Numéro 476, 4 mars 1999

 

À l’heure où il est question d’une Assemblée nationale paritaire

A quand la parité hommes-femmes dans le travail?

Fréquemment soumise à la double journée pour cause de monoparentalité ou parce que c’est... comme ça, généralement moins payée à tâche et capacité identiques, plus souvent victimes du chômage, la population active féminine est encore loin d’avoir rattrapé son retard sur son homologue masculin. Et cela malgré la loi qui a instauré l’égalité professionnelle depuis ... 1983


Les femmes peuvent se réjouir : ces dernières années de nouveaux emplois ont été créés dans lesquels elles se sont engouffrées sans avoir à redouter, pour une fois, la concurrence masculine… Le développement du secteur tertiaire leur a en effet ouvert des emplois de caissières, d’aides-ménagères, d’auxiliaires de vie et les chèques emploi-service leur ont permis de faire légalement le ménage ou garder les enfants chez leurs sœurs plus favorisées. De quoi donc se plaignent-elles ? Certes, tous ces emplois — et quelques autres — ne sont pas forcément très épanouissants et ne correspondent pas toujours à leur formation. Certes, le temps partiel est souvent de règle et elles sont 30 % à le pratiquer contre 5 % pour les hommes. Certains employeurs pensent que c’est un choix, « oubliant » que temps partiel rime souvent avec horaires fractionnés et que, loin de faciliter la vie familiale, il entraîne des frais supplémentaires de garde d’enfants… Sans doute ne savent-ils pas non plus que ce ne sont pas les mères de famille qui sont les plus concernées par ce travail à temps partiel, puisqu’il touche principalement les femmes de moins de 25 ans et celles de plus de 55 ans… Non, dans la plupart des cas — et surtout concernant les emplois peu qualifiés —, le travail à temps partiel n’est pas un choix, seulement un pis-aller comme le sont les contrats à durée déterminée et les dispositifs précaires. Mieux vaut sans doute cela que le chômage car, là aussi, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à pointer à l’ANPE, surtout pour les chômeuses longue durée.

La création par Valéry Giscard d’Estaing d’un secrétariat d’État à la condition féminine (1) pouvait laisser croire que l’égalité entre les sexes était devenue une priorité politique et que le processus était bel et bien en marche… Et, en effet, tous les chefs d’État et de gouvernement se sont par la suite appliqué à donner des preuves de leur intérêt, réel ou de circonstance : ainsi sera nommée une déléguée interministérielle aux Droits des femmes avec création de délégations départementales ; un observatoire de la parité sera même mis en place ainsi qu’un conseil supérieur de l’égalité professionnelle… Mieux encore : en 1983, la loi Roudy a instauré le principe de l’égalité professionnelle, mais l’effet incitateur de la loi ne résistera pas longtemps aux réalités sociales et économiques. Aujourd’hui, il semble bien que l’on en revienne à la bonne vieille discrimination, un peu « relookée », certes mais, constate Marie-Thérèse Pierra, déléguée régionale aux droits des femmes de Poitou-Charentes : « Si aujourd’hui la priorité est à l’emploi, elle n’est pas à l’emploi des femmes. Le travail des femmes est devenu un fait de société mais on continue à se poser la question de sa légitimité ». C’est que les stéréotypes ont la vie dure et « les hommes au chômage attirent toujours davantage de considération. Domine encore l’idée que la femme au chômage aura toujours la possibilité de s’en sortir avec le salaire de son conjoint, les allocations familiales. » (2) En soi une telle assertion est plus que discutable mais, en outre, elle laisse de côté les femmes seules, celles chargées d’enfants et celles dont le conjoint est lui-même au chômage. Les familles monoparentales concernent, on le sait bien, essentiellement les femmes — elles sont plus d’un million — et ces familles sont de plus en plus touchées par l’accroissement des inégalités. Bien entendu, les femmes de faible niveau scolaire sont particulièrement pénalisées. Plus le diplôme est élevé, moins les écarts entre les situations hommes-femmes sont importants (voir encadré p.5). Par contre, une femme peu qualifiée sera plus sûrement au chômage qu’un homme présentant le même profil. Mais cela n’explique pas tout : globalement, l’emploi au féminin se révèle peu qualifié, alors même que le niveau de scolarisation et de formation des filles n’a cessé de s’élever et qu’elles font des études plus longues que les garçons. Mais c’est ainsi : 60 % des femmes sont actuellement ouvrières et employées ; les emplois traditionnellement masculins ne s’ouvrent toujours pas — ou si peu — à elles, et elles demeurent cantonnées aux emplois de service ainsi qu’à ceux du commerce et de la restauration. Par ailleurs, si depuis quelques années les écarts de salaires hommes-femmes tendaient à se réduire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En 1991 les hommes gagnaient en moyenne 29 % de plus que les femmes et le pourcentage va aller en diminuant jusqu’en 1996 (22 %). En 1997, non seulement la baisse ne s’est pas confirmée mais l’écart marque une légère hausse (22,5 %), surtout chez les ouvriers et les cadres.

Un rapport du Bureau international du travail (BIT) fait apparaître que la situation des femmes par rapport à l’emploi est inquiétante dans tous les pays du monde. Écartées des postes hiérarchiques, toutes ont à craindre la précarité d’emplois à temps partiels ou temporaires. Deux types de ségrégation coexistent : « une ségrégation horizontale » qui cantonne les femmes dans des emplois bien spécifiques et « une ségrégation verticale » qui fait que, même dans ces emplois, ce sont les hommes qui occupent les postes à haut niveau de qualification, de responsabilité et de salaire. Toutefois, tous les pays ne sont pas égaux dans le traitement de l’emploi des femmes et la France, bien mal placée au palmarès — après Cuba, la Chine ou le Costa Rica ! — aurait intérêt à prendre exemple sur les pays scandinaves, là où les écarts de salaires entre hommes et femmes sont les plus faibles et où les femmes ont les meilleures chances de faire la carrière professionnelle qui correspond à leur formation, leurs capacités et leurs choix.

Mireille Roques

1 - Avec Françoise Giroud comme ministre

2 - Le Monde. du 25 février 1998

A consulter : « Femmes sur le marché du travail. L’autre relation formation-emploi » (La Documentation française)


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