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Le politique, l'éducateur et la tête de liste«Fonctions éducatives et puissances publiques»C'est sur ce thème que les XIXes Assises du Carrefour national de l'action éducative en milieu ouvert (Cnaemo) se sont tenues du 24 au 26 mars dernier à Châteauroux. Si les travailleurs sociaux ne manquaient pas, beaucoup de politiques s'étaient trouvés... autre chose à faire. Exception faite de Dany le roux qui a fait l'événement. Récit |
Il pleuviote sur la ville, les nuages sont bas et tristes ; on pense à l'adolescence castelroussine perturbée de Depardieu, natif du lieu ; les hôtels affichent complet, emplis de travailleurs sociaux venus évoquer leur rapport au politique : Fonctions éducatives et puissances publiques, ainsi était en effet libellé le thème des dernières assises du Carrefour national de l'action éducative en milieu ouvert (Cnaemo) (1). Ils sont près de huit cents, dans cette belle salle plénière d'Equinoxe, qui affiche une vague ressemblance avec l'intérieur de l'Opéra Bastille. Quelques stands, dont les secrétaires des services d'AEMO qui vendent leurs yo-yo
Un prix Carrefour (1) remis en euro (308 euros) au lauréat, pour son mémoire sur la question de la responsabilité dans le secteur social ; l'extinction de voix, grave et inopinée, du Président du Cnaemo - « Nous sommes dans une position aussi inédite qu'embarrassante » -, ou l'intervention récurrente du Professeur Hyracio Dezespouhard (ô jeunesse ennemie !) et de ses doctes sermons sur les parents en tant qu'espèce (succès mitigé) : l'ambiance a été bon enfant, studieuse et conviviale (vente de Sancerre à la porte des Assises). Les interventions étaient certes magistrales - aucun atelier -, et savaient susciter de nombreux va et vient de micro dans les rangs des participants.
Quelques équipes ont présenté des travaux de recherche ou d'évaluation qualitative, mais on a entendu, de manière récurrente, l'accroissement déploré des tâches et du nombre de mesures à prendre en charge. L'intrusion généralisée des pouvoirs publics dans la sphère privée a, d'autre part, été vertement rappelée, et quelques préconisations quant aux pratiques ont émaillé les discours : pourquoi ne pas enfin donner aux personnes les écrits qui les concernent ? a ainsi interrogé Alain Bruel, président du tribunal pour enfants de Paris. Y a-t-il assez d'espaces de discussion éthique dans nos équipes, a enchaîné un directeur de service d'AEMO ; il s'agit de ne jamais « réduire les personnes à l'inadmissible de leurs actes », a renchéri un autre professionnel et d'inverser définitivement la tendance du travail social à « rapprocher les gens par leurs manques » ; à propos d'éthique, l'affaire de Béziers donnera l'occasion au Cnaemo, réuni en assemblée générale le 25 mars, d'une condamnation des « pratiques iniques » municipales (voir encadré 1). D'ailleurs, Christine Garcette et Bernard Cavat, respectivement présidente de l'Anas et membre du mouvement Education et société, avaient été invités à réagir sur cet épisode dans le cadre de l'émission Un autre journal, sur Canal + (chez Gildas & Bonaldi), la veille des Assises.
Les perspectives d'avenir ont semblé somme toute un peu limitées à certains (« le charcutier fait toujours le même pâté », nous a même soufflé un participant) ; on est bien souvent revenus en arrière des références à l'action du temps de Nicole Questiaux ont été plusieurs fois entendues, ce qui ne nous rajeunit pas , de vieux débats sont réapparus (« missionnés » ou « mandatés », les services d'AEMO judiciaire ?), les méfaits de la sur-judiciarisation ont été encore une fois rappelés, de même que l'interdépendance entre les départements et la Justice des mineurs, qui exige une bien meilleure coordination, etc Mais quoi de neuf ? Si, un conseiller technique du Creai-Centre, Alain Dubost, a esquissé un réaménagement de la dite Politique de la Ville - lui préfère développement social urbain - intégrant davantage l'AEMO dans des fonctions d'expertise, par exemple dans les maisons de justice et du droit, en actuelle augmentation ; il estime, en outre, qu'un dispositif DSU + AEMO pourrait permettre la contribution de cette dernière aux diagnostics intéressant la politique de la ville. Dans sa foulée, la vice-présidente du conseil régional a évoqué la sous-représentation de notre secteur dans le débat politique, dans les instances de concertation. Il est, d'autre part, nécessaire de réinterroger, selon des orateurs, le positionnement de certains services : ainsi, la place des travailleuses familiales, notoirement sous-estimée
Les orientations actuelles du Carrefour national seront ainsi résumées : d'une part, se positionnant « pour l'ouverture d'un grand débat autour de la prévention en France », il entend que l'AEMO administrative figure dans la loi au titre des dépenses obligatoires ; d'autre part, les associations doivent davantage « être des interlocuteurs dans le cadre des conseils généraux ». Un topo-guide de l'action éducative en milieu ouvert du secteur associatif est actuellement en projet .
« Au moment où l'Europe repose sur l'harmonisation des politiques sociales de ses états membres, la construction d'un modèle passera sans doute par une remise à plat de l'ensemble des dispositifs. Nous devons nous y préparer », concluait le texte de Denis Vernadat, président du Carrefour.
Mais que se passe-t-il ? Soudain, des rumeurs circulent, des minivagues de tension font frissonner l'ambiance : l'arrivée de Daniel Cohn-Bendit attise les prévisions alarmantes ; les agriculteurs et les chasseurs vont venir perturber le colloque, il nous est recommandé d'arborer notre badge, l'après-midi sera chaude. Quelques uniformes bleu marine fleurissent à la porte du bâtiment, faisant bruisser les propos. Interrogés par quelques-uns, les CRS disent n'avoir strictement aucun renseignement sur ce qui va - ou non - se passer. Un Cnaemo a-t-il déjà été aussi excitant ?
Déjà, l'inscription du député européen sur la liste des invités avait suscité bien des remous : le Carrefour deviendrait-il satellitaire des Verts ? De fait, contacté pendant l'été 98, avant sa désignation comme tête de liste pour les élections européennes, Dany l'ex-rouge avait accepté de venir traiter de la dimension européenne du travail social. « C'est à ce titre de député que nous souhaitons échanger avec lui sur le modèle d'action sociale européen », s'était même défendu, devant les attaques, la présidence du Carrefour.
Finalement, le député explosif arrive en toute quiétude, probablement précédé de la plus grande discrétion. Après avoir pointé la crise du travail social en Europe, issu de la « crise fondamentale de toutes les familles », les 18 millions de chômeurs européens, la « crise des modèles de vie, entraînant une crise identitaire chez les travailleurs sociaux », il s'appuiera sur son expérience de maire-adjoint de la mairie de Francfort (« 30 % d'immigrés ») - il a également été éducateur en jardin d'enfants et animateur d'un programme de prévention de la toxicomanie - pour développer quelques propositions : intégration des travailleurs sociaux « dans un système d'échange généralisé en Europe », avec une sorte de formation continue européenne (« un an d'expérience par période de dix ans » dans un autre pays que celui d'origine) ; il veut créer également « 100 000 emplois pour s'adresser aux familles ».
« Les travailleurs sociaux sont ceux qui payent le plus la désintégration », affirme-t-il, et la puissance publique les fait intervenir trop tard. « Tout homme politique préconise-t-il sous les applaudissements devrait faire un stage de quelques semaines de travailleur social ».
Plus globalement, le député vert propose de « reconsidérer de fond en comble la vie à l'école », où il est nécessaire aujourd'hui, selon lui, d'introduire des travailleurs sociaux, en direction des enfants comme en direction des parents ; il rappelle qu'à Francfort, on ouvre, après le départ des enfants, l'école aux parents, pour des activités d'alphabétisation ou des groupes de parole
Bref, un Carrefour-état des lieux, inquiet, républicain, affichant une volonté de participer davantage à la chose politique, malgré l'absence remarquée des représentants de celle-ci, hormis la vedette susnommée. L'an prochain, pour ses 20 ans - la fleur de l'âge - le Cnaemo réunira ses assises à Paris, en mars 2000, sur un thème ayant à voir avec l'Europe.
Joël Plantet
(1) Cnaemo - 172 rue Laurendeau - 80000 Amiens. Tél. 03 22 89 62 39. Fax 03 22 95 41 04.
Le n° 8 d'Espace social (mars 1999, 100 F), en lien avec ces Assises, a pour thème Dispositifs publics et actions éducatives.
Se voulant « précis » et « citoyen », le topo-guide 2000 de l'AEMO répertorie l'ensemble des services AEMO ainsi que leurs associations d'appartenance et leurs antennes, indique les différents champs d'activité et recense l'ensemble des partenaires institutionnels.
Il situe d'autre part les textes et le contexte politico-social qui structurent le champ de l'AEMO, aborde les problématisations relatives aux pratiques, se questionne sur l'avenir de l'AEMO dans le cadre de l'harmonisation européenne.
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