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Cette expression magace venant de ceux qui dénoncent laméricanisation de notre vocabulaire et qui, tout en défendant la culture française, font mine dignorer Montaigne et le primat de «la tête bien faite» sur la «tête bien pleine». Le «lycée allégé», cest aujourdhui que nous le vivons : cest lunivers scolaire réduit à un échange bancaire de connaissances qui ne sont intégrées que dans la perspective du passage de lexamen ou de laccès à la classe supérieure. Le «lycée allégé», cest le bachotage généralisé, avec la déferlante des ouvrages parascolaires qui prétendent livrer quelques recettes méthodologiques au rabais. Le «lycée allégé», ce sont des heures dennui où les élèves tentent de récupérer quelques bribes de savoir. Le «lycée allégé», cest celui où lon transmet simplement des informations et où lon renvoie lélève chez lui pour véritablement travailler. Le «lycée allégé», cest celui de linjustice sociale où seuls ceux et celles qui disposent dune logistique familiale ou des moyens financiers pour se payer des répétiteurs privés sen sortent. En réalité, cela fait très longtemps que tous les spécialistes du lycée proposent de diminuer le temps consacré à linformation et de développer le temps consacré à lentraînement. Dune certaine manière, on pourrait même dire que presque tout ce qui se fait aujourdhui en classe (écouter des cours, le plus souvent) pourrait être fait à la maison (par une lecture attentive des manuels, lutilisation des nouvelles technologies, etc.). En revanche, tout ce qui se fait à la maison et qui exige un véritable travail intellectuel approfondi devrait être réalisé en classe avec les véritables professionnels de lapprentissage que sont les enseignants. La réforme proposée aujourdhui va dans ce sens. Elle veut faire du lycée, non plus un simple lieu de passage et de consommation des savoirs, mais un vrai lieu de travail individuel et collectif, avec une véritable exigence intellectuelle.
Les heures de soutien doivent faire partie de tout un dispositif daccompagnement de lélève dans son travail. Elles doivent se combiner avec ce qui se fait aujourdhui dans les « modules », avec le développement des centres de documentation qui doivent être ouverts beaucoup plus longtemps, avec la multiplication des travaux en petits groupes, avec une amélioration du fonctionnement des conseils de classes, avec une évolution de la fonction des surveillants et un développement du monitorat entre élèves. Il sagit bien de centrer le lycée sur laccompagnement de tous les élèves dans lappropriation des connaissances. Il sagit daider lélève, par un environnement porteur, à se constituer comme sujet de ses propres apprentissages. Car nul ne peut apprendre à la place de quiconque. Léducation est, à cet égard, non pas affaire de «marché», mais affaire de «promesse». La question est aujourdhui : quest-ce que le lycée peut promettre aux élèves en échange du sacrifice dune partie de leur jeunesse ? Nous savons bien quil ne promet plus la mobilité sociale et que la promesse économique est épuisée. Il faut donc être capable de montrer aux élèves que la culture scolaire porte des promesses de satisfactions intellectuelles et sociales qui valent la peine dy consacrer du temps et de lénergie.
Je lespère. Un lycée qui soit un lieu dapprentissage de la paix sociale, du sursis à la violence, de la découverte de notre commune «humanitude», en dépit de nos différences doptions et de la diversité de nos références idéologiques. Mais ce sera long. Car il ne suffit pas daménagements institutionnels ou dun «supplément dâme» que viendraient apporter léducation civique et lexpression artistique (par ailleurs absolument nécessaires). Il sagit de mobiliser tous les acteurs du lycée pour quils parviennent à articuler au quotidien les apprentissages intellectuels et lapprentissage de la vie démocratique. Cest là le véritable enjeu du lycée et pour cela, il a bien besoin de tout le monde.
Propos recueillis par Philippe Gaberan
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