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En période ordinaireQuel accueil pour les étrangers en France ?En 1998, Martine Aubry, ministre de lEmploi et de la Solidarité, décidaitde faire de laccueil des étrangersarrivant légalement en France, un axe prioritaire de la politique dintégration. Dans les départements les plus concernés, cette orientation doit se traduire par lorganisation de plates-formes daccueil au sein des locaux de lOffice des migrations internationales (Omi). Reportage à Bagnolet, sur un de ces nouveaux lieux |
En 1993, une circulaire formalisait un dispositif de « pré-accueil », destiné à préparer les demandeurs dun regroupement familial à la venue de leurs proches. La DDASS-État est responsable de laccueil dans le cadre dun plan départemental daccueil, lOffice des migrations internationales reste le référent et les services sociaux spécialisés service social daide aux émigrants (SSAÉ) (1) et service social familial migrants deviennent alors les maîtres duvre, en organisant des visites à domicile une fois la famille arrivée, et une visite-bilan au bout dun an.
Mais « lintégration est ( ) un processus particulièrement complexe, aux dimensions personnelles et intimes, mais aussi économiques, culturelles et sociales », reconnaissait Martine Aubry le 21 octobre dernier : « On « sintègre » petit à petit, sans renoncer à ses racines et à sa culture, mais en adoptant certaines valeurs de la collectivité dans laquelle on vit et que lon enrichit en apportant les siennes. Cest à ce processus progressif que la politique dintégration se doit de répondre ». Une nouvelle circulaire renforce donc le dispositif, étendant la procédure, outre les bénéficiaires du regroupement familial, aux conjoints de Français et aux familles de réfugiés.
Lobjectif des plates-formes daccueil est clairement énoncé : dune part, tous les nouveaux arrivants doivent bénéficier dun premier accueil officiel par la France ; leurs difficultés potentielles, dautre part, peuvent, par ce biais, être détectées et, pourquoi pas, traitées.
En 1999, douze départements sont concernés : Rhône, Nord, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Moselle, Paris, Seine-Saint-Denis, Essonne, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Val dOise et Yvelines.
Dernier jour de mars, 8 h 15, nous sommes à Bagnolet : une quinzaine de personnes de nationalités différentes israélienne, algérienne, marocaine, mauricienne, égyptienne, ivoirienne, etc. attendent que la réunion commence. Un auditeur social ici, ils sont trois, chargés de lanimation et de laccueil présente un petit film de lOmi, intitulé Voilà la France. Il présente quelques lignes directrices « pour les enfants, la priorité, cest la santé et laccès à lécole » et des informations sur les PMI, le caractère obligatoire de lécole, avant de sattaquer aux « grands principes de vie en France» : ici, pas de religion dÉtat même si les interdits alimentaires dans les cantines des écoles et liberté dopinion sont respectés. Est rappelée lobligation pour les migrants et réfugiés de sacquitter des impôts, et de respecter lois et habitudes du pays daccueil. Le ton est un peu gnangnan, un peu ringard, mais lauditoire semble intéressé par les messages transmis ; la France étant « une république indivisible, laïque, démocratique et sociale », un rapide cours sur la Constitution, le référendum, et les institutions est dispensé : tout y passe, les trois pouvoirs (gouvernement/parlement/justice), lorganisation géographique (régions, départements, communes), et même le portrait de Chirac, qui est au-dessus de la télé où est présenté le film. Ensuite le propos est centré sur lIle-de-france, et sur la préfecture locale, celle de Bobigny ; un point sur la mairie et les démarches que lon peut y accomplir (acte de mariage, de décès, demande de HLM, inscriptions dans les crèches et les écoles, informations générales, centre daction sociale, activités culturelles ou sportives), bref, ce « lieu central » insuffle un peu de concret à cette présentation.
Tout le monde en France « devant être soigné et remboursé », un film spécifique traite ensuite du fonctionnement de la Sécurité sociale : les feuilles de soins, les remboursements, les cotisations des salariés et des employeurs Un participant objecte : « On oublie de dire quil faut y aller, attendre, déposer des dossiers, et que tout cela nest pas toujours facile »
Des fiches de liaisons sont distribuées pour être remplies, avec indication du numéro Omi, du bilan linguistique et de laudit social proprement dit, effectués ou non. En effet, des conseillers dorientation assurent un bilan linguistique, concernant lexpression écrite et orale de la langue française.
Et justement, vient le moment de laudit social individuel ; dans de petits guichets juxtaposés, les trois auditeurs proposent de petits entretiens plus personnels (« Si des questions vous dérangent, vous pouvez ne pas répondre » ) : date darrivée sur le territoire (ici, en janvier 99), date de naissance (1977), nationalité (mauricienne), habitiez-vous en ville ou à la campagne ? (à la campagne) Avez-vous de la famille en France ? (oui) Etes-vous déjà venu en France ? (non) De quelle scolarité avez-vous bénéficié ? (de 5 à 17 ans) Rencontrez-vous des problèmes dans le maniement de la langue ? (non) Parlez-vous dautres langues ? (anglais, hindi, créole) Avez-vous un emploi ? (non) Etes-vous inscrit à lANPE ? (non, ne connaît pas) Cherchez-vous du travail ? (oui, dans la restauration) Avez-vous travaillé à lIle Maurice ? (oui) Avez-vous un projet de faire des études ? (non) Ou une formation ? (éventuellement) Quel est votre titre doccupation de logement ? (hébergé) Avez-vous la sécu ? (non, mais son épouse la, par sa mère) Comment vous adaptez-vous aux transports (plutôt bien) Avez-vous de enfants ? (non) Avez-vous rencontré une assistante sociale ? (non) Voulez-vous en voir une ? (non) etc.
Lauditeur embraye alors sur une présentation de lANPE, parle aussi dAssedic, donne les adresses en fonction du lieu dhabitation du demandeur, remet un dépliant sur la sécurité sociale (avec explications sur le numéro, la carte, le bénéfice par le conjoint), fournit tout de même ladresse du service social local, et sassure quil est bien compris de son interlocuteur.
Second audit : lhomme est arrivé tout récemment de Tunisie dans le cadre du regroupement familial, mais son épouse, elle, est là depuis dix-huit ans, salariée dans un hôpital et maîtrise la langue française. Dans son pays dorigine, il vivait en ville, possède un diplôme technique en mécanique, parle arabe et français, ne semble connaître ni lANPE, ni lASSEDIC. Il a travaillé comme tourneur, mais ici, il na aucune piste. Au sortir de lentretien, il sera orienté avec son accord vers lassistante sociale, pour une éventuelle allocation logement, et une orientation vers un organisme de formation.
LOffice des migrations internationales (Omi) (2) propose plusieurs dépliants : lun deux, intitulé Sécurité sociale, Allocations familiales, vos premières démarches, familiarise le nouvel étranger avec le système français de sécurité sociale. Deux autres, Programme daide à la réinsertion dans leur pays pour les étrangers dont lautorisation de séjour a été refusée, et Revenir au pays, informent des aides mises en place par les pouvoirs publics pour les personnes non régularisées « et invitées à quitter la France dans le respect de leur dignité »
Joël Plantet
(1) SSAÉ - 58 A, rue du Dessous-des-Berges 75013 Paris. Tél. 01 40 77 94 42.
Le n° 219-220 dAccueillir, la revue du SSAÉ (octobre 1998 - janvier 1999) porte sur ces plates-formes daccueil.
(2) OMI - 44, rue Bargue 75732 Paris cedex 15 Tél. 01 53 69 53 70.