Numéro 473, 11 février 1999

Se poser quelque part avec son sac, son chien, sa colère...

Qui accueille les jeunes errants, comment et avec quels moyens ?

Une recherche (1) commandée pour le ministère de l’Emploi et de la solidarité permet un petit tour de France et quelques observations


 

Clermont-Ferrand : créé en 1981, le centre de soins spécialisés pour toxicomanes accueille, sans rendez-vous, les usagers de drogue ; quinze ans plus tard, en lien avec le premier lieu, un bus échange prévention a été à la rencontre du même public dans les quartiers, en collaboration avec Pharmaciens sans frontières. Les équipes répondent à de nombreuses questions relatives à la connaissance du fonctionnement du corps, à la sexualité, aux rapports hommes/femmes.

Troyes : Clin d’œil, créé en 1985 rencontre en accueil de jour les jeunes de 18-25 ans, en centre ville, avec un objectif de prévention « par une intervention sur les problématiques des personnes, les aidant au mieux à gérer leur quotidien et à trouver leur place dans le système social classique ». Des outils sont nés — point santé, service déménagement, bus d’actions de formation et de prévention — et des activités proposées (bibliothèque, vidéos débats, possibilités de travail salarié ponctuel…) ; « la plupart des jeunes accueillis sont issus de placements, les autres ont souffert de carences dans leur milieu familial lui-même carencé », observent les professionnels.

Paris : un club de prévention assure, dans le quartier des Halles, une permanence d’accueil, dont le rôle éducatif est conçu comme « un accompagnement dans la recherche d’une maturation des acquis, la redécouverte des rêves et des aptitudes, la compréhension des mécanismes sociaux, vers un mode d’existence à leur mesure ».

Haute-Loire : une structure à bas seuil d’exigence dénommée Pour un accueil de jour et d’orientation (PAJO) fonctionne depuis février 1997 : accueil généraliste, ouvert et anonyme, adressé aussi bien aux allocataires du RMI ou aux étrangers qu’aux invalides, aux toxicomanes ou aux sortants de prison ; l’idée-force, outre les orientations vers d’autres structures — CHRS, mission locale, hôpital, centre de soins pour toxicomanes… — là, est « d’offrir le maximum de souplesse dans l’utilisation du centre d’accueil, en s’adaptant toujours autant que faire se peut au public accueilli », soulignent les chercheurs.

Niort : une mission de prévention rue propose un « lieu de rendez-vous, de passage, de rencontres, de discussions, rarement de silence, où l’on peut venir se poser avec son sac, avec son chien, avec sa colère », de fait un espace de médiation, pour des jeunes en grande marginalité et forte désocialisation qui ne vont pas, ou de manière sporadique, vers les dispositifs de droit commun.

Limoges : un éducateur spécialisé embauché par le CCAS et un infirmier de secteur psychiatrique vont à la rencontre d’un public marginalisé âgé de seize à trente ans. Nice : une structure du Secours catholique, Le Tremplin propose aux jeunes vivant dans la rue « un lieu où reprendre leur souffle, se reposer à l’abri des regards désapprobateurs, voire humiliants ».

La Rochelle : un Point Jeunes accueille des mineurs en crise pour une nuit ou deux ; le Relais accompagnement jeunes (RAJ) toulousain accueille lui aussi les jeunes en situation d’errance se sert de la mise en réseau des divers intervenants du champ social.

Bergerac : une Maison d’accueil temporaire propose un accueil très généraliste, dans laquelle ne se joue « rien de médicalisé, rien de moralisé, rien d’institutionnalisé ».

Certaines analyses thématiques sont élaborées dans cette recherche : au chapitre des structures institutionnelles, des montages financiers et des tutelles, figurent « la précarité et l’instabilité des financements publics en phase expérimentale d’action » comme une constante des situations rencontrées, mais également des montages financiers « incertains » : « le jonglage institutionnel et financier », précisent les rédacteurs, « est ici la règle au profit des actions de terrain, souvent d’ailleurs avec l’accord tacite des financeurs »

Sur le profil des intervenants on note : « parmi les salariés, quasiment tous les diplômes de l’intervention sociale apparaissent, avec en particulier et en ordre décroissant les diplômes d’éducateur spécialisé, d’infirmier de secteur psychiatrique et d’assistant social » ; y est également soulignée la qualité des interventions des bénévoles.

L’importance du réseau, des fichiers ressources constitués par les structures, est indiquée ; la modestie, en regard des publics approchés, des projets énoncés par les structures rencontrées est relevée ; la notion d’une action inscrite dans la durée est évoquée par tous les acteurs comme ce qui va permettre « de stabiliser les personnes dans une errance moins mal vécue en marge d’une société » ; enfin, même si « le statut de minorité de certains usagers n’est jamais explicite », la grande majorité des structures rencontrées ont eu à faire avec des mineurs, jeunes en rupture ou enfants des jeunes adultes engagés dans l’errance.

Joël Plantet

(1) « Accueillir l'errance ». Recherche commandée pour le ministère de l’Emploi et de la solidarité menée pendant l’année 1998 par François Chobeaux et Michel Hirz des CEMEA 76, Bd de la Villette 75940 Paris cedex 19. Tel 01 40 40 43 48.


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