soit en choisissant des histoires simples (1). Et la musique ? Inutile d’insister sur les bienfaits des comptines, berceuses et autres chansons d’enfance. La mélodie des mots et l’harmonie des rythmes jouent eux aussi leur rôle de prévention contre l’illettrisme. La voix des parents et le geste restent le moyen rêvé de communiquer avec son enfant.

CdLM

(1) Lire le texte de Brigitte Tostin-Chardain : « Du babil au B.A.B.A » p 73-74, du tout récent ouvrage collectif : «L’illettrisme en toutes lettres ». Flohic Editions. 135 F.

Pôle Santé Goutte d’Or, Centre de dépistage et de prévention de l’illettrisme, 16/18, rue Cavé, 75018 Paris. Tél. 01 53 09 94 10.

Association allaitement sevrage inititiation à la maternité. Tél. 01 43 26 64 54.


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