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En période extraordinaireQuel accueil pour les étrangers en France ?Le flot des réfugiés du Kosovo rappelle chaque jour aux travailleurs sociaux quêtre solidaire cest faire le choix de sengager à travers des actes professionnels. Ainsi, le Service social daide aux émigrants na pas hésité à agir. François Roche, directeur du SSAE et président de la coordination réfugiés explique les raisons de son engagement |
Au 30 Avril il y avait environ 3000 ressortissants de lex-Yougoslavie, arrivés de façon organisée (évacués de Macédoine) ou sauvage (arrivés par leurs propres moyens).
En fait le SSAE na pas été contacté : nous nous sommes saisis nous-mêmes car nous considérons que nous sommes directement concernés pour deux raisons : une première qui est liée strictement à la fondation du SSAE. Le SSAE est une Association loi 1901 qui a été créée en même temps comme branche française du service social international et cela pour agir typiquement par rapport à des situations analogues, cest-à-dire des situations de migrations forcées. La deuxième raison est que nous sommes restés fidèles aux buts et missions dorigines et que celles-ci ont ensuite été reconnues par lEtat français et par le Haut commissariat aux réfugiés des nations unies (HCR). On est donc allé au-devant des réfugiés et de nos partenaires
On était concerné et la France était concernée. On a alors agi sur le registre qui nous était le plus commun en tant quorganisation. On a rappelé un certain nombre de droits et notamment de droits internationaux, en particulier le droit dasile et la convention de Genève. On a travaillé aussi en se mettant à disposition des pouvoirs publics qui soccupent traditionnellement de laccueil des réfugiés.
Nous accueillons des gens qui sont perturbés, sous un état de choc, surtout les adultes qui ne savent absolument pas comment ils peuvent envisager les perspectives davenir parce quils viennent de perdre leurs repères.
Le problème de la langue est le premier. On travaille de façon systématique au SSAE comme ailleurs avec des interprètes. Comme la communauté albanaise nest pas très importante en France, il y a peu dinterprètes professionnels pour les migrants. On a donc recours aux contacts ou aux personnes que lon connaissait dans le cadre de notre travail et qui veulent bien faire office dinterprètes.
Nous sommes très réservés là dessus. Bien sûr nous trouvons la proposition et lélan remarquables et généreux mais il est souvent naïf et très mal informé. Par exemple, le chauffeur de taxi qui me ramenait de laéroport le jour de la première arrivée me disait que sa femme avait proposé tout de suite de mettre un lit pliant dans la chambre de son propre enfant pour accueillir un petit orphelin Kosovar. La plupart des familles ont imaginé accueillir un enfant et un enfant seul, un enfant qui pourrait se rapprocher deux ou se lier à eux sans même parler dadoption directement. Au contraire dans les trois quarts des cas en réalité, le besoin évident qui se manifeste cest de vivre le plus près possible du pays et quand ce nest pas possible cest au moins de vivre en groupe familial. Or en Albanie les groupes familiaux sont importants et les exilés veulent rester proches dautres exilés, dautres familles. Nous sommes donc très réservés, non pas sur loffre daccueil des gens mais plutôt sur sa pertinence, son utilité réelle au jour daujourdhui. Cette forme daccueil nest pas à écarter mais elle est secondaire.
On a commencé à intervenir à la demande des DDASS ou des intéressés, mais cest rare. Pour les familles daccueil qui sétaient proposées sur le numéro vert, nous avons suggéré dorganiser systématiquement des réunions dinformation et de « conscientisation » sur ce que suppose cet accueil éventuel, sur ce que les Kosovars ont vécu, sur les statuts et les droits auxquels ils peuvent prétendre et sur ce à quoi il faut que les éventuels accueillants se préparent. Une image qui ma frappé au sortir de lavion, un des premiers gestes des femmes était dallumer une cigarette de tabac brun Il faut que les familles accueillantes soient susceptibles de faire que dans leur maison des groupes familiaux (et non pas 1 ou 2 personnes) puissent vivre et vivre à leur manière. À leur arrivée, et pour la plupart des réfugiés, il vaut bien mieux quils soient accueillis dans des petits centres dhébergement spécialisés. Pour les quelques cas daccueil en famille, on commence à aller, soit avec les services sociaux des conseils généraux soit avec ceux de la DASS Etat, se rendre compte sur place des conditions dans lesquelles il serait possible quun accueil soit réalisé, non seulement pour vérifier quil serait bon, mais surtout pour établir des liens organisés et durables pour quune forme de suivi daccompagnement social soit engagée.
Propos recueillis par Didier Dubasque
En 1998 lOFPRA (Office français de protection de réfugiés et apatrides) na enregistré que 1675 demandes dasile en provenance des pays de lex-Yougoslavie. Seules 23 % de ces demandes se sont traduites par lobtention du statut de réfugié (moins de 500 personnes). Sur 22 632 demandes sollicitées en 98 et cela toutes nationalités confondues, seuls 3 941 accords ont été enregistrés (80 % de rejets). Une autre forme de droit dasile, lasile « constitutionnel » qui doit profiter aux étrangers persécutés en raison de « leur action en faveur de la liberté » a été accordé en 98 à deux personnes dont lune avait été déboutée dune première demande par lOFPRA ! Selon le démographe Luc Legoux (université Paris I), le problème se situe au niveau dun état desprit avec en quelque sorte « lasservissement de la politique dasile à la maîtrise des flux migratoires ». Cet état desprit expliquerait que le nombre de demandes dasile ait été divisé par trois depuis 1989. Le nombre de réfugiés reconnus officiellement est lui passé de 15 467 en 91 à 4 112 en 1997.
Source : Le Monde article Nicolas Weill)
La France entend accueillir 600 réfugiés par semaine, soit quatre avions de 150 passagers. Les réfugiés seront triés sur la base de trois critères : attaches familiales en France, connaissance de la langue française, urgence humanitaire.
Le ministère des Affaires sociales a mis à disposition des infrastructures pour 5 000 réfugiés, et le ministère de la Défense a proposé de faire réhabiliter danciens casernements de manière à recevoir 3 000 réfugiés supplémentaires. Les autorités ne souhaitent pas concentrer les réfugiés par unité supérieure à 100 personnes.
(Source Réseau Voltaire)