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ATELIER DECRITURE |
La moquette vient dêtre changée. Elle est marron clair, sans tâche, sans histoire pourrait-on croire. Nous sommes jeudi et le jeudi soir cest latelier décriture. À dix heures, la pièce est déjà bien remplie. Des hommes sont assis, tout près des murs pour pouvoir appuyer leur tête et dorment. Certains nouvriront pas lil de la soirée et des ronflements viendront même plus tard ponctuer la lecture des textes. Dautres personnes - dont deux femmes - sont assises sur une banquette et feuillettent des Paris- Match. Qui sont-elles : des voisines, des observatrices ? Mystère. Elles ne sont certainement pas parmi les quelques femmes en difficulté qui fréquentent les lieux car celles-ci, peu nombreuses, cumulent souvent les problèmes maladie mentale, alcoolisme, prostitution . Une autre femme est présente, Maguy, bénévole, et qui déjà se penche sur sa feuille. Une autre femme arrivera un peu plus tard, une femme un peu perdue, gentille et rieuse, quinspirera le thème de latelier : « lamour ». Mise à part Monique, léducatrice préposée à laccueil, toutes les autres personnes sont des hommes dont une dizaine qui de toute évidence prennent très au sérieux leur travail décriture. Patrick, léducateur qui ce soir anime latelier, a préparé avec le plus grand soin les documents pouvant servir de support : mots de référence, citations, choix de poèmes Certains des participants sappliquent sur leur feuille, dautres cherchent linspiration, dautres profitent du sujet pour se livrer à quelques considérations coquines, mais ça ne va pas loin, on nest pas là pour ça. Des gens arrivent, saluent, repartent Dautres apportent des nouvelles la fin du journal La rue, le dépôt de bilan Dautres sassoient, regardent, piquent un somme, se penchent sur la copie du voisin
Vers onze heures, on pousse les tables et on fait cercle. Qui veut lire son texte le lit. Toujours dans le respect du groupe, cest un principe auquel nul ne peut déroger. Ce soir, cest calme, dit Patrick, même sil faut rappeler à lordre un barbu plein de talent qui occupe un peu trop lespace. Il gardera pour lui son dernier poème et sen va en traitant les éducateurs de cons, ce qui ne les dérange guère La prochaine fois, on reprendra ça avec lui, calmement. Les textes, il y en a de toutes sortes : des très écrits, avec une réelle inventivité ; avec des images, beaucoup dimages. Il en est des plus conformistes, tant dans la forme que dans le fond. Il en est dérotiques, de drôles et dautres que lon ne comprend pas très bien mais quon applaudit quand même.
Après la lecture, les éducateurs proposent un café, un thé. Cest le moment des échanges, des commentaires. Cest aussi le moment qui annonce le départ. Qui rentre où ou ne rentre pas ? On lignore. La nuit de La Moquette sachève.
M.R.
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