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Dabord, ce que je ne voulais pas faire, cest prendre des acteurs et leur apprendre à parler un « langage banlieue », ce qui me paraît dangereux parce quenfermant. Et je voulais faire un film avec les « petits », parce quaujourdhui ce problème se pose.
Je ne suis ni psychologue, ni assistante sociale, ni éducateur : je ne tiens pas à lêtre, et je reconnais lextrême difficulté de leurs pratiques dans ces « zones de non-droit ». Mais, jai effectué un gros travail découte et denquête : le climat de confiance ainsi créé, et la grande autonomie dont ces enfants font preuve malgré leurs difficultés scolaires, sociales et affectives sont surprenants.
Ensuite, je voudrais que vous sachiez bien quactuellement aucun réalisateur ne peut faire un film avec un mineur relevant de laide sociale, sans accord préalable de la DASS. Le producteur sentend avec ses interlocuteurs pour débloquer une somme dargent, qui sera disponible pour le jeune acteur au moment de sa majorité. Talia, le personnage central du film, vient dun foyer éducatif et rien naurait pu sélaborer si nous navions pas eu de longues discussions avec le directeur de létablissement qui, au final, a évalué que les retombées positives et structurantes pour cette jeune fille se traduiraient notamment en termes de « remise en confiance » delle-même. Ainsi, si sur mon film Ponette, je métais fait assister dune psychanalyste, je nai pas ressenti le besoin, sur celui-ci, dune assistance « technique »
Enfin, daccord la réalité est très présente dans le film. Mais les enfants et moi avons néanmoins eu besoin de fiction. Lhistoire de Talia nest pas celle de Stéphanie Touly !
Quant aux problèmes déthique bien sûr ils sont importants, mais nexagérons rien ! Jusquà présent, notre société na pas fait grand-chose pour ces enfants et leurs parents exclus dun système économique. Alors quand nous, réalisateurs, osons les regarder dans leur réalité, sans faux-semblant, en les aimant et en les respectant dans leur dignité, on nous demanderait si ce que lon va faire avec eux, ne va pas être plus dangereux que les processus dexclusion quils ont subis ?
Bien sûr, il ny a pas dabsence de risque pour un enfant qui fait un film ! Mais, à ma connaissance, ça a toujours représenté, pour ceux qui lont fait, une expérience formidable. Le seul vrai danger est de voir, après le tournage, ces enfants ne plus sintéresser quau cinéma car, au fond, ils y ont pris du plaisir à apprendre ; qui plus est, dans mon film, ils sont et ce sont eux qui le disent considérés positivement, au cur de leur cité. Je suis heureux de les montrer dans leur vérité.
Je retranscris ce que jai vu en ayant passé pas mal de semaines, de mois, à discuter puis à travailler avec eux, même si le tournage na pas été si facile que ça, personne ne leur ayant appris à apprendre un texte, à se concentrer, à faire plusieurs prises de la même scène. Mais à larrivée, le résultat est concluant. Le tournage du film prouve bien que désespérer deux, les traiter en graine de délinquant, est un magistral contresens.
Oui, au moins un peu, car la société a mis les parents de ces jeunes au chômage, va les mettre eux-mêmes au chômage, et ils le savent : ils nauront pas le bon diplôme, ils nont pas le bon faciès, bref ils nont rien. Pour eux, ce regard positif, créateur leur donne loccasion de vérifier quils savent, peuvent faire quelque chose, en sont capables. Dans un temps court, nous avons développé un fort sentiment de confiance, sans lequel ils nauraient dailleurs pas pu faire bien ce film, et y prendre plaisir.
Je ne filme pas la classe bourgeoise, parce que je nen viens pas. Je suis né dans le vingtième arrondissement de Paris, jai passé mon enfance entre Bagnolet et Montreuil. Mon grand-père bossait à Orly, et la famille de mon père vivait à Vitry, Choisy-le-Roi, etc. Je connaissais donc mieux les banlieues que le centre de Paris. Les films que je fais sont, à mon sens, caractérisés par le non-renoncement du personnage principal ; je ne suis pas capable de filmer un personnage en perdition chez qui linstinct de vie, de bagarre aurait disparu. Talia sait ce quelle fait, en se protégeant, en partant à lextérieur de chez elle. Propos recueillis par
Joël Plantet & Guy Benloulou
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