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Vendredi 5 février, 9 heures : à lentrée de lIRTS de Montrouge, un grand dessin humoristique annonce la couleur : scotché sur la porte vitrée en grand format, un barbu dun certain âge cogite : «jai fait éduc pour changer le monde », avant dajouter, dans une seconde bulle « il résiste ! ». Le Groupement éducation et société (GES), «mouvement professionnel et citoyen», y tient son premier forum national, en présence dune petite centaine de personnes; le n°471 de Lien Social, Les travailleurs sociaux en quête dune organisation introuvable, y est largement distribué.
Différents professionnels, représentant collectifs et associations, y prendront la parole : pour lAssociation des formateurs du secteur social, sanitaire et éducatif (AFORSSSE), il sagit de faire du lien entre les appareils de formation et les pratiques sociales ; le collectif Solidarité active usagers travailleurs sociaux considère quune zone de non-droit sinstalle dans le travail social ; Cap Social (17 adhérents aujourdhui), organise des réunions mensuelles pour évoquer les difficultés rencontrées avec employeurs et usagers ; le président du Carrefour national de laction éducative en milieu ouvert (CNAEMO), pour sa part, évoque un réseau associatif des contacts sont dores et déjà établis avec le Comité national de liaison des associations de prévention spécialisée (CNLAPS) et lUniopss pour faire remonter les positions vers le ministère
De récentes créations font mieux connaître leurs initiatives et projets : lAssociation des instituts de rééducation (AIR), fondée il y a trois ans, regroupe le tiers des 330 IR nationaux : elle entend réfléchir «aux limites des paradoxes de lannexe XXIV», et se diriger vers une proposition de création dannexe XXXIV ; accueillant aussi ceux que lon nomme «anomiques, caractériels, incasables», elle prône un dispositif souple de prise en charge en lieu-relais dun jeune, en lien avec la structure qui a dû lexclure.
LAssociation nationale des directeurs de centres daide par le travail (ANDICAT), fondée, elle, en décembre 96, disserte sur le cloisonnement et le décloisonnement, objet dune réflexion lors de ses prochaines assises nationales, les 18 et 19 mars.
Concernant les «méfaits de la discrimination positive», le directeur dAction formation recherche (AFORE) et initiateur des Entretiens de Saint-Etienne propose davoir plusieurs cordes à larc éducatif : individualisation des réponses, continuité de laction, mais aussi diversité et prise en charge à géométrie variable.
Des questions ont émergé : comment dénoncer efficacement ces centres de placement immédiat strictement contrôlés ? Les motions vont-elles sajouter les unes aux autres ? Pourquoi pas un manifeste, rédigé par les experts des divers horizons, à destination des médias et des politiques ? Sachant, par ailleurs, que nombre dentreprises sont intéressées par notre secteur et y développent des projets souvent performants (la Lyonnaise des eaux et la formation des AMP, Vivendi et la lutte contre lexclusion, Ecco, etc.), comment donner davantage de poids à nos propres initiatives ?
Un seul des syndicats invités sétait déplacé ; éducateur spécialisé et permanent de la Fédération cédétiste Santé Sociaux, Gaby Thollet estime que le syndicalisme est loin dêtre mort, et affirme que sa Fédération accueille 6000 nouveaux venus par an. Il « plaide pour un syndicalisme réaliste et concret » et pour un parti pris de décloisonnement, comprenant les salariés des hôpitaux, des cliniques, du maintien à domicile, du sanitaire social et de lassociatif. Le fait quil faille attendre, dans la loi sur les exclusions, larticle 151 pour enfin parler des travailleurs sociaux est bien la preuve, à ses yeux, que « le travail social nest pas au centre de toute lorganisation française de la lutte contre les exclusions, mais que nous nen sommes quun des acteurs ».
La question de la réduction du temps de travail (RTT) doit, pour le militant cédétiste, entraîner création demplois, organisation différente du travail et meilleur service rendu aux usagers : « Il faut trouver le moyen dorganiser la place de chacun quil soit moniteur-éducateur, AMP, directeur ou psychologue, etc. dans un projet détablissement avec des conseils détablissements, instance régulatrice, qui doit faire émerger les besoins des usagers et des personnels ».
« Nous sommes devant un effritement des normes et des valeurs : les familles, par exemple, sont devenues des institutions de négociations de projets individuels de chacun de ses membres », estime à son tour le sociologue Bernard Eme, coauteur dUn nouveau contrat social : le travail social, avec des professionnels/acteurs politiques, peut créer « de nouvelles formes dinstitutions », dont la légitimité nest plus dimposer une norme dominante, mais plutôt une sorte dobligation à la discussion rationnelle entre les citoyens ; un nouveau contrat social, donc, consiste à parvenir à des formes de négociations entre une nouvelle forme dÉtat social cest dans lair du temps et les acteurs de la société civile.
Dénonçant une tendance à lindividualisation des processus dinsertion occultant tout accompagnement à des dynamiques collectives , il estime que les désaffiliés étant par définition des personnes seules, cest aussi et en même temps par des processus de socialisation quil faut penser cette insertion.
« Éducation et société doit développer de façon massive une démarche de recherche, ne pas formuler de vux pieux, organiser des espaces déchanges, des laboratoires, hors dogmatisme et hors éclectisme », a conclu le philosophe Saül Karsz.
Un autre débat sur le fond sest engagé le lendemain. Citant Aristote « Quest-ce quun citoyen ? Cest une personne capable de gouverner et dêtre gouvernée » et rappelant que la Grèce ancienne tirait au sort des experts (« stratèges ») chargés de faire vivre cette démocratie, un des participants a interrogé ce mouvement « qui revendique une citoyenneté pour les usagers de laction sociale, mais parle de professionnels assimilés à des experts » ; présent, Jacques Ladsous, vice-président du Conseil supérieur du travail social, a revendiqué ce terme dexpert pour les professionnels de notre secteur, tout en reconnaissant que cela pouvait faire débat dans un contexte de citoyenneté. Le débat est engagé
Rappelons les deux principaux objectifs du mouvement (1) : renforcer la compétence collective des professionnels et des dirigeants à lanalyse et à la prise de position vis-à-vis des politiques quils mettent en uvre ; développer un effort de communication auprès des médias, des pouvoirs publics et des décideurs politiques.
Joël Plantet
(1) Éducation et société - 116, rue de La Classerie - 44400 Rezé. Tél. 02 40 75 69 94 - Fax 02 51 70 16 84.
Première association à avoir adhéré à Éducation et société, lAssociation des paralysés de France rappelle que le colloque de lAPF, en 1981, sintitulait déjà « Lassistante sociale est-elle une technicienne ou une militante » ?
La mise en place de lallocation compensatrice pour tierce personne (ACTP), par exemple, a donné lieu à une action revendicative auprès des conseils généraux, et décision a été prise, après réflexion, de communiquer son dossier à lusager. De même, la transmission des savoirs à ces derniers a été privilégiée (se faire aider pour un dossier dAllocation adulte handicapé (AAH), mais apprendre progressivement à le remplir seul) ; des lieux dexpression (individuels, avec bilan annuel) sur le travail, sur laccompagnement, ou collectifs, sous forme de comités dusagers, dans les services dauxiliaires de vie par exemple, qui peuvent exprimer les insatisfactions quant au fonctionnement dun service ; des groupes de paroles, de projets, de revendications, sont encouragés.
Les personnes handicapées doivent devenir elles-mêmes des personnes ressources, pour les autres usagers, mais aussi pour les intervenants sociaux : il nest pas rare que ce soit lauxiliaire de vie qui apprenne de la famille dont elle soccupe les éléments essentiels concernant, par exemple, les problèmes de déglutition dun enfant.
Un exemple des difficultés rencontrées concerne les aides techniques : sur les 32 000 matériels existant, 700 seulement sont remboursés. Un travail a par conséquent été initié avec les associations de consommateurs, et des groupes dusagers ont commencé à rédiger une charte à négocier avec les revendeurs de matériel.
Des effets pervers peuvent apparaître : lorsquun fonds commun à été créé avec la puissante AFM, qui gère les maladies neuro-musculaires, un net désengagement des pouvoirs et organismes publics locaux, caisses primaires, conseils généraux ou CCAS a été constaté. Il faut donc être conscient que donner ainsi un aspect politique à certaines questions peut ajourner la réponse immédiate dont a besoin une famille
Mais, pour soutenir les intervenants sociaux, la question de lengagement politique au quotidien est essentielle.
JP
(1) Intervention de Mme Catherine Deschamps, responsable service conseil de lAPF.
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