Numéro 482, 15 avril 1999

La classe de Liliane

Un film de Edouard Cuel

Avec la participation de l’Unapei, et de la classe intégrée Charles Beuvin de Créteil.

S’adresser à : ICOM - 3 rue Meissonnier - 93500 Pantin. Tél. 01 48 40 00 42.

Projections et débats peuvent être organisés.


Sur l’air un peu « gnangnan » mais si entraînant de La vie au soleil de Claude François, les trisomiques dansent… Ils sont dans une classe dite « intégrée » : intégrée, tant bien que mal, dans un groupe scolaire normal de l’Education nationale ; une classe entière présentant le même handicap — en l’occurrence la trisomie 21 — mais se retrouvant avec les autres jeunes de l’école primaire en récré, à la cantine, etc. Ils ont les mêmes horaires, les mêmes programmes que les autres, et apprennent à leur rythme. « Je me suis laissée apprivoiser », souligne gentiment Liliane, leur instit, au même poste depuis six ans, mais ayant déjà travaillé en Institut médico-éducatif (IME). Comme les autres, ils ont des désirs, veulent devenir médecin, ambulancier, dentiste, maîtresse ou coiffeuse…

Grandir, malgré leur handicap, avec d’autres, est certainement positif, objectent certains, mais ne s’agit-il pas, au final, de vouloir gommer les différences ? Non, répondent les professionnels en charge, il s’agit d’aller « vers un regard sur l’autre moins étonné » et, note une instit, « avec cette classe, on a quelque chose en plus ». « L’intégration est dans nos têtes », résume celle que certains collègues ont appelé parfois « la maîtresse des gogols » : il ne s’agit en aucun cas de les « rendre pareils » aux autres, bien plutôt de les inciter à prendre une place, leur place.

Jusqu’où pousser leurs limites ? On les voit faire de la spéléo, de l’escalade, taper sur des ordinateurs. Les autres élèves interrogés font part de propos plutôt œcuméniques, voire idylliques : les trisomiques sont « plus doux », pas bagarreurs, veulent « faire comprendre des choses comme l’amour et l’amitié », expriment davantage que les autres leurs émotions. Il y a tout de même des heurts, et des souffrances parfois à éponger, comme de se faire « traiter » parfois de handicapé à la cantine…

Que deviendront-ils à douze ans, au sortir de ces trop rares classes intégrées ? Pour les plus performants, il pourra y avoir orientation en SEGPA, les autres iront en établissement spécialisé. Il y aura des « régressions possibles », craint l’instit ; des formules restent à inventer…

Vincent, le fils du réalisateur-producteur, a sept ans ; à la rentrée prochaine, il devrait aller dans la seule classe publique intégrée parisienne, l’Ile Saint-Louis. La directrice du lieu nous indique que la classe intégrée existe depuis plus de vingt ans, qu’elle s’est créée après un long combat à l’initiative d’un enseignant, et que le bilan, au bout de tant d’années, se solde en termes d’enrichissement mutuel. L’enseignant a bénéficié d’une formation en enseignement spécialisé, dispensé par un IUFM. Divisée en deux niveaux, la classe compte deux sous-groupes, de sept places pour les 6-8 ans, six places pour les 9-12 ans : treize places, donc, pour tout Paris, en école publique. Certes, il existe des écoles privées, et les classes d’intégration scolaire (CLIS) s’adressant à tout handicap ; il reste, semble-t-il, beaucoup à faire. Mais peut-être la question va-t-elle être enfin autrement abordée, nous dit en fin de discussion la directrice : « nous sommes actuellement très sollicités par les journalistes »…

Joël Plantet


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