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À lheure où il est question dune Assemblée nationale paritaireA quand la parité hommes-femmes dans le travail?Fréquemment soumise à la double journée pour cause de monoparentalité ou parce que cest... comme ça, généralement moins payée à tâche et capacité identiques, plus souvent victimes du chômage, la population active féminine est encore loin davoir rattrapé son retard sur son homologue masculin. Et cela malgré la loi qui a instauré légalité professionnelle depuis ... 1983 |
Les femmes peuvent se réjouir : ces dernières années de nouveaux emplois ont été créés dans lesquels elles se sont engouffrées sans avoir à redouter, pour une fois, la concurrence masculine Le développement du secteur tertiaire leur a en effet ouvert des emplois de caissières, daides-ménagères, dauxiliaires de vie et les chèques emploi-service leur ont permis de faire légalement le ménage ou garder les enfants chez leurs surs plus favorisées. De quoi donc se plaignent-elles ? Certes, tous ces emplois et quelques autres ne sont pas forcément très épanouissants et ne correspondent pas toujours à leur formation. Certes, le temps partiel est souvent de règle et elles sont 30 % à le pratiquer contre 5 % pour les hommes. Certains employeurs pensent que cest un choix, « oubliant » que temps partiel rime souvent avec horaires fractionnés et que, loin de faciliter la vie familiale, il entraîne des frais supplémentaires de garde denfants Sans doute ne savent-ils pas non plus que ce ne sont pas les mères de famille qui sont les plus concernées par ce travail à temps partiel, puisquil touche principalement les femmes de moins de 25 ans et celles de plus de 55 ans Non, dans la plupart des cas et surtout concernant les emplois peu qualifiés , le travail à temps partiel nest pas un choix, seulement un pis-aller comme le sont les contrats à durée déterminée et les dispositifs précaires. Mieux vaut sans doute cela que le chômage car, là aussi, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à pointer à lANPE, surtout pour les chômeuses longue durée.
La création par Valéry Giscard dEstaing dun secrétariat dÉtat à la condition féminine (1) pouvait laisser croire que légalité entre les sexes était devenue une priorité politique et que le processus était bel et bien en marche Et, en effet, tous les chefs dÉtat et de gouvernement se sont par la suite appliqué à donner des preuves de leur intérêt, réel ou de circonstance : ainsi sera nommée une déléguée interministérielle aux Droits des femmes avec création de délégations départementales ; un observatoire de la parité sera même mis en place ainsi quun conseil supérieur de légalité professionnelle Mieux encore : en 1983, la loi Roudy a instauré le principe de légalité professionnelle, mais leffet incitateur de la loi ne résistera pas longtemps aux réalités sociales et économiques. Aujourdhui, il semble bien que lon en revienne à la bonne vieille discrimination, un peu « relookée », certes mais, constate Marie-Thérèse Pierra, déléguée régionale aux droits des femmes de Poitou-Charentes : « Si aujourdhui la priorité est à lemploi, elle nest pas à lemploi des femmes. Le travail des femmes est devenu un fait de société mais on continue à se poser la question de sa légitimité ». Cest que les stéréotypes ont la vie dure et « les hommes au chômage attirent toujours davantage de considération. Domine encore lidée que la femme au chômage aura toujours la possibilité de sen sortir avec le salaire de son conjoint, les allocations familiales. » (2) En soi une telle assertion est plus que discutable mais, en outre, elle laisse de côté les femmes seules, celles chargées denfants et celles dont le conjoint est lui-même au chômage. Les familles monoparentales concernent, on le sait bien, essentiellement les femmes elles sont plus dun million et ces familles sont de plus en plus touchées par laccroissement des inégalités. Bien entendu, les femmes de faible niveau scolaire sont particulièrement pénalisées. Plus le diplôme est élevé, moins les écarts entre les situations hommes-femmes sont importants (voir encadré p.5). Par contre, une femme peu qualifiée sera plus sûrement au chômage quun homme présentant le même profil. Mais cela nexplique pas tout : globalement, lemploi au féminin se révèle peu qualifié, alors même que le niveau de scolarisation et de formation des filles na cessé de sélever et quelles font des études plus longues que les garçons. Mais cest ainsi : 60 % des femmes sont actuellement ouvrières et employées ; les emplois traditionnellement masculins ne souvrent toujours pas ou si peu à elles, et elles demeurent cantonnées aux emplois de service ainsi quà ceux du commerce et de la restauration. Par ailleurs, si depuis quelques années les écarts de salaires hommes-femmes tendaient à se réduire, ce nest plus le cas aujourdhui. En 1991 les hommes gagnaient en moyenne 29 % de plus que les femmes et le pourcentage va aller en diminuant jusquen 1996 (22 %). En 1997, non seulement la baisse ne sest pas confirmée mais lécart marque une légère hausse (22,5 %), surtout chez les ouvriers et les cadres.
Un rapport du Bureau international du travail (BIT) fait apparaître que la situation des femmes par rapport à lemploi est inquiétante dans tous les pays du monde. Écartées des postes hiérarchiques, toutes ont à craindre la précarité demplois à temps partiels ou temporaires. Deux types de ségrégation coexistent : « une ségrégation horizontale » qui cantonne les femmes dans des emplois bien spécifiques et « une ségrégation verticale » qui fait que, même dans ces emplois, ce sont les hommes qui occupent les postes à haut niveau de qualification, de responsabilité et de salaire. Toutefois, tous les pays ne sont pas égaux dans le traitement de lemploi des femmes et la France, bien mal placée au palmarès après Cuba, la Chine ou le Costa Rica ! aurait intérêt à prendre exemple sur les pays scandinaves, là où les écarts de salaires entre hommes et femmes sont les plus faibles et où les femmes ont les meilleures chances de faire la carrière professionnelle qui correspond à leur formation, leurs capacités et leurs choix.
Mireille Roques
1 - Avec Françoise Giroud comme ministre
2 - Le Monde. du 25 février 1998
A consulter : « Femmes sur le marché du travail. Lautre relation formation-emploi » (La Documentation française)
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