Numéro 489, 3 juin 1999

Combattre l’illettrisme, ça s’apprend

Les professionnels et les bénévoles concernés par l’insertion socialeet professionnelle des personnes éprouvant des difficultés à lire et à écrire peuvent compter sur « Assofac », véritable centre de ressources


« Notre vocation est d’être au service de tous les gens qui travaillent dans la lutte contre l’illettrisme et qui sont en contact avec les publics illettrés, à quelque titre que ce soit », explique Amy Tardres, coordinatrice du Centre de ressources régional illettrisme Assofac (1). Cet organisme offre en effet un accès libre et gratuit à tous les acteurs de la formation et de l’insertion sociale et professionnelle des personnes éprouvant des difficultés à lire, à écrire et à compter. Pas moins d’une cinquantaine de centres de ressources comme celui-ci existent en France, grâce notamment au soutien du GPLI (Groupe permanent de lutte contre l’illettrisme), de la DRTEFP (Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle) et du FAS (Fonds d’action social). Ils sont très différents les uns des autres, car ils correspondent à diverses réalités locales. Tous travaillent en réseau sur l’ensemble du territoire.

Le lieu de ressources, situé dans le Xe arrondissement de Paris, dépend de l’organisme de formation Assofac, propose un certain nombre d’interventions autour du conseil et de l’orientation sur les métiers de la formation, la consultation de documentation, l’information et la sensibilisation sur l’illettrisme… Depuis 1992, il accueille aussi bien des formateurs bénévoles, des responsables d’organisme ou de formation, que des enseignants, des chargés d’accueil et d’orientation, des animateurs, des travailleurs sociaux, des documentalistes. Ainsi, l’an dernier, plus de trois cents demandes ont été traitées pour la conduite de projets de formateurs, de bibliothécaires, de responsables de soutien scolaire et de centres sociaux. Mais, la demande en plus forte augmentation émane surtout des étudiants souhaitant réaliser un mémoire sur l’illettrisme. Un sujet très à la mode chez nos jeunes universitaires !

Ce Centre de ressources qui couvre Paris, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne travaille en étroit partenariat avec les deux autres centres de La Région Ile-de-France (Aries pour l’Essonne et Alci 77 pour la Seine-et-Marne). En 1997, ces organismes ont par exemple assuré la formation au repérage des publics de tous les agents d’accueil (ANPE, Assedic, PAIO, missions locales) de Seine-et-marne. Ils ont aussi participé avec l’association Clap d’Ile-de-France au lancement d’un concours général d’écriture et à la « Fête de l’écriture » pour toutes celles et ceux qui éprouvent des difficultés à écrire. Un travail en commun a également permis, l’an dernier, d’animer des formations, au niveau du conseil régional Ile-de-France, pour les formateurs intervenant avec les jeunes de la plate-forme d’organisation. Les trois centres de ressources ont aussi préparé le cahier des charges d’une formation préqualifiante pour de futurs chauffeurs routiers et continuent à intervenir à la demande dans des modules de formation ou des journées de sensibilisation.

À la suite de chaque campagne de communication sur l’illettrisme, de plus en plus de bénévoles souhaitent faire une formation, mais il n’en existe pas assez en Ile-de-France. « Beaucoup de candidats au bénévolat veulent en fait, par ce biais-là, régler leurs problèmes, alors qu’au contraire il ne faut pas être soi-même fragile. Lorsque nous recevons ces personnes, nous clarifions les objectifs pour les diriger ailleurs, en cas de trop grande fragilité » précise Amy Tardres. Le bénévolat peut aussi revêtir un autre aspect qui a été développé par les Restos du cœur, avec le concours d’un centre de formation de Nantes. Il s’agit de trouver des bénévoles, non pas pour être formateurs mais accompagnateurs, afin de motiver et accompagner les habitués des Restos du cœur à entreprendre une formation contre l’illettrisme. L’Assofac a organisé avec Aries et Alci 77, en novembre dernier, une journée de sensibilisation aux situations d’illettrisme à l’Assistance publique Hôpitaux de Paris. Des directeurs d’hôpitaux, directeurs de soins infirmiers, responsables de formation et DRH se sont alors réunis pour évoquer les problèmes d’illettrisme et analyser les moyens de le combattre. L’objectif est aussi de faire comprendre aux entreprises, organismes ou municipalités, que le chemin qui mène à l’apprentissage est long et justifie le coût des formations. Réapprendre à marcher lorsque l’on a été accidenté comporte toujours des étapes de progrès et de stagnation. Et pour une personne illettrée, c’est un peu la même chose…

CdLM

(1) Centre de ressources illettrisme Assofac, 132, rue du Fbg Saint-Denis, 75010 Paris.


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